Bilan

La guerre du porte-monnaie numérique a débuté

Les plus grandes puissances de la planète s'affrontent déjà. Le paiement par téléphone portable aiguise les appétits. D'autant qu'il n'y a pas de place pour tout le monde.
  • L'App Manor lit un simple code-barres qui est généré par l'entreprise partenaire Accarda, basée à Brütisellen. Cette dernière gère également les cartes clientèle de Jumbo et de Mediamarkt.
  • Android et son App Google Wallet. L'entreprise de Mountain View mise sur le standard NFC et collabore déjà avec Citibank. Crédits: Keystone
  • Apple et son Passbook qui se base sur la technologie des codes QR. Le groupe de Cupertino espère jouer dans le long terme un rôle dans le monde de la banque. Crédits: Keystone
  • Manor est le premier détaillant en Suisse à se lancer avec son propre système basée sur une carte de fidélité et d'une app pour smartphone. A noter que Media-Markt ou Jumbo ont le même fabricant pour leur carte de fidélité. Crédits: Keystone
  • Les géants des cartes de crédit comme Mastercard ne sont pas en reste. L'entreprise propose Paypass, un système basé sur NFC et fonctionnel aussi bien sur un smartphone qu'avec une carte de crédit. Crédits: Keystone
  • Visa s'est lancé dans la bataille avec V.me pour le paiement en ligne mais aussi pour les tablettes et smartphones. Crédits: Keystone
  • Les banques sont également présentes, à l'instar de l'établissement britannique Barclays qui a lancé son App Pingit en 2012. Elle permet des paiements entre deux smartphones et les utilisateurs n'ont pas besoin d'un compte à la banque. Crédits: WENN
  • Bump permet d'échanger des informations entre deux smartphones ainsi que le versement d'argent via Paypal. L'applicatoin a été récemment acquise par Google. Crédits: WENN
  • Square est une application qui permet des achats par le biais de son smartphone, ce dernier servant comme un terminal pour cartes de crédit. Crédits: WENN
  • Poinz a été lancée par une jeune entreprise suisse, également sur la base de codes QR. Elle propose des cartes de fidélité sous une forme numérique. Crédits: WENN
Les hostilités ont été déclarées en Suisse. L'enjeu? Le porte-monnaie numérique. Et ce n'est pas une banque comme UBS ou Credit Suisse qui a fait le premier pas, ni même un monstre comme Apple ou Google. Non, c'est le détaillant Manor qui devient le premier dans le pays à offrir une solution de paiement via un smartphone.

La balle est désormais dans le camp des géants du secteur que sont Coop et Migros mais ils ne seront pas prêts avant 2014. Ils travaillent sur leur système en collaboration avec Swisscom et sur une application du nom de «Tapit».

La bataille qui s'engage en Suisse n'est qu'une péripétie à l'échelle mondiale où le marché est estimé à des dizaines de milliards de dollars. Rien qu'en Europe, les revenus des paiements via smartphones et tablettes pourraient atteindre 20 milliards d'euros en 2020 déjà, selon la société de conseil A.T. Kearney.

Une nouvelle lutte Apple-Google

«Celui qui veut jouer dans la cour des paiements dématérialisés doit investir aujourd'hui déjà», précise Steria Mummert Consulting, une autre société spécialisée dans le conseil. Selon un sondage qu'elle a diligenté, la moitié des directeurs de banques en Allemagne estime que la carte bancaire classique sera détrônée par le smartphone d'ici sept ans.

Les États-Unis sont déjà le théâtre d'une lutte féroce. Google Wallet est disponible depuis l'automne 2011 et sera bientôt porté sur le système iOS de son grand rival Apple. Ce dernier ne demeure pas inactif et propose son App Passbook.

De l'importance des alliances

Mais alors qu'Apple propose un système qui lit les codes QR, Google ainsi que les autres fabricants de smartphones ont misé sur les puces NFC, qui permettent aussi bien le transfert d'argent que l'achat de biens. Des magasins tels que Subway ou Foot Locker se sont déjà équipés en terminaux NFC.

Cette technologie a également été retenue par Swisscom. Le géant bleu met les bouchées doubles afin de présenter un système fonctionnel. «Aucune panne ne peut être tolérée», confirme le porte-parole Carsten Roetz. C'est que le temps presse. Déjà les géants de cartes de crédit comme Visa ou Mastercard ont lancé leur propre solution.

Outre les Apps et les choix technologiques, les alliances seront déterminantes. «Des coopérations stratégiques sont indispensables», confirme Thomas Dapp, spécialiste de l'économie numérique à la Deutsche Bank.

Google, futur géant bancaire?

Pour le moment, les banques préfèrent encore attendre et au lieu d'arriver après la bataille, elles devraient plutôt rechercher des partenaire dans ce nouveau marché, conseille Dapp. Et de citer l'exemple de Mastercard, dont le système «Paypass» à base de technologie NFC propose aussi bien la puce d'une carte classique qu'une App pour le paiement mobile pour smartphone.

«Des groupes comme Mastercard travaillent depuis quinze ans sur leurs infrastructures», poursuit Dapp et il ne serait pas étonné de voir la branche se tailler la part du lion de ce futur marché. Le secteur devra toutefois rivaliser à plus long terme avec des entreprises telle Google qui dispose déjà en Europe d'une licence bancaire.

Le paiement de l'avenir

La menace est réelle pour les banques puisqu'elles pourraient enregistrer une érosion de leurs revenus provenant des transactions, sans compter la possible perte de comptes clients. «Les solutions de paiements deviendront toujours plus le pivot des relations clients», considère A.T. Kearney.

Il s'agira donc de garder le client dans un environnement plus ou moins fermé qui lui assurera tout ce dont il a besoin. Cette stratégie du Jardin fermé («Walled Gardens») est déjà utilisée avec succès par Apple, Google ou encore Amazon. Et Manor l'adapte à son échelle puisqu'elle proposera via son App des offres spéciales et des coupons de rabais pour ses partenaires comme Athleticum.

Tous partagent pour le moment la même opinion: l'avenir appartient aux solutions de paiement par smartphone mais tout reste ouvert. Thomas Dapp ne sait pas encore quel système ou quelle technologie va s'imposer. «Aucune n'est véritablement robuste».

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