Bilan

Le krach disséqué par trois professionnels

Les professionnels doutent, se grattent la tête. Suent. La baisse - 40% depuis janvier sur les principales places occidentales - s'est brutalement accélérée ces dernières semaines. Un véritable krach boursier. Le plancher a-t-il été touché? Traditionnellement, les ventes paniques des épargnants et des investisseurs professionnels, les liquidations indistinctes de tous les titres, constituent le signe que le fond a été atteint. «Les forts volumes qui ont accompagné la récente chute des actions laissent à penser que le plancher a été vu», estime Dennis Gartman, célèbre financier américain, auteur d'une lettre très prisée des investisseurs. Mais le renard des marchés ne s'emballe pas. Les petits porteurs n'ont pas encore bradé l'ensemble de leurs portefeuilles, «avec dédain», comme il l'attend. Un peu de pression va subsister. Un ancien trader, conseiller dans une banque privée, n'est pas non plus complètement à l'aise. «Le nettoyage final se dessinait, mais les interventions étatiques en Europe l'ont freiné.» Les fonds alternatifs sont confrontés à des demandes de remboursement massives et les conditions de crédit que leur octroient les banques se resserrent. «Les hedge funds devront encore vendre des actions.» Les signes de capitulation sont scrutés. «Une liquidation massive des valeurs défensives, comme Novartis ou Nestlé, sur plusieurs séances, serait l'indicateur que le fond a été touché.» Conseiller en investissement à la Banque privée Espirito Santo à Lausanne, Vincent Perruchoud, est plus optimiste. «Le grand nettoyage a commencé.» La situation devrait aller en se stabilisant. Le risque de récession serait déjà inclus dans les cours boursiers. Son modèle indique que les valorisations des actions sont très basses, «en moyenne 50% en dessous du prix d'équilibre». De plus, les interventions étatiques vont offrir un socle sur lequel pourront s'appuyer les marchés financiers. Sauf catastrophe, le rebond est programmé. Vincent Perruchoud reste toutefois sur ses gardes. Un scénario plus noir ne peut pas être balayé d'un revers de main. «Le risque de débâcle systémique serait réactivé si les bourses venaient à crever les planchers atteints en 2002, soit 750 points sur le S & P 500 américain (ndlr: 15% plus bas qu'actuellement).» Par un effet de gravité, les actions seraient attirées «beaucoup, beaucoup, beaucoup» plus bas. Bref, un nouveau 1929.

Photo: Bourse / © Keystone

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