Bilan

Les fonds souverains affichent une santé insolente

Entre 2012 et 2013, les actifs détenus par les fonds souverains à travers le monde ont augmenté de 760 milliards de dollars, selon le bureau de conseil financier britannique Preqin cité par le quotidien français Le Monde.
  • Entre 2012 et 2013, les actifs détenus par les fonds souverains ont augmenté de 760 milliards de dollars pour atteindre 5380 milliards de dollars, selon une étude du cabinet de conseil Preqin. Crédits: Reuters
  • C'est la plus forte augmentation depuis que Preqin publie son étude annuelle de référence sur le sujet. Crédits: Freitext
  • Le fonds souverain norvégien reste largement en tête des structures d'investissement public avec 775,2 milliards de dollars. Crédits: AFP
  • A la 2e place du classement Preqin se retrouve l'Abou Dhabi Investment Authority (627 milliards de dollars). Crédits: Reuters
  • Le 3e fonds souverain au monde est la Compagnie d'investissement chinoise (575 milliards), devant l'Administration chinoise des devises. Crédits: Keystone
  • Au 5e rang des fonds souverains, Hong Kong place son Monetary Authority Investment Portfolio. Crédits: Reuters
  • Plus ancien fonds souverain (créé en 1953), le Koweit Investment Board se classe 6e. Crédits: AFP
  • Singapour place deux de ses fonds souverains dans le top 8 mondial, aux 7e et 8e places. Crédits: AFP

Épargne réservée au paiement des retraites, réserves des banques centrales, revenus tirés de l'exploitation de ressources naturelles (pétrole, gaz, or, pierres précieuses, métaux rares): les fonds souverains ont des origines diverses mais partagent une santé insolente en cette période de crise.

Entre 2012 et 2013, le montant des actifs détenus par des fonds souverains à travers le monde est passé de 4620 milliards de dollars à 5380 milliards de dollars, selon une étude du cabinet de conseil Preqin citée par le quotidien français Le Monde.

Cours des matières premières et nouveaux venus

Depuis 2007 que le cabinet britannique réalise son étude annuelle, jamais le volume des avoirs des Sovereign Wealth Funds (SWF) n'avaient atteint un tel volume. Et jamais une telle croissance des actifs n'avait été constatée.

Cette hausse serait due à plusieurs facteurs. En premier lieu la hausse des prix des matières premières (hydrocarbures, métaux rares et précieux) qui ont permis de gonfler les enveloppes des pays détenteurs d'actifs via ces systèmes financiers. Mais cette augmentation est aussi liée à l'apparition de nouveaux fonds souverains dans des pays qui n'en avaient pas mis sur pied jusque-là.

L'importance des matières premières énergétiques se vérifie cette année selon Preqin: 50,5% des avoirs des fonds souverains sont issus des exportations d'hydrocarbures (pays du Golfe persique, Norvège, etc.). Un volume quasiment similaire (48,4%) est issu de réserves officielles de nouvelles puissances économiques mondiales, notamment en Asie (Chine, Singapour). Enfin, 1,1% des avoirs sont originaires de l'extraction de matières premières autres qu'énergétiques (métaux rares, pierres précieuses).

La Norvège en tête, l'Asie en force

Pour Preqin, cette performance pourrait toutefois être bien plus importante encore si la stratégie financière n'était pas parasitée par l'interventionnisme étatique: les dirigeants politiques privilégient des choix qui ne sont pas toujours ceux de la rentabilité maximale, mais répondent parfois à des impératifs politiques ou diplomatiques.

Au palmarès des plus importants fonds souverains, la Norvège conserve la première place avec 775,2 milliards de dollars, devant l'Abou Dhabi Investment Authority (627 milliards de dollars), la Compagnie d'investissement chinoise (575 milliards), l'Administration chinoise des devises, l'Autorité monétaire de Hong-Kong, la Koweit Investment Authority, la Temasek Holdings et le Fonds d'investissement du gouvernement de Singapour, le Fonds de sécurité sociale chinois et l'Autorité d'investissement du Qatar.

La première place d'un pays européen, la Norvège, fait donc figure d'exception dans un marché très largement dominé par les structures asiatiques: selon Preqin, les 22 fonds souverains de ce continent (hors Proche et Moyen-Orient) contrôlent près de la moitié des avoirs mondiaux de ce type. Et leurs actifs ont augmenté de 19% entre 2012 et 2013, contre «seulement» 6% de hausse pour les avoirs des fonds souverains du Proche et du Moyen-Orient, dominantes jusqu'à récemment.

Placements sûrs et investissements risqués

Mais les fonds souverains ne sont désormais plus réservés aux pays détenant des richesses naturelles importantes. Les économies émergentes d'Asie avaient ouvert la voie. Diverses nations, notamment européennes, leur ont emboîté le pas: France, Italie et l’État d'Australie-occidentale ont créé des fonds ces derniers mois. Plusieurs pays africains ont fait de même, mais en s'appuyant souvent sur les revenus tirés de l'exploitation des richesses naturelles du sous-sol: Angola, Ghana, Nigeria. Enfin, l'Iran a créée pas moins de deux fonds l'an dernier.

Si ces néophytes privilégient les placements les plus sûrs (immobilier, obligations voire actions), traditionnellement choisis pour la sécurité qu'ils procurent à leurs détenteurs, des comportements plus audacieux apparaissent, selon Preqin: le capital-investissement et les fonds spéculatifs sont désormais dans le viseur voire déjà dans le portefeuille de certains fonds stratégiques publics.

En se diversifiant ainsi, tout en conservant une nette préférence pour des investissements de long terme, ces actifs pourraient «jouer un rôle pivot» dans la reprise de l'activité économique en sortie de crise, selon le rapport du cabinet de conseil britannique. La prudence des placements pourrait profiter aux jeunes générations qui bénéficieraient d'une marge de sécurité pour leurs investissements.

Transparence norvégienne, opacité ailleurs

Toutefois, le rapport pointe toujours des lacunes dans la transparence des structures: le fonds souverain de Norvège affiche une totale transparence, mais cette démarche est unique au monde. En dépit d'engagements de transparence pris depuis plusieurs années par les détenteurs de fonds souverains, la gestion de ces avoirs reste opaque, d'après Preqin: ni les résultats, ni le montant exact des avoirs ne sont officiellement publiés.

Cette opacité génère des craintes et des fantasmes dans les pays ciblés par les fonds souverains: ceux-ci sont vus avec une certaine peur par des acteurs publics et privés qui craignent une mainmise étrangère sur des actifs stratégiques.



En Suisse, le débat sur la création d'un fonds souverain avait été relancé en 2011 et 2012 avec l'envolée des réserves en devises de la Banque nationale suisse (BNS). Mais de nombreuses voix s'étaient élevées contre cette option, arguant notamment des besoins de réactivité à court terme de l'institution fédérale sur le marché des devises.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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