Bilan

Les grandes tendances à suivre pour 2014

L’industrie est en pleine mutation, avec l’essor de l’architecture ouverte, des fonds investis en obligations convertibles et «sans contrainte».
  • Markus Fuchs, directeur de la SFAMA.

    Crédits: Dr

L’industrie des fonds de placement, à l’instar des autres marchés, a pleinement profité de l’exceptionnelle année 2013. Le volume du marché suisse des fonds a même enregistré des chiffres records, selon Markus Fuchs, directeur de la Swiss Funds & Asset Management Association (SFAMA).

Leur fortune totale, recensée dans la statistique de la Swiss Fund Data SA et Lipper, s’est élevée en décembre 2013 à quelque 745  milliards de francs, ce qui représente une augmentation de 25 milliards ou 3,4% en l’espace d’une année.

Dans ce montant, 297 milliards sont revenus aux fonds pour investisseurs institutionnels, contre 272  milliards l’année précédente. Ces dix dernières années, la fortune investie dans les fonds de placement distribués en Suisse a bondi de 75%.

Le marché suisse est très largement dominé par les deux grandes banques helvétiques qui représentent près de 38% des parts de marché. En élargissant le spectre, on constate que près de 68% des fonds sont détenus par les 10 principaux acteurs (voir graphique). Cependant, cette industrie est en pleine mutation.

La gamme des fonds est devenue tellement large qu’il n’est plus possible à une banque de proposer à ses clients uniquement ses propres fonds, surtout si elle veut offrir les meilleurs produits. Ainsi l’architecture ouverte est de plus en plus répandue. Dès lors, c’est la fin de l’éventuelle pression qui aurait pu peser sur les épaules des conseillers et les inciter à favoriser les fonds internes.

Julius Baer, par exemple, propose une plate-forme ouverte de fonds depuis le transfert à la fin 2009 de son activité fonds propriétaires Swiss and Global Asset Management (SGAM). Ses équipes de vente offrent dorénavant une sélection de 245 fonds avec une quarantaine de favoris provenant de 80 émetteurs différents.

Ils les définissent après un processus de sélection interne et pointu mais dans une indépendance totale. Depuis l’été 2013, un service de conseil en matière de fonds est offert gratuitement à tous les clients de la banque; Auparavant, il faisait l’objet d’un mandat de gestion ou de conseil payant.

Les fonds libres de rétrocessions

Même son de cloche du côté d’UBS quant à l’utilité d’un conseil élargi. «Grâce à l’architecture ouverte, un opérateur n’est plus tenu de produire tous les types de fonds et peut se concentrer pleinement sur ses forces particulières, précise Martin Thommen, responsable des fonds de placement chez UBS Global Asset Management. Suite aux discussions autour de rétrocessions, le marché réclame toujours plus de fonds libres de rétrocessions, en particulier dans le cadre de mandats discrétionnaires. Dans le cadre de ses mandats de gestion de fortune, UBS ne propose plus que des fonds libres de rétrocessions.»

L’univers des fonds de placement est également soumis à un phénomène de mode, bien que ce dernier soit en grande partie dicté par l’état général des marchés boursiers. Ainsi, la perception des investisseurs et des professionnels de la finance influence aussi la variation des avoirs sous gestion dans un type ou un autre de fonds de placement.

Dans ce contexte, les fonds investis en obligations convertibles ont le vent en poupe. «Le virage obligataire pressenti en 2012 est devenu une réalité en 2013 et les flux vers les fonds de type actions ont bénéficié d’une collecte importante en 2013, remarque Bertrand Bricheux, responsable vente et marketing pour Mirabaud Asset Management. Les seuls segments du monde obligataire qui continuent à bénéficier d’un intérêt marqué de la part des investisseurs sont ceux du high yield (avec leur composante spread de crédit attractive), des obligations convertibles (grâce à leur asymétrie naturelle) et de l’obligataire dit flexible, mieux placé pour faire face à une normalisation des taux d’intérêt.»

Du côté de Julius Baer, les fonds convertibles sont aussi recommandés. «Ces derniers sont idéaux pour les investisseurs qui croient aux actions mais qui ont encore une légère aversion au risque», explique Nicolas Batrel, conseiller en fonds de placement.

Pour Rochus Appert, la demande pour les obligations demeure mais le marché est en train de vivre une transition. «Les investisseurs doivent être beaucoup plus attentifs étant donné les niveaux de valorisation et la duration de certains instruments», avertit le spécialiste chez State Street Global Advisors.

Selon lui, les valeurs refuges sont surévaluées: la recherche de rendement a évolué et les investisseurs auraient davantage conscience qu’il n’y a plus vraiment de potentiel dans des actifs qui ont jusque-là été favorisés pour leurs qualités défensives.

Etre flexible est essentiel

En 2014, d’autres tendances se dessinent. Les fonds dits «unconstrained», c’est-à-dire dans lesquels les gérants ne sont pas limités par des restrictions d’investissement liées à un indice du marché, gagnent en popularité.

«Ainsi, le manager du fonds peut prendre des paris d’investissement de manière active sur la partie qui n’est pas adossée au benchmark, explique Martin Thommen, d’UBS. Par exemple, dans le domaine des obligations, le manager fait ses choix d’investissement dans l’ensemble des titres disponibles sur le marché (convertibles, marchés émergents, high yield, etc.) où il estime qu’un rendement important peut être atteint.»

Pour Nicolas Batrel, ces fonds «sans contrainte» permettent, en s’affranchissant d’un indice de référence, d’éviter à un gérant de fonds d’être positionné sur un secteur ou une classe d’actifs en lesquels il ne croit pas.

Pour certains professionnels, la clé de la réussite est la flexibilité. Générer de la performance ne peut se faire que si la politique d’investissement du fonds permet à son gérant de sauter d’une classe d’actifs à l’autre.

«A cet égard, les produits multi-actifs sont à favoriser, assure Volker Buschmann, directeur Europe du Nord à M & G Investments. Nous avons vu d’importants flux de capitaux vers ce segment tout au long de l’année 2013. De notre côté, nous avons mis l’accent sur de telles offres car elles devraient être soutenues durant les deux ou trois prochaines années.»  

Nathalie Praz

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