Bilan

La BNS défend son taux plancher

La Banque nationale suisse ne veut pas modifier sa stratégie face à l’euro, un instrument clé pour assurer la stabilité des prix. Rencontre à Tokyo avec son président Thomas Jordan.

Thomas Jordan a souligné plusieurs points communs entre les économies japonaise et suisse.

Crédits: Dr

La Banque nationale suisse (BNS) ne changera pas son fusil d’épaule, près de trois ans après la fixation du taux plancher minimal de 1,20 franc pour un euro. Thomas Jordan, président de la BNS, a défendu cette stratégie lors d’une conférence organisée le 30  mai à Tokyo par la Chambre suisse de commerce et d’industrie au Japon. «Nous n’avons pas l’intention de mettre un terme à la politique monétaire de fixation du taux plancher. L’objectif de la BNS est de maintenir des conditions monétaires adéquates pour la stabilité des prix. Nous n’avons aucun calendrier de sortie du taux plancher minimal aussi longtemps que nous considérons que cet instrument monétaire est indispensable pour atteindre notre objectif. A court terme, cette stratégie ne changera pas», martèle le banquier central.

Pour soutenir ses propos, il souligne que l’inflation est proche de zéro en Suisse. Par conséquent, le risque d’une déflation est plus grand que celui d’une inflation trop élevée. «Le taux plancher est donc un élément clé de notre stratégie pour remplir notre mission», juge-t-il. 

Deux monnaies refuges

Comparant l’économie japonaise et suisse, Thomas Jordan a souligné plusieurs points communs. Tout d’abord, une inflation peu élevée. Ensuite, le franc suisse et le yen jouent le rôle de monnaie refuge et s’apprécient face aux autres devises lorsque l’instabilité économique s’accroît.

Toutefois, la Suisse reste nettement plus exposée aux fluctuations des taux de change que l’archipel. Les exportations représentent 50% du PIB helvétique, contre moins de 20% pour le Japon, les importations respectivement 40% et moins de 20%. Enfin, les taux d’intérêt des deux pays fluctuent de manière assez similaire depuis la crise financière de 2007.

Dans cet environnement, la BNS est-elle confrontée aux mêmes défis que la Banque du Japon (BoJ)? Selon Thomas Jordan, les deux institutions doivent faire face à une augmentation rapide des actifs au bilan. Pour la BNS, ils représentent aujourd’hui 80% du PIB helvétique, contre 40% du PIB nippon pour la BoJ.

«Les actifs sont toutefois différents. La BoJ a lancé divers programmes de rachat d’obligations d’Etat. Nous ne pouvons mener cette politique, car ce marché est trop petit en Suisse. Nous privilégions donc l’achat de devises étrangères que nous devons investir de manière très attentive afin de ne pas perturber certains marchés», explique-t-il. Il ajoute: «Le risque de pertes sur l’euro et l’or au bilan de la BNS existe. Nous ne savons pas comment leurs cours évolueront, mais nous devons supporter ces risques pour pouvoir être en position d’assurer notre politique monétaire de stabilité des prix.»

L’inflation à tout prix

Si le taux zéro est commun aux deux institutions, en revanche, la politique d’assouplissement quantitatif et qualitatif de la BoJ tranche avec la stratégie de la BNS. Pour Thomas Jordan, d’une part, le taux plancher est privilégié, soit une politique monétaire traditionnelle. D’autre part, l’institution doit empêcher une augmentation des crédits hypothécaires qui pourraient poser problème en matière de stabilité financière.

«Nous pourrions augmenter les taux d’intérêt, mais cela aurait un effet négatif sur la stabilité des prix. Nous utilisons donc actuellement des instruments macroprudentiels. Nous augmentons les exigences de capitaux propres pour les banques afin de maintenir la stabilité financière», souligne Thomas Jordan.

En définitive, le banquier central estime que le plus gros challenge de la BoJ est d’atteindre une inflation durable de 2%. Pour la BNS, il s’agit au contraire de maintenir une stabilité des prix. Après plus de quinze ans de déflation, la tâche de l’institution monétaire nippone semble plus complexe que celle de la BNS.  

Daniel Eskenazi

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