Bilan

La bulle des ETF va-t-elle exploser?

Un retour de la hausse des taux d’intérêt en 2013 pourrait provoquer l’éclatement de l’énorme bulle obligataire constituée durant ces dernières années par des investisseurs en quête d’actifs refuge.
Crédits: Dr

En 2012, les ETF ont attiré un montant record de 273 milliards de dollars de nouveaux placements. Ce marché atteint désormais 1349 milliards de dollars, soit 27% de plus qu’en 2011 et 2,5 fois plus qu’à la fin de 2008. La moitié des nouveaux avoirs se sont placés sur le marché américain, le Dow Jones progressant de 7,3% l’an dernier. La catégorie des ETF sur les marchés des matières premières a poursuivi son boom, mais la catégorie vedette a été celle des ETF sur obligations, qui a attiré 30% des avoirs, ou 56 milliards, stimulée par les rachats de dette par les banques centrales.

La bulle devient-elle risquée en 2013? Le début d’année a été houleux pour les ETF basés sur les bons du Trésor américain, qui ont connu des sorties nettes l’an dernier. Le «iShares Barclays 20 + Year Treasury Bond», notamment, s’est retrouvé à court d’acheteurs début janvier, cédant 4% sur la première semaine suite à l’accord qui a évité le mur budgétaire aux Etats-Unis. La valeur des bons du Trésor a baissé en ce début d’année suite aux craintes révélées par la Réserve fédérale quant à la taille de son propre bilan, suite aux assouplissements monétaires (QE1, QE2, QE3…). On spécule même que la Fed pourrait stopper ses rachats dès cette année. Si les taux d’intérêt remontent, le risque pourrait être l’éclatement de l’énorme bulle obligataire constituée durant ces dernières années.

L’ETF de Barclays affiche un rendement de 13,6% sur trois ans, selon Morningstar. Il a surperformé les 11,2% annualisés du plus gros ETF au monde, le SPDR S&P 500 ETF, sur la même période.

Bonnes perspectives

La bulle des produits basés sur la dette connaît donc un sursis, jusqu’à la prochaine hausse de taux. Ces produits ont bénéficié de la quête d’actifs refuge ces dernières années, la crise de l’euro poussant les investisseurs dans les bras des bons du Trésor américain. La Fed s’est engagée à garder les taux directeurs proches de zéro au moins jusqu’en 2015. Savoir quand les taux remonteront est un défi qu’aucun analyste ne relève, mais la plupart d’entre eux soulignent qu’il ne faudra pas être investi dans les obligations lorsqu’ils monteront. Pour l’heure toutefois, les taux longs restent très bas en comparaison historique, malgré leurs récentes remontées (le taux à dix ans américain a bondi au-dessus de 1,9% début janvier, son niveau le plus élevé depuis huit mois, qui reste toutefois extrêmement bas).

La performance des ETF basés sur des obligations d’entreprises à haut rendement et sur de la dette émergente dépendra donc en bonne partie de l’évolution des taux longs américains. Les ETF sur obligations à haut rendement ont de bonnes perspectives a priori, car la quête de hauts rendements demeure intacte en 2013. Cela dit, il leur sera difficile de répliquer leurs rendements élevés de 2012 cette année, conviennent les experts.

Les investisseurs en ETF (sur obligations et même sur actions) auront donc un indicateur à surveiller cette année: les rendements du Trésor.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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