Bilan

Les 300 plus riches de Suisse - édition 2012

Après le léger recul de 2011, la fortune totale des familles concernées par notre enquête a progressé à nouveau. En cette fin d’année 2012, elle atteint 560 milliards de francs. Le patrimoine des milliardaires est celui qui a le plus augmenté.
Bilan publie chaque année la liste des 300 plus riches de Suisse. Voici l'édition 2012.

L’état de santé du portefeuille des plus riches recensés par Bilan se porte bien. Pour être tout à fait précis, c’est essentiellement la fortune des milliardaires - le classement en compte 137 - qui a significativement progressé.

Celle-ci est désormais estimée à 483,25 milliards de francs (+44,4 milliards), soit une progression de 9%. En réalité, parmi eux, il faut différencier les multimilliardaires qui occupent les premières places des autres. En effet, parmi les 17 familles possédant plus de 6 milliards de francs, 13 d’entre elles ont vu leurs avoirs exploser.

Il s’agit plus précisément du prince Karim Aga Khan IV dont la fortune a été réévaluée de 10 milliards de francs par des cabinets d’avocats dans le cadre de son divorce d’avec sa deuxième épouse, Gabriele Homey. Dès lors, le chef spirituel des chiites ismaéliens se retrouve au 6e rang des résidents les plus fortunés du pays. Mais pas de quoi se réjouir car bien qu’il soit au bénéfice d’un forfait fiscal à Genève, il envisagerait de déménager aux Bahamas.

Une autre fortune a réellement pris l’ascenseur d’une manière incroyable, celle de Jorge Lemann. Ce fils de fromager de l’Emmenthal émigré au Brésil a vu la valeur de son paquet d’actions d’Anheuser-Busch InBev grimper. La valeur boursière de ses parts dans le plus grand brasseur du monde vaudrait quelque 18 milliards de francs (+9 milliards). Jorge Lemann serait, à notre connaissance, le Suisse le plus fortuné du monde. En effet, bien qu’il réside à Epalinges, Ingvar Kamprad n’est pas ressortissant helvétique, contrairement à ses trois fils.

Le Suédois a d’ailleurs vu sa fortune encore croître (+3 milliards), grâce à une progression de 12% des bénéfices de la chaîne d’ameublement Ikea.

Une autre croissance impressionnante (+4 milliards) est celle du Russe Viktor Vekselberg. L’oligarque de 55 ans a récemment cédé sa participation au sein du groupe pétrolier russo-britannique TNKBP pour plus de 6,5 milliards de francs. Installé à Zoug, cet investisseur détient également d’importantes parts du capital des groupes industriels suisses Sulzer et OC Oerlikon.

21 ENTRÉES

Parmi les 21 familles qui font leur entrée dans notre classement, il y a trois milliardaires: Mohammed Elkhereiji est revenu s’établir à Genève, trois ans après son départ pour l’Arabie saoudite. Sa fortune est estimée à 2,6 milliards de dollars par un magazine arabe, soit près d’un milliard de plus qu’avant son départ.

Le second est le Français Claude Dauphin, qui a démarré chez Glencore à Lucerne avant de partir fonder la société de négoce Trafigura avec cinq autres, dont Eric de Turckheim. Il fait partie de ces traders qui ont perçu des bonus de plusieurs dizaines de millions de francs. A côté de cela, il a repris l’activité de traitement des déchets que son père avait initié et qui a réalisé plus de 1,5 milliard de chiffre d’affaires en 2011.

Enfin, il y a la veuve d’Edmond Safra, Lily, d’origine brésilienne, qui a finalement choisi de rejoindre ses nombreux amis genevois plutôt que de s’ennuyer à Monaco.

Parmi les autres «nouveaux», relevons un autre cadre supérieur du géant Glencore, Gary Fegel, qui en possède 2,24%; Lindsay Owen-Jones, l’ancien président-directeur général de L’Oréal, venu s’installer au Tessin; Barry Houghton, également Britannique, établi à Verbier, qui a fait fortune dans l’électronique et investit maintenant dans l’immobilier; Gianna Angelopoulo-Dastalaki, l’ancienne maire d’Athènes et présidente du comité d’organisation des JO d’Athènes en 2004; les frères Kriemler, fondateurs de la marque Akris qui cartonne aux Etats-Unis; la famille Läderach qui continue à diriger la marque de biscuits éponyme; ou encore Ernst Tanner, le CEO et président de Lindt & Sprüngli.

LE SECTEUR DU TRADING

Dans cette édition 2012, on retrouve la majeure partie des dirigeants actuels ou passés des grandes entreprises du trading. L’an dernier, nous avions assisté à la déferlante des «Glencore boys», cinq en tout, suite à l’introduction en bourse de la multinationale.

Comme indiqué, nous y avons ajouté Gary Fegel, qui rejoint Ivan Glasenberg, Daniel Maté, Aristotelis Mistakidis, Christian Wolfensberger ou encore Willy Strothotte. Sans oublier l’incontournable Marc Rich, bien entendu. Le mentor d’une bonne partie de ces chefs d’entreprise. A côté d’eux, il y a bien entendu les deux patrons de Gunvor: Guennadi Timtchenko et Torbjörn Törnqvist. Mais aussi Jean-Claude Gandur, fondateur du groupe Addax.

Deux des fondateurs de Trafigura font leur apparition: Claude Dauphin et Eric de Turckheim. Idem avec David Fransen, le responsable de Vitol à Genève, numéro un mondial dans le commerce de l’énergie avec un chiffre d’affaires proche des 300 milliards de francs.

Si l’on analyse maintenant ces riches en fonction de leur nationalité, cela permet de constater que les Suisses (d’origine et naturalisés tout confondus) dominent largement avec 168_ représentants (dont 48_milliardaires), suivis logiquement par les Français (43) et les Allemands (37), puis les Anglais (16), les Italiens (10), les Grecs (8) et les Russes (8), les Suédois (6), les Autrichiens (5) et les Hollandais (5), les Canadiens (4) et les Américains (4). Citons encore les Sud-Africains (3) et les Norvégiens (3).

LE PROCHE FUTUR

L’an dernier, nous évoquions trois incertitudes pouvant potentiellement modifier de façon significative la liste des familles présentes dans ce classement. A commencer par l’élection présidentielle française. Cependant, bien que le changement de majorité soit intervenu et que le président François Hollande ait promulgué de nouvelles taxes frappant les hauts revenus, les spécialistes de l’immobilier de Suisse romande n’ont pas assisté à la déferlante annoncée. Les entrepreneurs français privilégient désormais la Belgique et l’Angleterre où ils bénéficient des mêmes avantages fiscaux, tout en pouvant continuer à exercer leur profession, ce qui n’est pas autorisé en Suisse.

Par ailleurs, relevons que la population suisse sera amenée à voter, très vraisemblablement en 2014, sur l’abolition des forfaits fiscaux. En effet, l’initiative déposée par l’extrême gauche a recueilli les 100 000 signatures nécessaires. L’initiative entend abolir dans tout le pays l’imposition forfaitaire des étrangers fortunés. Ces derniers ne déclarent aujourd’hui comme revenu qu’un montant forfaitaire représentant jusqu’à sept fois la valeur locative de leur logement.

Environ 5450 personnes sont imposées selon ce régime, ce qui rapporte 668 millions de francs rien qu’en recettes fiscales directes, sans parler des retombées pour les commerçants, les écoles privées, les cliniques, etc.

D’autres nuages menacent encore le ciel helvétique: l’initiative populaire fédérale intitulée «Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS», laquelle dispose encore de quelques mois pour récolter le nombre de signatures nécessaire; et la négociation relative à la nouvelle convention franco-suisse sur les successions.

Si celle-ci devait être ratifiée par le Parlement suisse, elle profiterait largement au fisc français et provoquerait un exode des riches Français. Une affaire à suivre.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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