Bilan

Le franc suisse reste une couverture de portefeuille

La devise helvétique constitue toujours une valeur refuge, comme l’or, les bons du Trésor américain et le yen. Attention toutefois de choisir les instruments de couverture les plus appropriés.

Devises La Banque nationale suisse (BNS) fait face à des choix de plus en plus difficiles. Depuis 2015, les deux outils auxquels l’institution a recours pour limiter l’appréciation du franc suisse – les taux d’intérêt et l’intervention sur le marché des changes – ne cessent de perdre en efficacité. Le franc s’échange désormais à environ 1,06 pour 1 euro, proche du niveau le plus bas depuis cinq ans.

Le coronavirus est le dernier en date d’une série de facteurs qui renforcent le rôle international de monnaie refuge du franc suisse, sa valeur étant largement déterminée par l’état de l’économie mondiale et plus particulièrement par la santé de la zone euro.

Depuis le début de l’année 2018, la devise suisse s’est appréciée de plus de 10% par rapport à l’euro, enregistrant une progression de plus de 1,8% depuis début 2020, alors que l’économie de l’Allemagne et celle de la zone euro dans son ensemble stagnent (voir graphique ci-dessous). Le rôle de valeur refuge du franc suisse aux yeux du reste du monde rend les choses plus difficiles pour l’économie suisse. La force de la devise sape en effet les exportations et nuit au secteur touristique local.

Malgré le passage des taux d’intérêt de la BNS en territoire négatif, à -0,75%, l’économie suisse a enregistré un fort ralentissement. Alors que le produit intérieur brut (PIB) du pays avait augmenté de 2,8% en 2018, cette croissance a dégringolé à 0,9% en 2019. Il est aussi probable que la BNS doive continuer à pousser les taux en territoire négatif, à -0,85%, plus tard dans l’année.

L’autre outil d’ajustement majeur dont la BNS dispose, c’est l’intervention sur le marché des changes. La banque centrale a ainsi utilisé ses réserves de devises pour limiter l’appréciation du franc suisse. Cependant, avec un bilan atteignant le chiffre record de 864,6 milliards de francs en novembre 2019, la BNS semble désormais peu encline à intervenir afin d’affaiblir le franc de manière significative.

Les mesures monétaires de la BNS ont contraint les entreprises suisses à adapter leurs activités à des taux négatifs et à un franc fort. Pour 2020, les perspectives sont particulièrement incertaines. Dans notre scénario de référence, qui postule une épidémie aux conséquences importantes mais temporaires et des mesures de soutien significatives à l’échelle mondiale, le rebond du commerce et la reprise du secteur manufacturier qui s’est amorcée fin 2019 devraient se poursuivre plus tard dans l’année. Cette évolution devrait soutenir l’EUR/USD ainsi que l’EUR/CHF, qui lui est corrélé. En outre, et c’est un point important, une telle situation pourrait permettre aux résidents suisses de «recycler» leur balance commerciale au moyen de flux de portefeuille sortants; le franc s’en retrouverait alors affaibli. Nous tablons à ce stade sur un taux de change EUR/CHF de 1,10 d’ici à la fin de l’année. Dans un scénario adverse, le franc suisse subirait de nouvelles pressions, ce qui nécessiterait une intervention accrue de la BNS ou de nouvelles baisses des taux d’intérêt.

Pour les investisseurs, le franc suisse constitue toujours une couverture de portefeuille dans un climat d’aversion au risque, notamment face aux risques européens, tout comme les autres valeurs refuges traditionnelles – l’or, les bons du Trésor américain et le yen. Mais face aux valorisations élevées, il est impératif de choisir les instruments de couverture les plus appropriés au moment de l’implémentation.

*CIO Banque Lombard Odier & Cie

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."