Bilan

Le canton de Zurich, à nouveau roi des bonnes finances publiques

Les comptes 2007 transpirent à nouveau l'excellente santé économique dans laquelle l'ensemble du pays a baigné. «C'est encore une fois une cuvée exceptionnelle», analyse Nils Soguel, professeur de l'IDHEAP à Lausanne, avec qui Bilan concocte depuis neuf ans ce classement des finances publiques. Pour preuve: la moitié des cantons décrochent une note générale supérieure à 5 sur 6. Seuls deux cantons (VS et AI) pointent en dessous de la moyenne. Mais, même les «cancres» appenzellois (3,88) finissent à un rien du 4 fatidique. «Champagne pour tout le monde!» aurait-on envie de proclamer.

Flots de liquidités

Il n'y a plus que quatre cantons (JU, TI, OW et AI) et trois villes (Fribourg, Delémont et Berne) qui n'arrivent pas à équilibrer leur ménage courant (Indicateur 1). Les Rhodes-Intérieures, le Jura et le Tessin sont aussi les seuls, avec les Grisons, où la marge d'autofinancement ne parvient pas à payer l'intégralité des investissements (Ind. 2). C'est dans des jéroboams plutôt que dans des magnums que les autres collectivités ont trouvé les liquidités pour payer leurs nouvelles dépenses rubis sur l'ongle. Mieux: elles ont encore pu dégager des moyens afin de réduire leur endettement. Des comptes largement équilibrés, des investissements confortablement financés, le principe des vases communicants s'applique: (presque) toutes les collectivités en profitent pour baisser leur dette (Ind. 3). «Il y a évidemment un goût de bock qui doit interpeller le Jura, le Tessin, Appenzell Rhodes-Intérieures, mais aussi Lausanne et, surtout Delémont», constate Nils Soguel. Dans la capitale jurassienne, la dette nette explose en augmentant de l'équivalent de 14% des dépenses courantes! La part d'impôts mangée par le service de la dette (Ind. 4) est du même tonneau: «Plusieurs cantons (AI, SH, AR, ZG, BS, OW, SZ, GR, GL, SG, FR ou BL) font même désormais une opération positive grâce aux revenus de leur patrimoine financier», fait remarquer l'économiste. Idem pour les villes de Genève, Lucerne, Zurich, Coire et Schaffhouse. Le poids des intérêts reste très lourd pour le canton de Genève (1 franc d'impôts sur 20) et à la Confédération (1 sur 13). Des proportions encore dépassées par des villes: Berne, Neuchâtel, Delémont et Lausanne sont encore plus mal loties! La synthèse de ces quatre indicateurs qui décrivent la santé financière confirme la vitalité de l'ensemble des collectivités. Bâle-Campagne réussit même la note idéale de 6 devant une vingtaine d'autres cantons qui dépassent tous la marque de 5,4. Un autre coup de sonde corrobore la qualité de l'environnement financier: pour la première fois en neuf ans de données, tous les cantons ont dépassé le 4 de moyenne!

Avenir plus acide

Mais en fin de dégustation, le millésime 2007 se gâte un peu et laisse transparaître une pointe d'acidité. «C'est indiscutablement une grande année, mais qui montre déjà une légère réduction par rapport à 2006. Elle affiche une prestance qui risque de ne pas durer», prévient Nils Soguel. A l'appui de son avertissement, l'économiste remarque que la maîtrise des dépenses courantes (Ind. 5) tend à se relâcher. Emportés par l'ivresse d'un enchaînement d'excellentes années, les grands argentiers ont laissé leurs dépenses prendre du gras. Avec le retournement conjoncturel qui se dessine de plus en plus certainement, certains cantons pourraient bien se réveiller avec une solide gueule de bois et les prochains millésimes tourner à l'aigre. «Même encore léger, ce relâchement pourrait provoquer un puissant goût de bouchon en cas de réel coup de gel sur la croissance», estime le professeur. En une période où l'économie privée récolte à plein rendement, certaines collectivités (SG, VD, NE, SZ, AI, SH, FR ou la ville de Berne) travaillent à un faible niveau d'investissements (Ind. 6). «Sous l'angle macroéconomique, ce n'est pas forcément un mal: elles seront en meilleure situation financière et pourront se permettre un rattrapage anticyclique», commente le spécialiste des finances. En revanche, les villes de Sion, Zurich et Coire, la Confédération et certains cantons périphériques (OW, NW, UR ou GR) investissent à tour de bras.

La réserve du patron

La prévision fiscale (Ind. 7) reste toujours le talon d'Achille des grands argentiers. Comme l'encaveur qui garde profil bas tant que le vin n'est pas en bouteilles, les responsables des finances jouent partout la prudence et conservent, derrière les fagots, la réserve du patron. Reste tout de même qu'à plus de 10% d'écart, certains (Genève ville et canton, VD, SO, BS, ZG, Lausanne, Berne ou Coire) poussent le bouchon un peu loin. Ils pourraient s'inspirer du canton de Berne dont les pronostics collent au plus près de la réalité depuis plusieurs années. Toutes les collectivités ont tiré profit des grands crus précédents pour négocier des taux d'intérêt plancher (Ind. 8) pour leur dette. «Avec une moyenne inférieure à 3%, on reste toujours dans des minimaux historiques», abonde Nils Soguel. Qui, en conclusion, ne peut s'empêcher de jeter un regard prospectif: «Si 2007 aura été un grand cru, dans la foulée de 2006, les prochaines années mettront les finances publiques sous pression!» Mais avant de s'inquiéter de l'éventuelle amertume des prochains millésimes, il vaut la peine d'apprécier à sa juste valeur 2007. Face à l'abondance de brillants résultats, l'analyse va se concentrer sur le trio de tête (Zurich, Glaris et Berne) et sur les cantons latins. Les commentaires des Grands Argentiers.

1er Zurich: 5,75 Ursula Gut(PLR)

« En 2007, nous avons largement couvert nos charges, autofinancé nos investissements, tout en réduisant notre endettement et nos dépenses courantes. Au vu de la croissance économique de Zurich, nos prévisions fiscales s'avèrent assez précises. C'est beaucoup plus difficile en 2009: notre budget présente 90 millions de déficit, soit la hausse de notre part à la RPT.»

2e Glaris: 5,54 Rolf Widmer(PDC)

«Nous récoltons les fruits de quatre paquets successifs d'assainissement entamés dès 2003 suite à de très gros excédents de dépenses. Désormais, même si nous avons encore des dettes, les produits de nos liquidités et de notre patrimoine dépassent le coût du capital étranger. Certes, nous avons fait preuve de retenue dans les investissements, mais certains projets sont maintenant mûrs et arrivent à point avec la conjoncture qui tousse.»

3e Berne: 5,39 Urs Gasche(PBD, ex-UDC)

«Berne mène une politique financière stable et fiable, qui produit un excédent de revenus propre à poursuivre la baisse de la dette. L'augmentation des dépenses courantes en 2007 tient à un effort sur les salaires (renchérissement et augmentations individuelles) et à des amortissements beaucoup plus conséquents. Mais la situation reste sous contrôle car Berne réagit moins vite que le reste de la Suisse aux variations conjoncturelles.»

8e Genève: 5,15 David Hiler(Verts)

«Nous affichons un très fort excédent de recettes. C'est nécessaire pour rembourser une dette beaucoup trop importante. On le voit d'ailleurs au poids des intérêts nets. J'éprouve une très grande satisfaction face à la maîtrise atteinte sur les dépenses courantes. Notre difficulté à prévoir nos rentrées fiscales m'inquiète aussi. Nos instruments pour anticiper leur évolution se sont améliorés, mais nous courons des risques liés au système.»

11e Jura: 5,03 Charles Juillard(PDC)

«Effectivement, le Jura n'a pas pu profiter de la bonne conjoncture pour ramener ses dépenses au niveau de ses recettes. Estimer notre déficit structurel à 5% est peut-être trop élevé. Je l'évalue à environ 2%, soit entre 12 et 15 millions. Nous n'avons d'autre choix que de baisser les impôts pour rester attractifs et augmenter l'assiette fiscale. Car, vu que la nouvelle péréquation rate complètement son but, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.»

14e Fribourg: 4,85 Claude Lässer(PLR)

«Fribourg est pénalisé par l'effet unique de la cantonalisation des hôpitaux. En outre, sa démographie supérieure à la moyenne suisse réclame des engagements qui provoquent une hausse des dépenses courantes. Nos investissements étaient un peu en retrait, mais nous allons les augmenter de presque 30% au budget 2009. Nous n'avons plus de dette nette et aurions les capitaux pour rembourser le solde si nous n'étions pas liés par des échéances.»

16e Neuchâtel: 4,73 Jean Studer(PS)

«Nous conservons effectivement un grand problème de structures hypertrophiées par rapport à nos moyens. Malgré les réductions opérées, notre dette reste trop lourde. Notre faible niveau d'investissement correspond à un choix politique: comme l'économie privée investissait largement, nous nous sommes concentrés sur le redressement financier. Si le budget de fonctionnement le permet, nous allons augmenter peu à peu nos investissements.»

17e Vaud: 4,69 Pascal Broulis(PLR)

«Grâce à notre maîtrise des charges, nous avons pu faire 420 millions d'amortissements extraordinaires et réduire la dette. Nos prévisions fiscales sont fiables, mais ont été déséquilibrées par 140 millions non prévus, versés par une seule société. Nos investissements étaient faibles, mais nous allons les augmenter de moitié avec des projets conséquents en 2009, comme l'hôpital Riviera-Chablais ou un nouveau grand bâtiment à l'Université.»

19e Tessin: 4,63 Laura Sadis(PLR)

«La situation du Tessin reste effectivement préoccupante. Avec tout le respect que j'ai pour la démocratie, les différents partis ont de la peine à trouver une position équilibrée sur les efforts que nous sommes obligés de mettre en oeuvre. Car, malgré quatre ans de croissance économique, le Tessin souffre toujours d'une couverture insuffisante de ses charges; il ne peut pas financer l'entier de ses investissements et doit augmenter sa dette.»

25e Valais: 3,97 Jean-René Fournier(PDC)

«Notre haut degré d'autofinancement montre que le Valais dégage suffisamment de moyens pour se désendetter. Si notre dette paraît croître, c'est dû à des opérations effectuées directement au bilan. Nous avons ainsi passé 650 millions pour les caisses de pension publiques. En fait, notre dette nette est négative (-220 millions). L'écart sur les prévisions fiscales? Ce sont les 5% de «réserve mentale» du chef du Département.»

Une échelle d'évaluation continue

Pour sa 9e édition, le Comparatif des finances publiques opère un changement important. Désormais, les notes évoluent progressivement et non plus par palier. «L'introduction d'une échelle continue pour tous les indicateurs nous permet de supprimer les effets de seuil dans la fixation des notes», explique Nils Soguel. Précédemment, une variation infime d'un résultat faisait monter ou descendre la note d'un point. Désormais, ces changements se font de façon progressive, à deux chiffres après la virgule. Pour la couverture des charges (Ind. 1), le système devient moins sévère pour les collectivités qui réalisent d'importants excédents. «Particulièrement en période favorable pour les finances publiques, nous avons jugé qu'il ne fallait pas pénaliser de manière outrancière les entités qui profitent de l'occasion pour dégager un bénéfice confortable et amortir leurs dettes», commente le spécialiste des finances publiques. Concrètement, même lorsque la couverture des charges dépasse 120% - un niveau qui, dans la logique, réclamerait une baisse d'impôts - la note ne descend pas plus bas que le 4 de moyenne.

Photo: Petit Vin/ © D.R.

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