Bilan

Le «retour à la normale» n'est pas une option

En novembre dernier, le World Economic Forum a réuni plus de 700 experts internationaux à Dubaï pour discuter l'agenda mondial 2009. Parmi eux, plus de 120 experts en questions environnementales, en développement durable et en sécurité humaine. Leurs conclusions furent saisissantes: le problème de sécurité environnementale que nous affrontons est plus grave, plus complexe et beaucoup plus systémique que la crise financière. L'an 2008 pourrait bien se révéler le précurseur d'un ouragan économique comme nous n'en avons encore jamais vu. Au cours des cinq dernières décennies, nous avons amassé plus de richesses que jamais tout en sous-estimant systématiquement le risque en termes de ressources naturelles. Nous avons financé l'extraordinaire croissance de notre niveau de vie en bradant les biens et services que nous tirons des ressources naturelles. Nous avons minimisé les risques liés à leur épuisement et les conséquences négatives engendrées par la pollution. Sans une réforme profonde et structurelle de notre gestion de l'économie, il est peu probable que nos enfants connaissent les mêmes notions de progrès et de richesse.

Un nouveau paradigme

Voici quelques observations faites par les experts à Dubaï: Si la tendance actuelle se poursuit, près de 4 milliards de personnes vivront dans des régions à grave insécurité hydrique d'ici à 2030. Accroître l'approvisionnement en eau n'est plus possible dans la plupart des cas. L'Agence internationale pour l'énergie prévoit une augmentation de 45% de la demande d'énergie d'ici à 2030, le charbon comptant pour plus d'un tiers de cette hausse. Il faut urgemment un nouveau paradigme en matière d'énergie, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement. Dans les quarante prochaines années, il faudra doubler la production alimentaire pour satisfaire la demande mondiale. Notre capacité à satisfaire les besoins actuels et futurs se heurte au manque d'eau croissant, aux changements climatiques et aux coûts volatils de l'énergie et de l'approvisionnement. é Les besoins en aide humanitaire augmenteront à un rythme inouï si, comme le prévoient les experts, les changements climatiques et la pénurie d'eau engendrent des migrations massives. La Croix-Rouge internationale estime qu'il y a déjà 25 à 50 millions de réfugiés du climat, alors que la population réfugiée officielle s'établit à 28 millions. Selon le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), le nombre de réfugiés «environnementaux» pourrait atteindre 150 millions d'ici à 2020.

Davos, une rencontre capitale

Si nous voulons survivre et prospérer, il importe d'aborder les risques environnementaux fondamentaux. Rien à voir avec les vieux poncifs sur la conservation ou protection de l'environnement. Nous voulons la croissance économique, mais pour y arriver il faut un nouvel agenda progressif de gestion du risque. Dans ce contexte, la rencontre à Davos est capitale. Il n'y a jamais eu autant de leaders de la politique, de l'économie et de la société civile au Forum. Les discussions doivent porter sur les moyens de remodeler le fonctionnement du monde pour une reprise à court terme, pour réduire les risques les plus fondamentaux et pour promouvoir de nouvelles occasions de croissance durable à plus long terme. L'an 2008 nous a sévèrement mis en garde. Il faut à tout prix éviter que des problèmes de durabilité viennent s'ajouter aux problèmes connus de l'économie dite réelle. 2009 sera-t-elle l'année des nouvelles collaborations innovantes qui contribueront à modeler un monde d'après-crise? Il le faudra bien, car le «retour à la normale» n'est pas une option.

Photo: Monney wall/ © Corbis

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