Bilan

Les entrées en bourse font leur grand retour

Depuis 2007, les sociétés n’ont jamais été aussi nombreuses aux Etats-Unis à ouvrir leur capital aux actionnaires. Des opérations qui ne garantissent pas d’être profitables.
Devant la Bourse de New York en 2012, lors de l’IPO du club de foot anglais Manchester United. Crédits: Justin Lane/keystone

Après cinq longues années de moral en berne, les entreprises comptent à nouveau sur les marchés boursiers pour se financer. Lors du premier semestre 2013, pas moins de 96 nouvelles introductions en bourse – ou IPO pour Initial Public Offering – ont été dénombrées aux Etats-Unis selon les chiffres publiés récemment par PricewaterhouseCoopers.

A y regarder de plus près, on remarque que le nombre d’IPO entre avril et juin 2013 a bondi de 88% par rapport à la même période l’année dernière et de 82% par rapport aux trois premiers mois de 2013. Cette tendance semble se propager en Europe, où les investisseurs et les gérants de fonds reviennent vers des placements plus risqués, ce qui est favorable à ce marché. Les trois premiers mois de l’année 2013 ont permis de lever 3,15 millions d’euros, contre 2,29 millions sur la même période en 2012.

«On constate un retour général des sociétés qui optent davantage pour l’ouverture de leur capital au public afin de lever des fonds, confirme un responsable en charge de la clientèle institutionnelle chez l’un des acteurs principaux de ce marché en Europe et aux Etats-Unis. Les valeurs industrielles notamment se tournent à nouveau vers ce type de financement.»

Côté investisseurs, l’IPO est perçue comme un gain facile. Tous gardent en mémoire ces folles journées où le cours de l’action d’une start-up explosait dès sa première journée de cotation sur le Nasdaq. Mais cela, c’était il y a fort longtemps.

En 1999, 112 entrées en bourse de compagnies américaines – dont le prix initial dépassait les 5   dollars – ont doublé de valeur lors de leur premier jour de trading selon Jay Ritter, professeur de finance à l’Université de Floride et auteur d’une étude sur le marché des IPO depuis trente ans, cité par le Wall Street Journal.

Mais depuis deux ans, seules trois actions ont réussi cette performance, parmi lesquelles le réseau social LinkedIn. Le professeur casse encore davantage le mythe des IPO. Selon lui, le rendement moyen sur trois ans pour l’investisseur qui a acheté son IPO après le premier jour de cotation est de 21% contre 41% pour le marché boursier américain.

Il est extrêmement difficile pour l’investisseur de départager, parmi les IPO, celles qui vont lui être profitables. Pour cela, il ne peut se baser que sur le prospectus d’émission – pour autant qu’il l’obtienne de son banquier – et sur les informations parues dans la presse et les sites spécialisés.

En effet, aux Etats-Unis, les banques d’investissement n’ont pas le droit de publier d’étude et de recommandation les jours qui précèdent ou suivent l’entrée en bourse afin de ne pas biaiser le cours de l’action. Pourtant, en Europe, ces dernières rédigent en amont des recherches incluant des projections de revenus, mais leurs traders ne les distribuent qu’aux clients institutionnels, par exemple les banques privées ou locales, qui, elles, n’ont pas le droit de les faire suivre à leurs clients, qu’ils soient «private banking» ou «retail».

Dans ces circonstances, comment choisir entre l’action Facebook ou LinkedIn avant son entrée en bourse? L’histoire a d’ailleurs démontré que les performances des actions de ces deux réseaux sociaux sont diamétralement opposées (voir graphique), rappelant à ceux qui l’avaient oublié que les IPO sont destinées à une clientèle avertie et encline à des placements volatils et risqués.

Beaucoup de laissés-pour-compte

Malgré tout, beaucoup d’investisseurs sont encore friands des IPO, sans pour autant parvenir à décrocher le précieux sésame. En effet, lors d’une introduction en bourse, le nombre d’actions mises sur le marché est rarement suffisant pour couvrir la totalité de la demande. Souvent, l’IPO est «sursouscrite». Et, pour des noms mondialement connus tels que Facebook ou LinkedIn, la «sursouscription» peut être 5 à 10 fois supérieure.

Pour ne pas être sans cesse laissé sur le carreau, il existe quelques astuces. Ainsi, lorsqu’un client donne un ordre de souscription à sa banque, il devrait demander que celui-ci soit placé chez un broker puis reflété chez les autres. Ce procédé lui permet de marquer son intérêt et de s’assurer davantage de soutien de la part des banques «lead», c’est-à-dire celles qui dirigent l’IPO, lors de l’attribution des actions.

Bien que les banques restent extrêmement discrètes sur la manière de répartir les IPO, quelques gérants de fortune admettent pourtant privilégier certains de leurs clients, notamment en fonction de la taille de leurs avoirs sous gestion, et d’écarter ceux qui ont tendance à revendre l’action dès les premiers jours de cotation.

A l’inverse, UBS indique «procéder, dans toute la mesure du possible, à une répartition équitable et proportionnelle - en fonction du nombre d’actions reçues lors de l’IPO - envers tous ses clients privés.» Il faut aussi savoir qu’un client domestique aura davantage de chance de se voir attribuer des titres côtés à la bourse de son pays. Le «hic», c’est que le nombre d’IPO en Suisse est très faible. L’une des dernières en date, la société DKSH, bien qu’ayant presque doublé son prix initial, date de mars 2012.

Participer à l’essor des IPO peut aussi se faire à travers un fonds de placement. Si UBS et Credit Suisse ne possèdent pas ce type de produit, il faut se tourner à nouveau vers les Etats-Unis avec le First Trust US IPO Index (numéro de valeur suisse 2526611) dont la deuxième plus grosse position n’est autre que Facebook.

Nathalie Praz

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."