Bilan

Les banques genevoises perdent du terrain sur la gestion de fortune

La Suisse, et notamment Genève, ne gère plus que 26% de la fortune mondiale en 2013, contre 31% dix ans plus tôt. Le pays reste toutefois numéro un de la gestion de fonds.

Pour continuer à s'affirmer comme leader de la gestion de fortune, les banques genevoises veulent désormais devenir aussi un acteur incontournable de la gestion institutionnelle, soit des fonds de placement. "Nous voulons développer l'activité institutionnelle en Suisse, y créer un centre de compétence", a indiqué à l'AFP Nicolas Pictet.

Crédits: Keystone

Les banques établies à Genève, considéré comme le premier centre mondial de la gestion de fortune, ont perdu du terrain suite à la chasse aux fraudeurs fiscaux et cherchent à rebondir, selon l'organisation professionnelle Genève Place Financière.

En 2003, la Suisse et notamment Genève gérait 31% de la fortune mondiale, et en 2013, ce pourcentage est tombé à 26% (ou 2.300 milliards USD), selon le rapport Global wealth, publié par le cabinet conseil Boston Consulting.

En outre, entre 2012 et 2013, 18 banques ont fermé leurs portes à Genève, pour cause de consolidation ou de restructuration.

Mais même avec 26% seulement, la Suisse reste le pays numéro 1 de la gestion de fortune.

En 2013, quelque 37.391 personnes travaillent pour le secteur bancaire et financier à Genève. La ville compte 121 banques, 870 gestionnaires de fortune indépendants, 3.283 intermédiaires financiers, et 513 études d'avocats et de notaires.

 

"Il est temps de se réveiller"

Pour Nicolas Pictet, président de la Fondation Genève Place financière, il est "temps de se réveiller".

Selon un classement des principales places finançières internationales, Genève ne fait plus partie du top ten mondial, et occupe désormais le 13ème rang mondial, a indiqué mardi Nicolas Pictet, lors de la conférence de presse annuelle de la Fondation.

Pour le banquier, ce recul s'explique notamment par une "détérioration des conditions cadre".

Nicolas Pictet s'inquiète notamment de l'excès de réglementation, qui oblige les banques à embaucher de plus en plus de juristes pour être sûres qu'elles agissent en conformité avec la réglementation.

"Je l'ai dit et je le repète, arrêtons de chercher les solutions connues que de nous-mêmes, que personne ne comprend, à l'étranger surtout, et qui ne nous vaudront que des difficultés", a relevé Nicolas Pictet.

Le banquier visait notamment la stratégie de la place financière "propre" en matière de fiscalité et d'origine des fonds mise en place par le gouvernement. Cette stratégie "n'est plus acceptable, étant donné que la Suisse s'est engagée à mettre en place l'échange automatique d'informations sur les standards de l'OCDE, a ajouté Nicolas Pictet.

Concernant la marche des affaires au 1er semestre, une enquête menée auprès des banques à gestionnaire de fortune montre que l'argent continue à arriver.

46,9% des banques employant plus de 200 personnes indiquent que les apports nets de fonds ont augmenté entre 0% et 5% au 1er semestre.

Les fonds gérés à Genève viennent surtout du Moyen-Orient, des pays de l'Est et de l'Amérique Latine, qui sont les marchés clés des banquiers genevois.

En revanche, les fortune d'Europe de l'Ouest et d'Amérique du Nord se détournent de la métropole suisse.

 

Un chiffre inquiétant

"Un chiffre nous inquiète dans cette étude, celui qui indique que 38,5% des grandes banques à Genève ont perdu des fonds sous gestion. C'est la première fois que ces banques signalent des sorties de fonds", indique Edouard Cuenet, directeur de Genève Place Financière.

80% des nouveaux fonds viennent de l'étranger, pour les grandes banques.

Interrogé sur les fonds désormais régularisés sur le plan fiscal, les professionnels de Genève Place Financière ont indiqué que "l'immense majorité reste".

Cependant, ils sont désormais moins importants, amputés des impôts versés au fisc intéressé.

Pour continuer à s'affirmer comme leader de la gestion de fortune, les banques genevoises veulent désormais devenir aussi un acteur incontournable de la gestion institutionnelle, soit des fonds de placement.

"Nous voulons développer l'activité institutionnelle en Suisse, y créer un centre de compétence", a indiqué à l'AFP Nicolas Pictet.

Le but est de faire venir en Suisse, et notamment à Genève, les grands gestionnaires de fonds de placement et leurs équipes, actuellement établies à Londres, New York ou Singapour.

Et pour cela, la place financière doit créer les conditions cadres adéquates, notamment sur le plan de la fiscalité et des infrastructures, a souhaité Nicolas Pictet.

L'activité de gestion institutionnelle est très rémunératrice pour les banques, pour autant qu'elle gère beaucoup de fonds.

"Ce sont de petites équipes, qui gèrent des fonds très importants, les clients, tels que les caisses de pension, les assurances, les entreprises, apportent en général plusieurs centaines de millions d'euros, de francs ou de dollars à gérer", indique le banquier.

Selon lui, la gestion de fonds pourrait devenir le "2ème pilier" de l'activité bancaire à Genève, aux côtés de la gestion de fortune.

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