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Les défis d’une succession réussie

Comment une famille aisée assure-t-elle la succession de sa fortune? Les experts de la banque privée Barclays ont réalisé une étude pour évaluer les principaux obstacles à une bonne transmission du patrimoine.

Crédits: DR

Un adage laisse entendre que la première génération construit la fortune, la seconde la fait perdurer et la troisième la liquide. «Il s’agit d’un stéréotype», sourit Effie Datson, Global Head of Family Offices au sein de la banque privée Barclays. Elle cite l’exemple d’une famille venant du Royaume-Uni. Ceux qui ont créé la richesse ont décidé de transmettre leur entreprise. Ce ne sont toutefois pas leurs enfants, mais leurs petits-enfants qui l’ont reprise. Cela confirme une des observations de l’étude menée par la banque privée.

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Près de sept personnes sur dix ressentent un devoir envers l’entreprise familiale. Pression des résultats, volonté de prouver ses compétences ou encore simple suite logique des événements: de nombreuses raisons expliquent ce sentiment. Les nouvelles générations endossent une lourde responsabilité. D’autant plus que le sondage révèle également que 57% de ceux qui ont bâti la fortune sont inquiets de la capacité de gestion de la génération suivante.

L’importance de la confiance

Une transmission de fortune réussie nécessite de la confiance entre les générations. Les jeunes s’efforcent d’acquérir de l’expérience. «Les études et les connaissances académiques sont une chose, mais la participation à la vie de l’entreprise familiale compte également», explique Effie Datson. Les questions purement financières sont souvent gérées directement par l’établissement bancaire.

L'un des objectifs d'une banque privée est d'aider les familles à maintenir et à développer leur patrimoine. La famille fondatrice va en revanche généralement se concentrer sur une stratégie. Pour cela, il y a une question d’objectifs à se fixer. Les jeunes générations cherchent plutôt à augmenter leur fortune tandis que leurs aînés se trouvent dans une phase de préservation et de consolidation.

Les objectifs diffèrent selon les générations. Source: Barclays Private Bank.

Azeem Merchant est CEO et fondateur de Messung Global Connect, une entreprise basée en Inde. Il a auparavant travaillé dans l’entreprise familiale avec son père. «Je suis chanceux d’avoir une bonne relation avec mon père et ma famille, mais j’ai mis du temps à comprendre comment il travaillait», explique-t-il dans l’étude. Le CEO a notamment étudié à Cardiff, au Pays de Galles. Il estime que cela lui a donné de nouvelles perspectives - et un avantage sur ses concurrents. Pourtant, étudier à l’étranger, et ainsi apporter des perspectives différentes, est parfois problématique au sein de certaines familles. La faute peut-être à un conflit de génération. «L’ancienne génération tend à éviter les changements et préfère rester avec des idées familières», affirme Mark Tucker, Head of Wealth Advisory au sein de Barclays Private Bank.

Etudier à l'étranger créé-t-il des conflits au sein de la famille ?

L’attitude face aux risques n’est pas similaire. «Les jeunes prennent généralement plus de risques aussi bien dans leurs décisions de managers que dans leurs décisions d’investissement car ils ont davantage de temps devant eux», observe Effie Datson. L’un des conseils prodigués pour faciliter le transfert de richesse consiste à amener de la diversité au sein de la structure familiale qui prend les décisions financières. «Une diversité en termes d’âge et de genre dans les processus de décision va aider à diriger les nouvelles idées entrepreneuriales», estime Dr Ylva Baeckstrom, une experte en finance de la King’s Business School citée dans l’étude.

Cela se mesure en chiffres, puisque les retours sur investissements des femmes sont en moyenne plus élevés (+1,2%) que ceux des hommes. «Les études montrent que en matière d’investissement, les hommes arborent trop de confiance en leurs capacités, ce qui les conduit à être plus actifs en matières de transactions boursière, ce qui peut porter préjudice à leurs performance d’investissement», affirme Alexander Joshi, spécialiste en comportement financier au sein de Barclays Private Bank. Il ajoute que «ces comportement se manifestent naturellement durant les transferts de fortune, donc inclure des femmes dans le processus de décision peut potentiellement mitiger certains des risques que vous auriez s’il n’y avait que des hommes.»

Le pacte familial

Etablir un pacte familial est nécessaire pour les questions de succession et de transfert de fortune. Il permet de poser les bases d’une discussion. «Il n’est pas tant utile pour l’entreprise elle-même, mais pour la famille», affirme Effie Datson. Clare Stirzaker confirme: «Un des plus grands bienfaits d’un pacte familial est le fait que les familles commencent à communiquer sur des sujets dont ils n’ont jamais parlé auparavant. Cela définit clairement les attentes des uns et des autres», glisse celle qui est Solicitor and Family Governance Specialist au sein de PwC.

Par exemple, certains enfants veulent succéder à leurs parents dans l’entreprise familiale et d’autres ne veulent pas. «Ce sont des discussions très émotionnelles et compliquées entre parents et enfants», observe Pascal Nagel, Head of Swiss Onshore (Family Offices, High Net Worth Individual) pour Barclays Private Bank. Si les banques peuvent amener un regard extérieur neutre et aider à trouver des solutions, les héritiers sont les seuls maîtres de leur destin. Un des exemples mentionné par Pascal Nagel est celui d’une famille Ultra Net High Worth (soit une très grandes fortune) résidente en Suisse dont les avoirs ont été répartis entre des investissements financiers gérés par Barclays et un business familial: «Les parents et les quatre enfants avaient une vision très différente et il a fallu trouver des solutions qui garantissent une équité entre les enfants. Personne ne doit se sentir lésé et il faut trouver le bon équilibre entre les besoins financiers de chacun qui vont différer dans le temps. Sur les quatre enfants, un seul était intéressé à prendre la suite.» annonce-t-il.

«Barclays a accompagné cette famille en trouvant des solutions sur mesure qui permettent d’une part de garantir la pérennité de la société familiale et d’autre part de permettre aux enfants d’accéder à une partie de la fortune familiale pour d’autres projets personnels. Barclays a d’ailleurs mis sur pied un club privé d’investisseurs qui permet à nos clients (en particulier family office) de rechercher des partenaires dans leurs différents projets y compris leur business familial», explique encore l’expert de Barclays.

Philanthropie et responsabilité sociale

La responsabilité sociale est une notion qui touche la jeune génération. Ceux en passe de prendre les rênes du patrimoine familial sont sensibilisés aux questions d’inégalité ou encore d’environnement. Beaucoup de familles riches se lancent dans des activités philanthropiques, toutes les générations ensemble. Il y a plusieurs raisons à cela. «Pour les enfants en âge d’aller à l’école, c’est un très bon moyen de les initier à la gestion et à prendre soin des autres», explique Effie Datson.

«Cela permet également de développer des compétences qui seront utiles pour plus tard», ajoute-t-elle. Les familles pourraient simplement investir dans des organisations reconnues, mais elles n’exercent pas de contrôle absolu. «Certaines font les deux: elles créent leur propre structure et sont aussi mécènes» constate encore l’experte de Barclays.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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