Bilan

Le private equity vend ses bijoux aux fonds souverains

Le destin de Cegelec sera-t-il celui de nombre de sociétés, grosses ou moyennes, en Europe? Filiale d'Alstom spécialisée dans l'ingénierie électrique - de l'installation des caténaires de chemin de fer aux systèmes de commandes des centrales nucléaires - Cegelec acquiert son indépendance, en 2001, après un LBO (leverage buyout ou rachat d'une entreprise par l'émission de ses propres dettes). Menée par la Caisse des Dépôts et Charterhouse, cette opération est suivie d'une seconde en 2006. Cegelec passe dans le giron de LBO France, l'un des principaux acteurs du private equity dans l'Hexagone. Avant la crise financière, ce genre d'investissement n'avait que deux issues. Après plusieurs années de restructuration, les firmes de LBO prenaient leurs plus-values soit en introduisant l'entreprise en bourse soit en la revendant à un industriel concurrent. Mais la bourse est fermée pour les IPO. Et même les grands industriels ne trouvent pas de crédits auprès des banques. Le 22 octobre dernier, deux groupes du CAC 40, Vinci et Eiffage, se sont fait souffler Cegelec par Qatari Diar, filiale du fonds souverains de l'émirat. Ayant déniché cette nouvelle issue, les firmes de private equity, qui possèdent des pans entiers de l'industrie suisse et européenne, vont-elles vendre leurs bijoux du «non coté»?

«Un scénario crédible»

Selon Rainer Ender, managing director du grand fonds de fonds en private equity suisse Adveq, «c'est un scénario crédible». «Historiquement, les fonds souverains ont investi dans le private equity de trois manières: d'abord en tant qu'institutionnels en confiant des fonds aux firmes. Puis en devenant actionnaires de ces firmes comme l'ont fait le fonds souverain chinois dans Blackstone et TPG ou celui d'Abu Dhabi dans Appolo. Enfin, en co-investissant avec ces firmes directement dans les entreprises cibles.» Cette évolution a déjà vu le fonds souverain de Singapour entrer au capital du distributeur Debenhans, du chimiste Celanese ainsi que de la holding de la famille Benetton, Sintonia.Celui d'Abu Dhabi est dans l'opérateur de télécoms bulgare et celui de Dubaï dans les parcs à thème du groupe Tussauds.Avec Cegelec une étape de plus est franchie. L'autorité d'investissement du Qatar ne co-investit pas. Elle prend 100% du contrôle. Etant donné les difficultés de refinancer les dettes émises lors des LBO, de la baisse des valorisations boursières mais aussi de la quantité de sociétés acquises par le private equity lors du boom de 2005 à 2007 (environ 10000 en Europe), ce type d'opération va se multiplier. Les gouvernements devront choisir entre le protectionnisme et le trésor de 3500 milliards de dollars des fonds souverains. La semaine dernière, Paris a ainsi exigé du fonds qatari la mise en place d'un comité uniquement composé de citoyens français pour surveiller les activités de Cegelec dans le nucléaire, la défense et le spatial. Mais cela n'a pas empêché la France d'appeler ensuite les fonds souverains à co-investir avec celui créé autour de la Caisse des dépôts... C'est le retour du vieux dilemme de l'argent du beurre.

Photo: Usine Jean Luc Lagardere / © Gilles ROLLE/REA

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