Bilan

La crise propulse les valeurs psychédéliques

On assiste à l’essor des drogues à usage médical aux Etats-Unis et au Canada, sur fond d’explosion des cas de dépression sévère. Des ETF permettent d’y investir.

L’agence américaine du médicament (FDA) a donné son feu vert à la vente d’un antidépresseur dérivé de la kétamine.

Crédits: Dr

Il y a quelques mois, le sujet pouvait paraître loufoque, surtout de ce côté-ci de l’Atlantique. Désormais, c’est du sérieux: les substances psychédéliques, jadis connues comme drogues récréatives prisées par les hippies, font leur grand retour, cette fois comme médicaments. Des composants de champignons hallucinogènes, ou encore le LSD et la MDMA contenus dans l’ecstasy, sont à présent étudiés pour leurs vertus thérapeutiques. C’est désormais prouvé scientifiquement: certaines substances hallucinogènes peuvent soigner la dépression, le stress post-traumatique, mais aussi l’alcoolisme, la toxicomanie, les désordres alimentaires et les troubles obsessionnels compulsifs. Les startups du secteur, concentrées aux Etats-Unis et au Canada, sont le nouvel investissement en vogue.

Longtemps interdites, car considérées comme dangereuses, certaines drogues psychédéliques sont aujourd’hui légalisées aux Etats-Unis à des fins médicales. En 2019, Denver, Oakland et Santa Cruz ont approuvé la décriminalisation des champignons de la psilocybine. Les thérapies assistées par la kétamine, un psychotrope utilisé comme sédatif, ont été approuvées par la FDA, l’administration américaine des médicaments, et la MDMA est en passe de l’être. La perspective de ces légalisations a engendré le boom d’investissements, qui n’est pas sans rappeler celui du cannabis légal il y a à peine quelques années.

Le marché est vaste. Aux Etats-Unis, 20% de la population adulte souffre de dépression, soit 100 millions de personnes. Au niveau mondial, près de 300 millions de personnes souffrent de tels désordres. Un mal pour un bien: alors que le Covid accroît rapidement les maladies psychiques, le marché pour les thérapies psychédéliques est promis à une expansion. On estime que plus de 100 millions de personnes dans le monde résistent aux traitements traditionnels contre la dépression, soit un patient sur trois. Un microdosage de psychédéliques semble contribuer à soulager une partie de ces patients.

Les multiples startups du secteur ont attiré l’intérêt de stars du monde financier, comme les milliardaires des hedge funds Steven Cohen et Peter Thiel, l’héritier des Hôtels Hyatt, le financier Joby Pritzker, le fondateur de GoDaddy Bon Parsons, ou encore le milliardaire du bitcoin Michael Novogratz. Certains y ont investi, d’autres ont fait des donations médiatisées à MAPS, association pour les études sur les psychédéliques basée en Californie, contribuant à l’engouement.

Jonathan Sabbagh, financier suisse parti vivre à New York depuis quelques années, a créé sa startup, Journey Clinical, qui est en phase de levée de fonds. Il s’agit d’un réseau de médecins en ligne, qui prescrivent de la kétamine. «Une prescription très difficile d’accès aux Etats-Unis et réservée à quelques cliniques», assure l’entrepreneur, qui suit en parallèle des études dans le domaine. Les membres du réseau Journey Clinical sont des psychothérapeutes utilisant la kétamine. «Une véritable industrie des psychédéliques est en train de se créer, témoigne Jonathan Sabbagh. Il y a une crise de santé mentale dans le monde et ces traitements s’avèrent moins coûteux sur le long terme, même s’ils peuvent sembler plus chers initialement. Les résultats sont des plus prometteurs.»

«Le marché des drogues psychédéliques à usage médical devrait atteindre les 7 milliards de dollars d’ici à 2027 – rien qu’en Amérique du Nord», écrit Charles-Henry Monchau, chef des investissements chez FlowBank, sur le site investir.ch. A terme, la valorisation du secteur est estimée à 100 milliards de dollars, selon un rapport de Canaccord Genuity. «Certaines des actions cotées sur ce secteur affichent des performances spectaculaires, note Charles-Henry Monchau. Il s’agit pour la plupart de petites capitalisations, même si certaines valent déjà plusieurs centaines de millions de dollars, voire davantage.» FlowBank en cite une sélection: le leader actuel du secteur est Compass Pathways. Coté au Nasdaq, il développe un médicament pour les dépressifs résistant aux traitements classiques. Sa capitalisation s’élève à 1,7 milliard de dollars. Ainsi, le secteur a déjà ses licornes. Vient ensuite Mind Medicine, qui se prépare à faire son entrée au Nasdaq. Sa spécialité: soigner les abus d’opiacés à l’aide d’une version non hallucinogène de l’ibogaïne. Sa valeur boursière atteint 1,1 milliard. MindMed vient par ailleurs de conclure un partenariat avec la startup suisse basée à Zoug, MindShift Compounds, pour développer des composés aux propriétés empathogènes. Puis Cybin, société canadienne spécialisée dans le microdosage de drogues psychédéliques. Autre canadienne, Mydecine est un pure player de composés psychédéliques et vaut 75 millions de dollars canadiens. Parmi les entreprises moins avancées dans les tests mais à fort potentiel de valorisation, FlowBank cite Champignon Brands, Field Trip Health, Ehave, NeonMind Biosciences, PharmaTher, Tryp Therapeutics, Pharmadrug.

L’idéal: investir de manière diversifiée via un ETF coté sur NEO, le nouveau marché canadien: Horizons Psychedelic Stock Index ETF. Il reproduit la performance d’un panier de 17 sociétés nord-américaines exposées au secteur.


Gare aux excès

(Crédits: Labuda/Getty images)

Le terme psychédélique désigne une famille de psychotropes comprenant les hallucinogènes, par exemple le LSD, les champignons hallucinogènes (photo: psilocybe), la mescaline, ou l’ayahuasca. Leur usage thérapeutique permet l’introspection mais doit rester sous strict contrôle médical, car des prises trop fréquentes ou un dosage trop important peuvent conduire à des troubles psychiatriques ou physiologiques.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

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