Bilan

Le boom du marché secondaire des hedge funds

Le marché secondaire des parts de hedge funds connaît actuellement une forte expansion, surtout depuis la crise financière. Concrètement, c’est une sorte de «marché d’occasion» des parts de hedge funds. D’une part, il permet à l’investisseur de revendre ses parts à d’autres investisseurs en dehors des contraintes de liquidité du fonds. Parmi ces contraintes figurent des périodes de remboursement restrictives, les fameux «gates» (limites sur le pourcentage du capital du fonds qui peut être retiré à une date de remboursement donnée), et les «side pockets» (compartiments de fonds créés pour regrouper les actifs les moins liquides). Ainsi, un investisseur qui voit ses parts bloquées dans un «side pocket» peut y rester quatre à cinq ans en moyenne. «Le calendrier de remboursement ne signifie pas que le gérant du fonds va s’y tenir», met en garde Jonathan Sabbagh, directeur de Gottex Brokers Alternative (GBA), unité spécialisée du courtier lausannois Gottex Brokers.

D’autre part, le marché secondaire permet à l’acheteur d’acquérir des parts de fonds fermés, qui sont en général les fonds recherchés de gérants en vue, devenus rapidement inaccessibles. Cette flexibilité recherchée par les investisseurs explique le succès des intermédiaires actifs sur le marché secondaire, dont le métier est de trouver des acheteurs et des vendeurs à un prix négocié. «C’est un métier qui compte de plus en plus d’acteurs, et qui devient compétitif», observe Jonathan Sabbagh. Le spécialiste estime actuellement les volumes traités à 100 milliards de dollars par an au plan mondial. Seule une part de 5% à 10% serait négociée par l’entremise des intermédiaires. «C’est un marché jeune et en voie d’institutionnalisation, selon Jonathan Sabbagh.

A l’origine créé pour gérer les capacités limitées de certains hedge funds prestigieux, le marché secondaire a évolué pour devenir presque exclusivement une solution de liquidité pour certains fonds. Actuellement en effet, une grande partie des transactions s’effectue sur des «side pockets», des fonds en liquidation, ou des fonds «gated». C’est donc la quête de liquidité ainsi que les conditions de marché qui définissent actuellement l’offre et la demande.

Les vendeurs de parts de hedge funds en quête de liquidité trouvent donc dans le marché secondaire une opportunité intéressante, à condition d’accepter de vendre leur part à une décote de la valeur nette d’inventaire plutôt qu’à son prix plein. Les décotes dépendent des sous-jacents, et peuvent varier de -5% à -20%. Dans l’autre cas de figure, qui concerne la vente de parts de fonds fermés sur le marché secondaire, la part peut être vendue à une prime générant un profit pour le vendeur. La prime, dans ce cas, se situe entre 2% et 5% en moyenne.

Ainsi, lorsque l’investisseur est en situation de sortir d’un «side pocket», il vend à une décote, et lorsqu’il est en situation de revendre une part d’un fonds fermé, il a un profit potentiel. «Traiter sur le marché secondaire génère donc parfois un coût, et parfois un profit», résume Jonathan Sabbagh. Si actuellement les décotes liées à des ventes de parts de fonds «gated» ou à des «side pockets» sont un peu plus prononcées dans le sillage de la crise, le spécialiste estime qu’à l’avenir le marché se normalisera, et les décotes seront moins élevées. «L’écart entre l’offre et la demande de parts, ou «bid-ask spread», sera fonction des fondamentaux, à savoir des niveaux d’offre et de demande et les conditions de marché», souligne Jonathan Sabbagh.

Le spécialiste relève que, dans le cas des fonds UCITS III, variantes de hedge funds plus liquides et réglementées par l’UE, «cette meilleure liquidité a aussi un coût et se traduit par une plus faible performance». Grâce au marché secondaire, investir dans des stratégies moins liquides, comme les stratégies «event driven», peut devenir plus intéressant pour les investisseurs soucieux de la liquidité de leurs investissements, «à condition d’accepter de payer un prix sous forme de décote pour cette liquidité».

Quoi qu’il en soit, la tendance est claire: «le marché secondaire a de l’avenir», assure Jonathan Sabbagh. Les réticences viennent souvent des gérants de fonds, qui craignent de perdre un certain contrôle sur leurs investisseurs. Il arrive parfois que des gérants de fonds refusent le transfert de propriété des parts de leurs fonds. «Mais à terme, il est très probable que les gérants deviendront plus souples face à cette pratique», pronostique le directeur de Gottex Brokers Alternative.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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