Bilan

Les actionnaires ne se révolteront pas

L’initiative Minder donnera davantage de pouvoir aux actionnaires, mais les rémunérations des managers resteront toujours très élevées à l’avenir. Démonstration.
  • L’assemblée générale de Novartis le 22 février pendant laquelle Daniel Vasella a renoncé à sa prime de 72 millions de francs. Crédits: Walter Bieri/Keystone
  • Crédits: Walter Bieri/Keystone

Pour Thomas Minder, un nouveau combat commence! La victoire qu’il a remportée le 3 mars dernier dans les urnes n’est qu’une étape pour lutter contre les rémunérations abusives des managers des entreprises helvétiques cotées à la bourse. Acceptée par 67,9% des citoyens, son initiative constitutionnelle prendra prochainement le chemin du Parlement afin qu’elle soit transposée dans une loi d’application (lire ci-contre).

Malgré les nouvelles armes dont ils disposeront grâce au conseiller d’Etat schaffhousois et le renforcement de leur pouvoir d’action, les actionnaires ne se révolteront pas.

La politique de la «shareholder value», qui consiste à maximiser la valeur actionnariale, permet aux détenteurs de titres d’empocher des gains toujours plus importants. Selon le Guide des actions suisses publié par les Editions Finanz und Wirtschaft, la somme des dividendes versés par les sociétés du SMI (l’indice vedette de la Bourse suisse) s’est envolée de 10,2 à 29,8 milliards de francs entre 1997 et 2011.

Et celle-ci sera encore plus élevée pour 2012. En raison des bons résultats obtenus l’an dernier, les multinationales helvétiques ont en effet décidé de récompenser plus largement leurs actionnaires. La hausse du dividende est même régulière depuis de nombreuses années pour ceux de Novartis et de Nestlé (les deux principales capitalisations du SMI). Chez le géant pharmaceutique, le dividende augmente pour la seizième année consécutive depuis la fondation de la société (de 0,63 franc en 1997 à 2,30 francs en 2012). Chez Nestlé, il progresse chaque année depuis 1995 (de 0,265 franc à 2,05 francs).

Cette politique s’explique non seulement par la hausse des bénéfices enregistrés par les sociétés, mais surtout par la part toujours élevée des gains distribués aux actionnaires. Il y a une quinzaine d’années, celle-ci (le payout ratio dans le jargon financier) s’élevait autour de 33% en moyenne. Aujourd’hui, selon les données publiées sur le site du Financial Times (lire le tableau), dix des vingt membres du SMI consacrent plus de la moitié de leurs bénéfices au paiement des dividendes.

La progression est parfois très importante. Prenons une nouvelle fois l’exemple de Nestlé. En 2002, le payout ratio s’élevait à 36%. Dix ans plus tard, il atteint 62%.   

Un taux de refus minime

Dans ces conditions, les rémunérations des dirigeants ne sont guère une préoccupation pour les actionnaires. D’autant que certains touchent parfois presque autant voire même plus que le CEO de l’entreprise.

Autrement dit, les petits actionnaires, qui manifestent souvent leur indignation face aux salaires octroyés par les entreprises à leur CEO, n’ont aucun pouvoir. Car ils ne représentent qu’une infime partie du capital des sociétés cotées. Lors de la dernière assemblée générale de Novartis, la nouvelle politique de rémunération des dirigeants a été acceptée par 78% des voix présentes, malgré quelques cris de colère, alors qu’elle prévoit des honoraires du directeur général pouvant atteindre 19 millions de francs.

Le vrai pouvoir appartient aux investisseurs institutionnels, dont la majorité des acteurs est domiciliée à l’étranger, et plus particulièrement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. 

A l’avenir, les actionnaires continueront probablement d’avaliser les salaires perçus par les dirigeants des sociétés comme ils l’ont fait jusqu’ici. En Suisse, 49 sociétés cotées ont organisé des votes consultatifs l’an dernier. Or, selon la Fondation Ethos, aucune n’a essuyé une défaite. Le niveau d’approbation des rapports de rémunération s’est même élevé à 85,6%. A l’étranger, la tendance est identique.

Seuls dix-huit rapports sur les salaires ont été rejetés entre 2003 et 2011 en Grande-Bretagne et le taux de refus ne s’est élevé qu’à 3% aux Etats-Unis au cours de l’année 2012.

Bref, les managers des entreprises helvétiques peuvent dormir tranquille.  

 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."