Bilan

Le différend fiscal avec les USA met Brady Dougan à l'épreuve

Alors que la pression s'accentue sur Credit Suisse aux Etats-Unis, le directeur général depuis 2007 du numéro deux bancaire en Suisse se retrouve dans l'oeil du cyclone.

Si Brady Dougan fait figure de rescapé de la crise des subprimes, la plupart des dirigeants de grands établissements bancaires ayant dû abandonner leur mandat, il n'a pas pour autant été épargné par la critique.

Crédits: Keystone

Le conflit fiscal avec les Etats-Unis, avec la grosse amende qui se précise, met à l'épreuve le directeur général de Credit Suisse Brady Dougan. Traversant une phase de turbulences, l'Américain, en poste depuis sept ans, a auparavant su éviter au numéro deux bancaire helvétique le piège du subprime.

Homme fort de Credit Suisse depuis 2007, Brady Dougan est resté dans la ligne de son prédécesseur, l'Allemand Oswald Grübel, lui aussi issu de la banque d'affaires. Alors que certains établissements concurrents continuent d'acquérir des titres adossés à des prêts hypothécaires américains, entre autres, Credit Suisse se tient relativement à l'écart de ces instruments financiers.

DIRIGEANT MODELE

Ainsi, le numéro deux bancaire helvétique sort de la crise financière en nettement meilleure position qu'UBS, la première banque du pays n'ayant dû sa survie en 2008 qu'à l'intervention conjuguée de la Confédération et de la Banque nationale suisse (BNS). Dans ce contexte, Brady Dougan fait figure de patron modèle.

D'autant plus que l'établissement a rapidement renoué avec les profits. Ainsi en 2009, Credit Suisse affiche un bénéfice net annuel de 6,7 mrd CHF, après avoir essuyé une perte nette de 8,2 mrd CHF en 2008, au plus fort de la crise financière.

En parallèle, UBS a accumulé les déboires, avec son lot d'amendes, dont notamment 780 millions de dollars en 2009 dans le cadre du conflit fiscal avec les Etats-Unis. Mais le numéro un bancaire helvétique a réagi en entamant une sévère restructuration de son activité, tout particulièrement la banque d'affaires, et en se recentrant sur la gestion de fortune.

UN RESCAPÉ AUSSI

Si Brady Dougan fait figure de rescapé de la crise des subprimes, la plupart des dirigeants de grands établissements bancaires ayant dû abandonner leur mandat, il n'a pas pour autant été épargné par la critique, tout particulièrement ces dernières années. Certains observateurs font remarquer qu'il s'est trop longtemps appuyé sur sa stratégie de banque intégrée en défendant la banque d'affaires.

Un secteur d'activité qui a pesé sur la performance de Credit Suisse. L'évolution du titre en Bourse s'en est évidemment trouvée pénalisée, suscitant le courroux de certains investisseurs.

Mais Brady Dougan a maintenu le cap, quand bien même sa démission est revenue sur le devant de la scène. Un départ qui semblait ainsi imminent il y a deux ans, alors que Credit Suisse se faisait tirer l'oreille par la BNS, pour ne pas étoffer suffisamment rapidement ses fonds propres en regard de prescriptions mises en oeuvre après la crise financière.

Sans surprise, la sanction qui sera infligée à Credit Suisse par le Département de la justice (DoJ) pour avoir aidé des résidents américains à frauder le fisc alimente l'hypothèse d'un départ. Brady Dougan pourrait ainsi devoir endosser la responsabilité d'une amende pouvant aller jusqu'à 2 milliards de dollars, voire plus selon les dernières rumeurs, pour des actes intervenus avant son entrée en fonction.

Pour mémoire, Brady Dougan, interrogé en février dernier par une sous-commission du Sénat américain, avait rejeté la faute sur un petit groupe de banquiers privés basés en Suisse. Désormais, il se retrouve dans l'oeil du cyclone.

La pression politique, quand bien même insuffisante à déboulonner à elle seule un grand patron, s'est aussi renforcée. Dimanche passé, le président du parti socialiste Christian Levrat a appelé non seulement Brady Dougan, mais aussi le président de Credit Suisse, Urs Rohner et le juriste en chef Romeo Cerutti à démissionner.

Des critiques qui viennent aussi s'ajouter à celles, récurrentes, visant la rémunération du patron du Credit Suisse, laquelle avait culminé à 71 mio CHF en 2010. Ainsi, il y a une semaine, des associations de défense d'actionnaires ont à ce titre vainement appelé lors de l'assemblée générale à refuser le rapport sur les rémunérations.

Né en 1959, Brady Dougan a entamé sa carrière dans les produits dérivés au sein de Banker Trust. En 1990, il rejoint Credit Suisse First Boston, la banque d'investissement américaine de l'établissement zurichois.

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