Bilan

Le jour où l'argent liquide ressortira des coffres-forts

Méfiez-vous de l'eau qui dort, dit le proverbe. L'eau qui dort, c'est le cash que les entreprises se vantaient encore récemment de détenir en abondance. Mais depuis que la tourmente financière sévit, les firmes se sont faites discrètes sur les réserves qu'elles ont accumulées durant les cinq ans de haute conjoncture qui ont précédé. Elles n'en détiennent pas moins de formidables trésors de guerre, à l'image d'Appleaux Etats-Unis, qui annonçait disposer, l'été dernier, de plus de 20 milliards de dollars en espèces. Parallèlement, les Bourses sont à leur niveau plancher. Voilà qui rend les fusions et les acquisitions très bon marché. «Au Japon, certaines sociétés affichent à leur bilan des liquidités qui excèdent leur capitalisation boursière», observe Pierre Tissot, chez Peter Schmid Associés. Toutes les conditions semblent donc réunies pour que l'on assiste à une avalanche de transactions. Or pour l'instant, rien ne se passe.

Les vendeurs

Selon le bureau d'observation Dealogic, les fusions avortées en 2008 représentent quelque 900 milliards de dollars. Parmi elles figure l'échec notable de la fusion entre les groupes miniers Rio Tinto et BHP. «Pour le moment, acquéreurs et vendeurs n'arrivent pas à se mettre d'accord sur les prix. Les résultats des deux premiers trimestres de 2009 seront déterminants», relève Jean-François Lagassé, associé chez Deloitte et responsable du Corporate Finance. En clair, les sociétés qui se vendent ne veulent pas se brader. Mais si les chiffres de ce début d'année s'avèrent catastrophiques, elles seront obligées de revoir leurs prétentions à la baisse. «L'endettement met les entreprises sous pression. Seule la vente d'actifs peut leur apporter une bouffée d'oxygène, tandis que la récession les pousse à se replier sur leurs activités de base», poursuit Jean-François Lagassé. Du côté des banques, les gouvernements qui sont intervenus massivement pour les soutenir n'ont pas pour vocation de rester actionnaires sur le long terme. Les Etats vont faire pression pour qu'elles vendent des divisions et, ainsi, récupérer leur mise.Le processus a commencé chez Citigroup qui a annoncé à la mi-janvier la cession de son unité de courtage Smith Barney à Morgan Stanley. La direction était opposée à une telle option. Mais recapitalisé par l'administration Bush, le géant américain est maintenant contraint de réduire son bilan. Voilà pour ce qui est à vendre.

Les acquéreurs

Maintenant, quelles entreprises trouve- t-on du côté des acquéreurs? En Suisse, Swatch Group, Richemont, SGS regorgent de cash. ABB, Novartis et Roche affichent à la fois des bilans très solides et d'importantes liquidités. Idem pour Nestlé qui oriente, depuis 2004, ses achats dans le secteur de la nutrition après avoir surtout fait l'acquisition de sociétés dans l'alimentation pour animaux, dans les eaux minérales et dans les crèmes glacées. Néanmoins, en période chahutée, les entreprises préfèrent adopter une attitude défensive. Logitech, par exemple, dispose de 450 millions de dollars de liquidités. A l'heure où la multinationale basée dans le canton de Vaud s'apprête à supprimer 15% de ses effectifs, ce cash l'aidera en priorité à traverser la crise.Quant aux fonds souverains - les fonds d'investissements d'Etat - ils disposent au total de quelque 3000 milliards de dollars. De quoi s'offrir - pourquoi pas? - de prestigieuses marques automobiles au bout du rouleau. De leur côté, les fonds de private equity se sont presque fait oublier, forcés de réduire leur endettement en raison de la crise du crédit. La situation actuelle est davantage propice aux fonds «distressed». Ils investissent dans des entreprises en difficulté qu'ils obtiennent très bon marché, puis tentent de les redresser. Figurent parmi eux Cerberus ou Texas Pacific Group. Ce dernier avait, par exemple, acheté l'entreprise de fabrication de chaussures Bally, alors au bord de la faillite, puis l'avait revendue avec succès après lui avoir rendu son lustre d'antan. Ce pari sur l'avenir s'est avéré payant mais il comporte néanmoins une grande part de risque. «Soyez avides quand les autres sont craintifs et craintifs quand les autres sont avides», disait Warren Buffett. Ce principe a fait de lui l'un des hommes les plus riches du monde. Ne reste qu'à trouver le courage d'oser braver la paralysie générale...trésorLes fonds souverains disposent de 3000 milliards de dollars.

Les principaux fonds souverains Abu Dhabi Investment Authority Créé en 1976 aux Emirats arabes unis, il gère 625 milliards de dollars. Government Pension Fund-Global Créé en 1990 en Norvège, il gère 322 milliards de dollars. Government of Singapore Investment Corporation (GIC) Créé en 1981 à Singapour, il gère 215 milliards de dollars. Reserve Fund for Future Generation Créé en 1953 au Koweït, il gère 213 milliards de dollars. China Investment Corporation Créé en 2007 en Chine, il gère 200 milliards de dollars. Fonds de réserve de Russie et Fonds de bien-être national de Russie Anciennement Fonds de stabilisation, il a été créé en 2004 en Russie et gère 173,2 milliards de dollars. Temasek Holdings Créé en 1974 à Singapour, il gère 134 milliards de dollars. Qatar Investment Authority Créé en 2005 au Qatar, il gère 60 milliards de dollars. LE CHIFFRE 900 milliard La somme en dollars des fusions avortées en 2008

Photo: Coffre argent liquide / © Keystone

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