Bilan

Les Etats-Unis, un grand pays émergent

Face aux BRICS qui peinent à se réformer, les États-Unis retrouvent de l’attrait pour les investisseurs. Certains États ont d’ailleurs les caractéristiques d’un pays dit émergent.
  • Les Etats-Unis peuvent désormais rivaliser en termes de coûts de production avec des pays émergents.

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  • Hewlett-Packard, tout comme Oracle et eBay, fait partie des grandes sociétés à suivre.

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  • Ouvrière textile au Bangladesh. Le pays affiche un dynamisme très positif.

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  • Russie

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  • Inde

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  • Afrique du Sud

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De New York à Paris, en passant par Sydney, les bourses s’agitent autour des pays émergents. Au point que, vendredi  24 janvier, Wall Street a chuté de 2,79%. En effet, les zones émergentes sont pour la plupart plombées par des problèmes de devises et des tensions politiques, comme en Ukraine récemment. La croissance chinoise en baisse ne rassure pas non plus, de même que la chute des monnaies turque et argentine. Dans cette nouvelle donne, les Etats-Unis présentent un tableau qui prend de plus en plus d’attrait pour l’investisseur.

Ses variables économiques cumulent de bons résultats depuis plusieurs trimestres. Divers signaux d’amélioration apparaissent, comme une certaine accélération de la croissance économique américaine. «La hausse des profits des entreprises est attendue à près de 10% cette année, contre 6% en 2013», confie Alexandra Walker-Ott, gérante du fonds JB US Value Stock chez Swiss & Global Asset Management. Globalement, les sociétés américaines affichent des comptes en bonne santé.

Les commandes de biens durables et la consommation des ménages ont progressé, témoignant d’une demande privée toujours vigoureuse. En outre, le taux de chômage affiche un recul à 7%, ce qui ne s’était pas produit depuis près de cinq ans. De plus, le marché immobilier a repris des couleurs depuis l’an dernier et améliore donc la fortune des individus.

Même avec un plafond de la dette porté à un peu moins de 17  000 milliards de dollars en octobre 2013, les Etats-Unis continuent d’assumer leur rôle de moteur principal de la croissance mondiale. Si l’année 2013 a connu un début mitigé suite à la crise du budget du gouvernement, elle s’est terminée dans le vert.

Avec, comme bonus, la levée de l’incertitude qui avait agité toute la communauté financière l’an dernier: la Réserve fédérale américaine (FED) a annoncé en décembre une date de réduction des achats mensuels d’actifs (de 85 à 75 milliards de dollars). Les mesures modestes de politique monétaire aux Etats-Unis sont également profitables pour les bourses. Ainsi, 2014 a naturellement enchaîné sur une note positive. Pour preuve, le Congrès a adopté en janvier un budget pour l’exercice en cours.

Il reste pourtant quelques inquiétudes, dont celle portant sur le relèvement constant du plafond de la dette. Comme souvent, le gouvernement doit faire appel à des mesures exceptionnelles pour assurer le financement de son fonctionnement. Cette fois, le Trésor américain requiert un autre relèvement du niveau de la dette pour payer ses factures.

Sur le plan de la devise, le dollar est resté faible en 2013, car les actions de la Banque centrale continuent d’être accommodantes. La faible appréciation du billet vert par rapport à l’euro a surpris la communauté financière. Pour cette année, les experts des changes ne s’attendent pas à une forte appréciation de la monnaie américaine.

Première puissance énergétique

Les perspectives dans le secteur de l’énergie sont meilleures que jamais. Les Etats-Unis devraient accéder en 2016 à la place de premier producteur de pétrole mondial, devant l’Arabie saoudite et la Russie. Notamment grâce à la production indigène des pétroles de schiste. La production de gaz naturel a aussi pris l’ascenseur grâce à l’implémentation des forages par fracturation hydraulique. Ainsi, le pays est en train de se profiler comme la première puissance énergétique du monde.

Ce contexte entraîne une baisse importante des prix de l’énergie et offre un avantage compétitif unique aux firmes du pays de l’Oncle Sam. La diminution du prix des ressources naturelles profite également de manière plus directe au portefeuille des ménages.

Avec surprise, on constate que les Etats-Unis peuvent désormais rivaliser en termes de coûts de production avec des contrées émergentes. Les Etats du Sud et le Midwest offrent des salaires, des coûts de la main-d’œuvre et des prix du logement extrêmement concurrentiels. Il y existe une dynamique intéressante et les conditions sont présentes pour attirer des manufactures. «On assiste à une renaissance du secteur manufacturier depuis 2010. Les entreprises qui utilisent beaucoup d’énergie pour produire, comme celles de la chimie, de l’acier et du papier, sont tentées de revenir s’installer aux Etats-Unis», confie Christian Takushi, stratège sur les marchés émergents à l’asset management de la BCV. D’autres industries devraient suivre le mouvement à court terme.

Côté démographie, l’Amérique possède une population jeune et en forte croissance. Cette situation positionne bien le pays qui offre dès lors une main-d’œuvre en suffisance. Par rapport à la Chine, les terres agricoles sont 5,3 fois plus importantes et les ressources 4,6 fois plus élevées.

Comme partout dans le monde, les titres américains se sont distingués parmi les différentes classes d’actifs avec des croissances à deux chiffres l’an dernier. Ils sont correctement évalués par le marché, même s’ils sont plus chers qu’auparavant.

Selon Goldman Sachs, les performances des bourses devraient être modestes en 2014. La banque prévoit que l’indice S&P 500 ne grimpe que jusqu’à 1900 points. En outre, une correction serait attendue d’ici à la fin de l’année. La croissance du pays devrait atteindre les 3%, grâce à moins d’austérité budgétaire, à la reprise de l’immobilier et à une politique de la Fed toujours expansionniste. En outre, le potentiel de hausse des actions est limité.

En effet, le rapport cours/bénéfice (P/E) est déjà assez élevé. La banque américaine ne prévoit pas non plus de hausse des marges bénéficiaires des sociétés. Leur santé reste bonne et une augmentation des bénéfices est attendue en 2014. Une partie sera utilisée pour investir et développer également la recherche.

Ainsi, les valeurs technologiques restent intéressantes pour un placement, surtout les firmes qui innovent. Elles ont relancé leur programme d’investissements pour pouvoir supporter leur croissance. En général, elles génèrent des rendements plus élevés. «Nous sélectionnons en priorité des valeurs financières et informatiques.

Les premières se sont bien recapitalisées après la crise et bénéficient d’une reprise économique. Par exemple, nous avons sélectionné JP Morgan Chase, Bank of America ou encore Citigroup», relève encore Alexandra Walker-Ott. La gérante apprécie des grandes sociétés comme Oracle, eBay ou encore Hewlett-Packard.

Attrait des petits pays émergents

Alors que l’Amérique revient en force, les plus grands pays émergents ont perdu de leur superbe. Moteur de croissance auparavant, ils présentent désormais un caractère risqué pour l’investisseur. L’environnement a radicalement changé si on le compare avec celui des années antérieures à 2012, une période où la demande domestique favorisait clairement la croissance de ces zones.

Actuellement, les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) tardent à réaliser les réformes nécessaires à un développement harmonieux de leur économie et laissent s’aggraver des problèmes structurels. L’an dernier, ces régions ont déçu en termes de performance en comparaison avec celle du monde développé.

Elles ont été influencées par les incertitudes en lien avec la future politique de réduction d’actifs de la Fed et par différentes crises propres à chacune. En effet, certaines nations manquent de stabilité et affichent des flux de fonds trop importants et souvent de larges déficits de la balance des comptes courants. Les difficultés en lien avec la liquidité sont un autre facteur de risque.

Parmi leurs atouts, la présence d’une forte demande, alimentée par une démographie grandissante, et des gains de productivité toujours existants soutiennent le scénario d’une croissance sur le long terme. Au sein des BRICS, seule la Chine devrait mieux se démarquer. L’Inde et le Brésil requièrent la prudence des investisseurs. En outre, le risque géopolitique prend de l’ampleur dans ces grands Etats en phase de développement. Les acteurs financiers sont souvent peu conscients de ce danger.

Certaines contrées comme la Chine se réarment peu à peu et développent leur force militaire, soulevant des inquiétudes sur un risque de voir s’envenimer une crise dans le futur. Ces facteurs incitent à une allocation des ressources qui n’est pas toujours favorable à une croissance économique à long terme.

Pour cette année, les arguments de nature politique représentent des clés pour les acteurs attirés par les zones émergentes. En effet, plusieurs élections, en Turquie, au Brésil et en Inde, peuvent avoir un impact sur ces économies. De nombreux analystes recommandent de rester éloigné des pays émergents ou de prendre une exposition très faible, notamment dans les actions en lien avec la consommation.

Goldman Sachs est à contre-courant pour les marchés asiatiques. Ses analystes prévoient de meilleurs résultats qu’en 2013. En cause, une hausse des bénéfices des entreprises. En revanche, la banque américaine met un bémol en ce qui concerne les nations rendues fragiles par une balance courante largement déficitaire. «Les pays d’Asie présentent un meilleur profil pour profiter d’une reprise mondiale avec des bilans de sociétés sains et une croissance domestique très dynamique», observe également Adrian Zürcher, analyste à Credit Suisse à Hongkong.

De plus, il existe une alternative aux placements dans les BRICS: les plus petites nations en voie de développement. Elles affichent un dynamisme très positif. Leurs fondations macroéconomiques sont plus solides, la corruption et les risques géopolitiques moins élevés, car ils sont en principe connus.

En outre, elles ont implémenté plus de réformes pour accueillir les investisseurs. Et surtout, leur croissance économique continue de progresser. Par exemple, il s’agit du Nigeria, du Bangladesh, du Ghana, de l’Ouganda, de la Colombie et du Pérou. En Asie, les Philippines, la Malaisie, et la Thaïlande. Cette dernière va bénéficier de la création d’infrastructures le long du fleuve Mékong qui vont soutenir la montée en puissance des Etats voisins comme le Laos ou le Cambodge.

Chine: croissance garantie par l’Etat

La croissance de l’économie chinoise enregistre 7,7% en 2013 (le plus bas depuis treize ans) et elle devrait atteindre, voire surpasser les 7,5% en 2014. C’est du moins ce qu’a prévu Pékin qui continue de soutenir le produit intérieur brut avec beaucoup de dépenses d’investissement de capital (CAPEX).

L’inflation est attendue en hausse à 3,5% en 2014 (2,6% en 2013). «Le nouveau gouvernement chinois est déterminé à réduire les problématiques existantes et à créer un environnement plus sain. Il souhaite éviter une bulle immobilière et un étranglement de crédit», explique Adrian Zürcher. Les entreprises sensibles aux réformes politiques dans les domaines de l’urbanisation, de la santé, de l’environnement sont intéressantes selon différents analystes.

Parmi les difficultés majeures, le plan de l’Etat pour encourager la consommation domestique n’a pas fonctionné. Le nombre de personnes âgées explose. «La Chine a plutôt investi dans des gros projets plutôt que dans la création d’un système de retraite. Les jeunes ménages chinois doivent restreindre leurs dépenses pour entretenir leurs parents et même parfois renoncer à fonder une famille. Dans un tel contexte, il est plus difficile pour les individus de créer de la richesse et d’accroître leurs dépenses de consommation privées», confie Christian Takushi.

Actuellement, l’Empire du Milieu a perdu de sa compétitivité en termes de coûts face à certaines contrées comme le Mexique, le Vietnam ou le Bangladesh. En comparaison avec la Chine, les salaires minimaux sont de 68% moins chers au Vietnam et 79% au Cambodge. Tout comme les Philippines et la Thaïlande, ces pays se positionnent en concurrents des Chinois pour attirer l’implantation de manufactures.

Plusieurs secteurs offrent des opportunités de placement, sans qu’aucun ne se démarque en particulier. «Il est difficile de privilégier une approche sectorielle sur le marché chinois, car la bourse est très réactive aux sentiments des investisseurs plutôt qu’aux résultats des sociétés», explique Christian Takushi.

Selon Credit Suisse toutefois, les financières devraient bénéficier de la stabilisation de la croissance ainsi que des réformes fiscales et en lien avec le marché des capitaux en cours. Par exemple, Credit Suisse s’intéresse à des titres comme Bank of China, ou China Construction Bank dont les valeurs sont bon marché.

Du côté des assurances, Ping An Insurance ou China Pacific Insurance sont dignes d’intérêt. L’immobilier est une autre piste, avec des titres comme China Resources Land, Wharf ou encore Sino Land. Comme ailleurs sur le marché mondial, les valeurs technologiques se distinguent en période de reprise. Du côté de l’internet, la grande banque suisse apprécie le moteur de recherche Baidu et Tencent, le fabricant de PC Lenovo et Unicom dans le secteur des télécommunications.

Le Mondial ne sauvera pas le Brésil

Le plus grand pays d’Amérique du Sud affiche un ralentissement de sa croissance, fortement dû à sa dépendance envers les matières premières et à une inflation élevée (6,2%). La Banque centrale a augmenté les taux d’intérêt et les nombreux problèmes structurels ne sont pas sur la voie d’une résolution.

Les réformes espérées ne sont toujours pas là. «La classe moyenne s’est élevée et se retrouve actuellement pressurée. Le gouvernement n’a pas assez fait pour améliorer les infra-structures comme, par exemple, les transports publics», relèvent les analystes de BNY Mellon. Au contraire du Mexique, qui a su créer un environnement positif pour les affaires et assurer ainsi une bonne performance de son économie.

Parmi les incertitudes du Brésil, la corruption et le risque politique y sont également élevés. Le pays s’est allié au Venezuela. Les bénéfices des deux majeurs événements à venir, le Mondial de football de cet été et les Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro, auraient déjà dû être répercutés dans la croissance brésilienne. Or, on ne constate rien encore, ce qui laisse planer le doute sur un effet de redressement. Sur le continent sud-américain, le Pérou et la Colombie se profilent en concurrents.  

Patricia Meunier

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