Bilan

Les actifs à glisser dans son portefeuille

Or, argent, fer, bois ou gaz de schiste: dans quelles valeurs vaut-il mieux investir son argent cette année? Bilan fait le point sur les performances attendues pour les principaux placements.
  • Les prix ayant un peu baissé l’an passé, un analyste conseille d’acheter plutôt de l’or physique. Crédits: Yoray liberman/getty images

Les actifs réels ont la propriété de réagir aux tendances de l’économie. 

Et pour 2013, on ne s’attend pas à une croissance mondiale extraordinaire. La Chine et l’Europe devraient continuer leur reprise, et les Etats-Unis, stabilisés suite aux accords qui ont permis d’éviter le mur budgétaire, devraient poursuivre leur croissance. 

Ainsi, le rebond du prix des métaux précieux, des commodités et d’autres actifs réels devrait rester modeste. Tour d’horizon des principaux actifs réels et tangibles.

L’or

Un anxiolitique pour les inquiets

L’or attire toujours des investisseurs, même s’il doit se battre davantage pour leur plaire, au vu du contexte de reprise de l’activité économique en Chine et aux Etats-Unis. L’optimisme de ce début d’année a en effet diminué l’appétit pour le métal jaune.

Malgré tout, sa demande, soit physique ou sous forme d’instruments de placement, reste forte. Car on en achète quand on doute du contexte économique, quand on craint une nouvelle crise financière, un affaiblissement du dollar ou encore une forte inflation pouvant entraîner un bond en avant de l’or, traditionnellement utilisé comme protection. Parmi les scénarios macroéconomiques possibles: une faible croissance mondiale, des politiques de quantitative easing qui perdurent, la crise de la dette, la dévaluation des monnaies, voire même un conflit au Moyen-Orient. La demande d’or ne devrait donc pas fléchir.

Si l’on observe le marché des investissements, deux éléments attestent de l’attrait pour le métal jaune. La demande d’ETF sur l’or a fortement augmenté, car ces produits servent à se couvrir contre la dévaluation. Ensuite, le fort endettement des Etats entraîne aussi les institutionnels à acquérir des actifs comme l’or qui devrait prendre de la valeur si les devises se déprécient. Par exemple, les banques centrales, notamment celles des pays en développement (Corée du Sud, Russie, Ukraine, Mexique, Bolivie, Thaïlande…), achètent plus d’or pour diversifier leurs réserves de change. D’ailleurs, la demande des instituts d’émissions des pays émergents constitue 80% environ de la demande mondiale.

2012 a été une bonne année pour investir dans l’or, le métal ayant affiché une hausse de 10%. Les prix ont baissé une nouvelle fois à la fin novembre pour atteindre les 1680 dollars l’once au début de décembre 2012, car le marché attendait plus de cette valeur refuge. Ainsi, l’or, qui a vu son cours moyen grimper tous les ans depuis 2001, n’a pas profité des inquiétudes liées au mur budgétaire aux Etats-Unis, ni des éléments de soutien que sont les taux d’intérêt très bas.

«Les prix ayant un peu baissé, il est intéressant aujourd’hui d’acheter de l’or physique, plutôt que des produits de
type ETF, explique André Montandon, analyste financier indépendant. Comme le prix du papier est très voisin de celui de l’or réel, autant acheter de l’or directement et utiliser pleinement son potentiel de valeur protectrice. A trois ou quatre ans, son cours devrait excéder les 2000 dollars l’once.»

En revanche, pour 2013, si les prix de l’or restent à un niveau élevé, il ne devrait pas y avoir de nouveau pic. Sauf bien sûr en cas de crise majeure comme un nouveau plan de sauvetage de la Grèce ou de l’Espagne. L’or garde ainsi tout son potentiel de hausse, surtout en période d’expansion monétaire. Mais même avec le pire des scénarios, les analystes ne le voient pas arriver en dessus de 2000 dollars par once.

L’argent

Dans l’ombre du métal jaune

En 2012, les prix de l’argent ont augmenté de 20% et font du métal gris la matière première qui réalise la meilleure performance l’an dernier. Même si les prix de l’argent suivent souvent l’évolution de ceux de l’or, ils affichent néanmoins de meilleurs résultats que ceux du métal jaune à la fin 2012. L’argent, qui a la particularité d’être aussi bien une valeur refuge qu’une valeur industrielle, a connu un rally au début novembre 2012 (+12% contre +5% pour l’or), avant de s’arrêter autour d’un prix de 30,75 dollars l’once au début 2013.

Il est fort probable que l’amélioration des prévisions économiques en Chine et aux Etats-Unis, les politiques de quantitative easing et des prix de l’or qui restent élevés ont encouragé la demande des investisseurs sur l’argent. «Le rapport historique entre l’or et l’argent est de 1 à 15. Aujourd’hui, il est 93 fois moins cher que l’or. Le cours de l’argent devrait atteindre très rapidement les 100 dollars par once en 2013. N’oublions pas qu’il constitue le métal précieux le plus rare de la planète si l’on prend en considération son niveau de consommation», observe André Montandon. L’argent est aussi le métal le plus indispensable. La médecine, qui l’utilise comme désinfectant, et l’industrie de l’électronique ne peuvent s’en passer.

En 2013, les analystes de Credit Suisse estiment que l’argent a un bon potentiel de hausse, néanmoins moindre qu’en 2012. Ils prévoient une hausse des prix à court terme (trois mois), puis un ralentissement à un horizon d’une année.

Métaux précieux industriels

Peu de surprises sur ces marchés

La volatilité de leurs cours est généralement liée à la croissance globale de l’économie. Pour l’instant, il n’y a pas de «momentum» pour les faire évoluer dans une direction. 

Le fer Ce métal non coté en bourse a acquis ses lettres de noblesse en étant une composante essentielle dans la fabrication de l’acier. La part la plus importante de la demande provient de Chine, et aussi de Corée et du Japon. Investir de manière indirecte dans les métaux industriels comme le fer est un bon compromis. «Une possibilité pour ceux qui veulent se positionner sur le minerai gris est d’acheter des titres de grands producteurs miniers, comme par exemple Rio Tinto ou BHP Billiton. Si le marché des actions est bien orienté et le scénario économique constructif, les grands groupes diversifiés sont intéressants», observe Dominique Casaï, gérant du fonds Uram en métaux précieux.

Parmi ses particularités, le marché du fer subit des amplitudes en fonction des périodes de stockage et de déstockage qui s’ajoutent aux effets de marché liés à l’offre et à la demande. «Entre juillet et août 2012, le prix du fer a diminué de près de 40%, avant de tout récupérer en fin d’année, relève encore le gérant d’Uram. Pour une forte hausse des prix du fer en 2013, il faudrait un véritable boom de la production d’acier en Chine, par exemple. Le fer devrait rester à son niveau actuel ce premier semestre.» Par la suite, une augmentation de l’offre de fer au cours de l’année 2013 pourrait jouer à la baisse sur le prix du minerai.

Le platine et le palladium Le platine est l’un des métaux précieux les plus cycliques, car il est très lié aux ventes de véhicules automobiles. «Les cours du platine devraient croître en fonction de l’évolution de ce marché, car ils sont essentiels à la production de catalyseurs», explique Dominique Casaï.

La reprise de la demande de ce métal précieux contraste fortement avec l’offre. Selon Credit Suisse, l’Afrique du Sud, productrice de 75% du platine mondial, rencontre de nombreux problèmes structurels comme des grèves qui entraînent des chutes de production. Par exemple, en 2012, les mines ont généré près de 12% de moins de platine. En revanche, la faiblesse des prix de ce métal ne va pas inciter la production à croître, les mines rencontrant des pertes de production aux prix courants. Ainsi, la grande banque pense qu’une augmentation de l’offre paraît peu probable ces prochaines années, entraînant ainsi un certain potentiel de hausse sur le prix du métal.

Du côté du palladium, le marché s’est repris depuis août 2012, et 2013 pourrait être une année plus intéressante. Plus volatil que le platine, il est aussi utilisé dans l’industrie automobile dont il subit l’influence. La Russie, principal producteur, souffre aujourd’hui d’un déficit d’offres de palladium, ses stocks ayant diminué de près des deux tiers, selon les analystes de Credit Suisse.

Le cuivre Le cours du cuivre a atteint des sommets au début 2011. Après un ralentissement en septembre 2012, son prix est descendu à 6700 dollars par tonne. Historiquement, le plus bas de son existence a été atteint en 2002 avec un cours de 1336 dollars par tonne. Actuellement, il avoisine les 8089 dollars par tonne.

Selon Credit Suisse, les stocks de cuivre au niveau mondial étant confortables, une hausse imprévue de la demande de cuivre ne devrait pas entraîner une forte hausse des prix. Ces derniers devraient donc garder leur niveau actuel. En outre, l’offre devrait croître, les mines principales augmentant leurs capacités.

Le bois

Lié aux fluctuations de l’immobilier

La production de bois est liée en priorité aux activités de construction. La demande issue des pays émergents, surtout celle de la Chine, est un facteur de développement de l’industrie forestière depuis plusieurs années. Après un ralentissement lié à la conjoncture, le marché du bois s’est repris en fin d’année 2012. Avec les bons résultats apparus sur le marché résidentiel américain depuis l’an passé, la construction de logements a repris ainsi que les activités en lien avec la production de bois.

«En revanche, l’industrie du bois nord-américaine a été très touchée par la crise financière, et de nombreuses sociétés sont tombées en faillite. De même, les forêts n’ont pas été bien entretenues. Il faudra donc un certain temps de rattrapage pour cette industrie», relève Roland Duss, directeur de la recherche chez Gonet & Cie.

Les terres agricoles

Un actif vital à long terme

L’augmentation de la population mondiale, les habitudes de consommation en pleine évolution, notamment dans les pays en voie de développement, rendent la production agricole primordiale.

Quand on parle d’agriculture, les difficultés liées au secteur proviennent de la météo, de la croissance démographique, de la déforestation ou encore de la culture des biocarburants. Par exemple, le moindre incident climatique peut faire flamber les prix des grains en fonction des inventaires existants. D’autant plus que les stocks sont insuffisants (notamment pour le blé, le maïs et le soja). En effet, les stocks de grain sont à des niveaux où ils ne peuvent plus nourrir toute la population. Il n’y a pas de place pour une chute de production. Une crise agit donc très vite sur les prix des grains. Ainsi, investir sur ces «soft commodities» nécessite d’être très réactif et d’acheter plutôt à court terme.

Au lieu d’investir dans les grains, secteur risqué soumis aux aléas de la météo, il peut être intéressant de se positionner directement sur les terres agricoles, cet actif constituant une couverture contre l’inflation et assurant un certain rendement. La demande croissante de nourriture et la hausse du prix des grains à des niveaux élevés rendent en effet ce type d’investissement attractif. Selon la FAO (Food and Agriculture Organization), la demande de nourriture va augmenter de 50% d’ici à 2030 et de 80-100% d’ici à 2050.

Le problème des terres agricoles réside dans leur insuffisance. Où en reste-t-il à acheter? «Il en existe encore surtout en Afrique, même si le Brésil, l’Ukraine ou la Russie possèdent une certaine réserve de terres cultivables. Chaque région a ses propres particularités, que ce soit le climat, les infrastructures, les règlements ou encore les prix… Le secteur n’est pas forcément facile d’accès car il existe de nombreuses restrictions d’achat du sol et les complications sont multiples. En revanche, il s’agit de considérer cet actif à très long terme. Côté rendements attendus cette année, ils varient le plus souvent entre 4 et 6%», explique John Coast Sullenger, directeur de GAIA Capital.

Jusqu’à présent, il y a eu peu d’investissements dans cet actif tangible. «On évalue le besoin en terres à 279 millions d’hectares d’ici à 2050. En comparaison, seulement 160 millions d’hectares ont été mis en production au cours de ces cinquante dernières années», ajoute encore John Coast Sullenger. Le secteur devrait attirer des afflux massifs de capitaux au vu de son importance stratégique pour l’avenir.

Le gaz naturel et gaz de schiste

Un domaine en mutation

La production de gaz est assurée, surtout avec les gisements de gaz de schiste. D’ailleurs, dans un récent rapport annuel sur les perspectives pétrolières mondiales, l’OPEP a reconnu que les technologies d’extraction de pétrole et de gaz de schiste étaient en train de modifier le paysage mondial de l’énergie.

«Le gaz de schiste concerne surtout le marché américain, où les stocks sont énormes. Les prix de cette ressource ne vont donc pas flamber», explique Roland Duss. Ce gaz non conventionnel a modifié le marché américain: il pourrait constituer près de la moitié de la production d’ici à 2035. En revanche, les risques environnementaux ne sont pas nuls, ce qui rend cette ressource discutable pour certains, avec les dangers que représentent certaines techniques d’extraction.

Aujourd’hui, il n’existe pas un vrai marché du gaz mondial, mais différents marchés selon les régions. Par exemple, les prix du gaz entre l’Europe et les Etats-Unis ne sont pas corrélés et évoluent en fonction de la demande domestique de chaque région. De même que pour les prix asiatiques. «A l’avenir, la demande japonaise devrait diminuer lorsque le pays va reprendre sa production nucléaire», confirme Roland Duss.

Côté prix, malgré un rally en 2012, ils ont diminué aux Etats-Unis ces quatre dernières années et restent très inférieurs à ceux de l’Europe, suite à un excédent de production. Les prévisions sont en baisse, notamment suite à l’absence de grand froid. «L’impact de la baisse des prix concerne notamment les sociétés fortement consommatrices de cette ressource. Elle a engendré une diminution des coûts de production de près de 50% en quelques années pour les sociétés friandes de gaz», explique Erasmo Rodriguez, analyste chez UBP.

Par ailleurs, les cours des actions des sociétés productrices de gaz ont bien évolué depuis 2012. Mais il faut savoir que, dans l’ensemble, ces sociétés n’ont pas encore répercuté à la baisse le prix actuel du gaz. Elles sont donc surévaluées.  

Patricia Meunier

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