Bilan

Le titre UBS est-il plombé pour longtemps?

Pénible de posséder des actions UBS. Beaucoup y ont laissé une partie de leurs économies ces derniers mois, avec un titre qui a dévissé de 80 francs à 23 francs. La forte exposition de l'établissement bancaire au marché du crédit américain, notamment aux hypothèques à risques, a nécessité 40 milliards d'amortissements. De nouvelles pertes seront au rendez-vous. Et comme si cela ne suffisait pas, la banque se retrouve aujourd'hui en difficulté aux Etats-Unis, où un ancien gérant, Bradley Birkenfeld, menace de divulguer le nom de richissimes clients. Dès lors, que faire du titre? Certains financiers ne sont pas rassurés. Ils recommandent une extrême prudence. «Nous évoluons à proximité de niveaux techniques très importants, le franchissement du seuil de 21-23 francs ouvrirait la voie pour un plongeon à 10 francs, s'inquiète le patron d'un fonds alternatif. Le fait que UBS se retrouve dans une m... noire avec le fisc américain n'arrange rien.»

Positions à la baisse

Le spécialiste fait référence aux négociations actuelles menées entre UBS et Washington, qui menacent d'écorner le secret bancaire. «En deux mots, je reste baissier sur le titre et sur le secteur bancaire.» Ces vues rappellent celles de Jim Rogers, ancien associé du financier George Soros, récemment livrées dans notre magazine. Le gourou des marchés expliquait avoir établi «depuis un an ou deux» des positions à la baisse sur les grandes banques d'affaires occidentales. «Si je me réfère aux précédents marchés baissiers, il y a encore pas mal de place vers le bas», estimait-t-il. D'autres soufflent le chaud et le froid. Une étude du courtier Helvea fixe un objectif de cours à 35 francs avec le retour dans les chiffres noirs de UBS prévu en 2009. «Mais le flux de nouvelles attendu ces prochains mois ne semble guère positif et il ne faut pas se précipiter pour acheter le titre.» De nouvelles dépréciations d'actifs dans le domaine des crédits sont à prévoir. Les pertes que vient d'annoncer Lehman Brothers dans l'immobilier résidentiel et les prêts commerciaux aux Etats-Unis n'annoncent rien de bon. «De plus, UBS est aussi exposée au marché résidentiel en Europe, qui s'est passablement détérioré récemment, particulièrement en Grande-Bretagne», écrit l'analyste de Helvea.

Un cas instructif

Pour ne rien arranger, UBS a des difficultés à retenir sa clientèle. L'étude de Helvea identifie ce risque. «L'unité de banque privée est probablement confrontée à des sorties d'argent, car les problèmes rencontrés par sa banque d'investissement ternissent son excellente réputation et sa situation économique mondiale se détériore.» Tout cela n'est guère réjouissant. UBS a cependant bétonné son socle en procédant à deux augmentations de capital pour un montant total de 34 milliards. De quoi assurer l'avenir. Seul hic, les titres des actionnaires ont été fortement dilués par ces opérations. Par conséquent, les parts du gâteau constituées des bénéfices futurs seront plus petites. Jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur boursier est instructif. Au début des années 2000, les assureurs sont affaiblis par l'explosion de la bulle technologique. En 2001, le titre Zurich Financial plonge de 750 francs à moins de 100 francs. La firme augmente alors son capital pour retrouver de l'assise. A l'époque, les besoins d'argent frais atteignent 3,7 milliards. Ce montant représente environ 20% des fonds propres (réserves et capital du groupe) avant la crise. L'action du groupe n'a toutefois jamais retrouvé ses niveaux d'avant la crise, malgré des bourses qui se sont envolées. Bien sûr, la valeur a grimpé, mais sans jamais franchir la barre des 400 francs. Dans le cas de UBS, la dilution est nettement plus importante. L'augmentation de capital équivaut à 60% des fonds propres. Dès lors, il y a fort à parier que le titre ne retrouvera pas avant (très) longtemps les niveaux de l'été dernier. Ceux qui ont payé le titre 50, 60 ou 70 francs apprécieront. B UBS a procédé à deux augmentations de capital pour 34 milliards pour assurer son assise. Sera-ce suffisant? Pas sûr. Pour preuve, le titre Zurich Financial qui ne s'est jamais remis de l'explosion de la bulle technologique en 2001.

Photo: UBS, Lausanne le 1 avril 2008 / © Fabrice Coffrini/AFP

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."