Bilan

Le boom des formations financières

Rien ne prédestinait Dick Vargas aux métiers de la finance, sinon le hasard et sa capacité à saisir des opportunités. Le jeune homme de 33 ans, passionné de musique, a commencé sa carrière en tant que DJ. Puis, un voyage aux Etats-Unis auprès de son oncle, financier à Los Angeles, marque un tournant. «Il m’a initié à la finance et cela m’a plu. Et je savais aussi qu’une carrière de DJ dure cinq ou six ans, pas plus», raconte-t-il. De retour à Genève, il se lance à 23 ans dans un stage de longue durée chez Sarasin.

Il fait un bref passage à HEC, où l’enseignement axé sur la théorie ne lui convient pas. Il entend alors parler du DAS en gestion du risque d’entreprise, donné conjointement par la Haute Ecole de gestion et HEC Genève. Cela fait tilt. «Malheureusement, le cours était complet. J’ai eu de la chance car j’ai rencontré une étudiante qui ne s’y sentait pas à l’aise et avec l’accord de la direction j’ai pu prendre sa place», sourit-il. Une aubaine. Une fois son diplôme en poche, avec une option risque et finance, il trouve sans peine un job à la Deutsche Bank. «A la fin de mes études, j’avais décidé de partir au Japon. Depuis là-bas, j’ai fait quelques offres. La Deutsche Bank a voulu me rencontrer très vite», évoque Dick Vargas, aujourd’hui chargé des données statiques auprès de la grande banque allemande, où il s’occupe entre autres du contrôle des comptes internes et de la mise en place des matrices. «L’entretien d’embauche a été une formalité. Mes compétences étaient rares et répondaient à un réel besoin.» Jusqu’à récemment, les instituts financiers allaient chercher les bons candidats à Londres. Désormais ils les trouvent aussi à Genève.Fortifier le bassin régionalCe retournement de situation est le résultat d’une volonté délibérée des acteurs de la place financière genevoise – et romande – de créer sur place un bassin de compétences pointues dans des domaines en plein essor, tels que le négoce, les trusts, la gestion du risque, les fonds de placement et les placements alternatifs ou le conseil à la clientèle. «Nous avons travaillé dur pour que nos étudiants soient reconnus comme fiables et compétents», confirme Emmanuel Fragnière, professeur à la HEG de Genève et initiateur notamment du DAS en gestion du risque d’entreprise.

«Les besoins en formation apparaissent dès qu’une place financière subit des mouvements importants, explique Antonio Palma, associé et CEO du banquier privé Mirabaud, et responsable de la formation auprès de la Fondation Genève Place financière. Ce qui est le cas actuellement avec l’arrivée de nouveaux hedge funds ou avec l’essor du négoce international, qui a fait de Genève une des dix premières places mondiales du secteur.»

 

 

«La Suisse ne va pas former des Prix Nobel d’économie et restera tributaire de l’étranger pour les profils les plus pointus» Antonio Palma, associé et CEO du banquier privé Mirabaud

 

 

Des cursus en adéquation avec la demande

«Etre contraints de chercher des candidats à l’étranger, c’est un constat d’échec pour la formation, poursuit Antonio Palma. Mais le principal problème tient au fait que les banques préfèrent engager des étrangers immédiatement, plutôt qu’investir dans la formation, qui est le parent pauvre des budgets annuels.» Or, c’est précisément pour améliorer l’offre de formation et inciter les employeurs de la place à développer les compétences de leurs troupes que l’ISFB, l’institut de formation bancaire et financière, a été créé et travaille en étroite collaboration avec ses membres, les banques, pour créer des cursus adaptés.

Autre clé pour la création de cursus adéquats, les référentiels de compétences développés par Genève Place financière. «Il vise à établir les capacités attendues par les différents acteurs en matière de savoir-faire et de savoir-être, poursuit Antonio Palma. Les écoles et les banques peuvent s’appuyer sur ces référentiels pour élaborer leurs programmes» (lire encadré à la page suivante).

Dans les grandes banques, les responsables de la formation disposent de ressources suffisantes pour faire appel à deux canaux de formation interne et externe. «L’amélioration des compétences est un facteur déterminant de notre stratégie globale, relève Vincent Nicole, responsable de la formation pour la Suisse romande au sein de Credit Suisse. Nous ambitionnons de devenir la meilleure banque au monde, et dans le contexte actuel de compétition internationale accrue, la formation se trouve au centre de cette ambition.» En matière de management et de conseil à la clientèle, les équipes sont formées auprès de la Credit Suisse Business School.

«En revanche, nous ne disposons pas de la masse critique pour former les spécialistes à l’interne, poursuit Vincent Nicole. Dans les domaines de la fiscalité, du risque, du négoce des matières premières ou des trusts, nous faisons appel à des cursus externes.» Et quel est le risque si la banque néglige la formation continue de ses troupes? «De manquer de relève et de perdre notre compétitivité.» Ni plus ni moins. «Evidemment, la Suisse ne va pas former des Prix Nobel d’économie et restera tributaire de l’étranger pour les profils les plus pointus, conclut Antonio Palma. Mais plus l’offre de formation sera large et étoffée, plus compétitive sera la place financière.» Et là, la machine est en route. En témoigne le parcours (presque) sans accroc de Dick Vargas.

 

«L’amélioration des compétences est un facteur déterminant de notre stratégie globale» Vincent Nicole, responsable de la formation pour la Suisse romande au sein de Credit Suisse

 

 

HEDGE FUNDS, CONSEIL, RISQUE ET TRUSTS : LES NOUVEAUX VENUS

Ces deux dernières années, la palette des cursus financiers pointus s’est considérablement étoffée. La formation de base aussi. Florilège secteur par secteur.

Risque d’entrepriseDepuis 2007, la HEG et HEC Genève offrent conjointement un DAS en gestion des risques d’entreprise. Il s’adresse aux cadres des sociétés d’audit et de conseil, des assurances et des entreprises industrielles. Et son option banque et finance est particulièrement adapté aux cadres bancaires. Très axé sur la pratique, il est centré sur un modèle de simulation d’entreprise.www.unige.ch/formcont/risques.htmlNégoce de matières premièresLa collaboration entre HEG et HEC s’est poursuivie pour donner naissance en 2008 à deux nouveaux diplômes en négoce des matières premières: le diploma of advanced studies in commodity trading, suivi par un master in international trading. Réalisés en étroite collaboration avec la Geneva Trading and Shipping Association, il répond au plus près aux besoins du marché. La volonté étant d’offrir à des candidats suisses la possibilité d’entrer dans ce monde très fermé. Selon ses initiateurs, les premiers diplômés trouvent facilement à se caser. Une victoire, disent-ils.http://commoditytrading.ch/modules/commodity.htmlhttp://tradingmaster.chLes fonds de placementDepuis l’automne 2010, l’institut zurichois Fund-Academy se déplace à Genève pour donner, en français, son cours intitulé Swiss Fund Officer et qui fait le tour de la question des placements collectifs. Il répond à un besoin de connaissances en cette période d’après-crise où Genève a vu affluer de nombreux hedge funds britanniques. Ce cours sera suivi par un autre exclusivement en anglais, qui débutera en avril à Genève. Intitulé International Fund Officer, il sera centré sur la législation européenne.http://www.fund-academy.comTrustsFondé par Genève Place financière, Step Formation Suisse romande et l’association faîtière des trusts, la Society of Trust and Estate Practitionners, le Swiss Advanced Certificate in Trust Management, né en 2008, comble les lacunes des avocats, des collaborateurs des services juridiques des banques et des fiduciaires en matière de trusts. Le trust est une notion anglo-saxonne totalement inconnue dans le droit suisse. Avec la globalisation et la disparition du secret bancaire, cet instrument complexe a fait son entrée en Suisse et intéresse les banques.http://www.sactm.chFiscalitéDès janvier 2011, l’Université de Genève proposera deux cursus distincts, mais avec des modules conjoints, en matière de fiscalité: une maîtrise universitaire d’études avancées intitulée LLM banque & finance et une seconde intitulée LLM droit fiscal. Chaque année, les réglementations changent et se complexifient, et les spécialistes ont besoin d’instruments intellectuels leur permettant de s’adapter à ces changements. Les deux cursus allient une approche pratique autour d’une transaction concrète – avec des connaissances académiques pointues – notamment issue de la comparaison avec les législations d’autres pays.http://cms.unige.ch/llmFormation de baseDans ce grand mouvement, les formations de base ne sont pas en reste. On peut évoquer le nouveau master en finance et comptabilité de Virgile Formation à Lausanne, organisé avec le groupe zurichois Kalaïdos, et qui donne accès à un diplôme de Bologne. Il démarre en novembre 2010 (http://www.virgile.ch/)

Tout nouveau également, le diplôme ISFB en conseil et prestations bancaires, destiné à former spécifiquement les conseillers pour la clientèle dite «affluent», disposant d’une fortune entre 50 000 et 1 million de francs (www.ifsb.ch).

Ou encore le nouveau bachelor HEG, orientation banque et finance qui a démarré en septembre 2009 (www.hesge.ch/heg/formation-base/bachelors-science/economiste-entreprise/).

Quant au CFC d’employé de commerce, il n’est pas en reste puisqu’il peut être, à Genève, réalisé depuis la rentrée 2010 à 100% en école. Le CFC spécifique d’employé de banque n’est pas pour demain, malgré le fait que les milieux bancaires le réclament à cor et à cri.

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