Bilan

Le trader révèle enfin son visage humain sur grand écran

Exit les requins de la finance. Margin Call nage à contre-courant des films manichéens sur les krachs boursiers.

 «Nous devons nous débarrasser du plus grand sac d’excréments de l’histoire du capitalisme.» Le patron d’une banque sans nom décide de refourguer à ses clients une énorme masse d’actifs pourris accumulés. C’est une scène phare du film Margin Call, actuellement en salle. L’œuvre sur laquelle plane l’ombre de Lehman Brothers relate les heures cruciales d’un institut financier à l’aube de la crise des subprimes en 2008. Les critiques sont unanimes: cette fiction dépeint Wall Street avec un étonnant réalisme. Mais ce ne sont pas les mécanismes financiers qui y sont décrits. «C’est la peur de chaque employé du haut en bas de la hiérarchie, sa volonté de sauver sa peau à tout prix, le cynisme du patron, décrypte le spécialiste financier français Gérard Horny dans une chronique. Le réalisateur Jeffrey Chandor ne condamne pas ce système qu’il connaît bien. Il s’en sert pour montrer comment ces hommes et ces femmes se comportent dans des circonstances extrêmes. Et, dans ces moments, même un salaud peut révéler des fragilités qui le rendent émouvant.»

«Cupides et peu sympathiques»

Des facettes multiples et sensibles qui font un pied de nez au stéréotype du trader sans foi ni loi. Depuis plus de vingt ans au cinéma, le milieu financier est principalement réduit à un schéma caricatural qui oppose ses requins amoraux au reste du monde. «Contrairement aux secteurs qui vendent des biens réels, à échelle humaine et concrète, ces professionnels travaillent au fond dans l’abstraction en manipulant des flux financiers virtuels, analyse Laurent Guido, professeur associé à la section d’histoire et d’esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne. Leurs activités insaisissables vont automatiquement les faire apparaître déconnectés, cupides et peu sympathiques aux yeux du spectateur.» Ouvrir les portes des salles de marché au grand public sans être ni trop simpliste ni trop technique relève du défi cinématographique. «La finance est hermétique pour la plupart d’entre nous, poursuit Laurent Guido. C’est ainsi que ses dérapages se reflètent à l’écran dans un univers forcément simplifié, manichéen.» Un dualisme traité avec plus ou moins de finesse. Le film culte Wall Street (1987) plonge pour la première fois dans le milieu avec subtilité et ironie. «L’avidité a du bon», proclamait Gordon Gekko, le mythique courtier et antihéros des années 1980. Sa séquelle réalisée après le krach boursier de 2008, elle, sombre dans les clichés. Tout comme Les initiés (2000) ou Trader (1999) qui exploitent au maximum l’image du trader mû par le profit immédiat. En revanche, d’autres fictions, telle The Company Men, s’appliquent à donner une dimension plus humaine et plus réaliste à ses cols blancs. En considérant leur ampleur et leurs conséquences, les crises financières – et notamment celle de 2008 – ont finalement engendré peu de fictions représentatives. Si les documentaires ont tiré leur épingle du jeu, côté fiction, on cherche encore la référence des années 2000. Margin Call a ouvert la voie.

 

Filmographie

Des productions inspirées par la crise financière de 2008.

– Inside Job: Documentaire révélateur sur la débâcle de Wall Street. – Cleveland contre Wall Street: Procès fictif édifiant de la crise des subprimes. – Let’s make money: Notre argent suivi à la trace dans le système financier. – Capitalism, a love story: Pamphlet contre les dérives bancaires. – Too big to fail: Docufiction qui met en scène les protagonistes de la crise. – Wall Street, l’argent ne dort jamais: Le retour du légendaire Gordon Gekko. – Krach: L’affaire Kerviel dans une fiction caricaturale. – The Company Men: Fiction qui humanise des cadres licenciés. – Margin Call: Chute réaliste d’une banque à la Lehman Brothers.

Crédit photo: Dr  

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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