Bilan

Les marchés à éviter en 2014

S&P 500, ETF, high yield et dette européenne: des marchés surévalués, ou dont les risques sont sous-estimés. Bref panorama des placements face auxquels l’investisseur devra être extrêmement prudent.
  • Amazon USA
    La reprise incertaine aux Etats-Unis tranche avec l’euphorie boursière.

    Crédits: Ralph Freso/Reuters

Après une très belle année 2013, certains marchés sont aujourd’hui surévalués ou présentent des risques trop importants compte tenu de leurs performances. Tour d’horizon.

S&P 500, danger

L’indice S&P des 500 plus grandes valeurs américaines est-il surévalué? Il n’existe pas de consensus à ce sujet, étant donné le caractère atypique de cette envolée boursière. Depuis son creux de 2009, le marché américain a explosé de 172% à la hausse, quasiment sans corrections majeures.

Cette hausse est plus forte que celles connues lors de la bulle des valeurs technologiques et que celle de la bulle des subprimes. On appelle déjà celle-ci «la bulle du QE», en référence aux trois programmes d’assouplissement monétaire qui ont entassé plus de 4000 milliards de dollars d’actifs toxiques et de bons du Trésor sur le bilan de la Réserve fédérale.

Surtout, cette hausse est à 100% financée par des taux d’intérêt zéro, alors que la bulle des dotcoms s’est déroulée sur fond de taux d’intérêt à 5-6%, et celle des subprimes a connu des taux en dessous de 2% la moitié du temps.

«Le S&P 500 est largement surévalué, estime Olivier Crottaz, analyste financier et gestionnaire de fortune diplômé. En termes de ratio cours-bénéfices, le consensus est que les actions américaines – valorisées à 15,5 fois leurs bénéfices futurs -, sont «correctement valorisées», mais pas scandaleusement surévaluées.

«Certes, mais le P/E n’est que le P/E estimé, et il est trop élevé au vu des anticipations que j’ai», répond Olivier Crottaz, les bénéfices futurs des entreprises étant fonction du jugement des analystes.

«Je constate que le marché américain est déjà bien monté, même si ex ante il est difficile de dire s’il est surévalué. Peut-être cette année sera-t-elle une année «Sell in may and go away», estime Stefan Kremeth, gérant et fondateur d’Incrementum Advisors à Baar et ancien chef de la salle des marchés de Sal.

Oppenheim en Suisse. Selon lui, la poursuite de cette hausse de moins en moins rationnelle s’explique par le besoin des fonds de pension de générer des rendements supérieurs à 3%, et l’absence d’alternatives rémunératrices. «S’il y avait une alternative aux actions, je vendrais plus tôt, mais il n’y en a pas, explique Stefan Kremeth: les obligations n’offrent pas le rendement nécessaire.»

Dette européenne à fuir

La plupart des spécialistes mettent en garde contre les emprunts gouvernementaux des pays occidentaux. En Europe, on déconseille aussi le corporate investment grade européen.

Avec un couple risque-rendement défavorable, «une hausse des taux de 1% est susceptible d’entraîner une perte de 7% sur le portefeuille, sans compter l’impact fiscal», met en garde Pierre-François Donzé, stratège à la Banque Bonhôte & Cie.

High yield déconseillé

Si le marché des emprunts à haut rendement (high yield) a réalisé des performances de plus de 8% jusqu’à l’an dernier, ses résultats ont diminué de moitié cette année. A cette hauteur, la classe d’actifs devient moins attractive compte tenu de son risque. Cette année, le high yield est promis à des rendements inférieurs à sa moyenne historique.

«Nous ne prévoyons des rendements que de 4 à 5% pour les obligations high yield cette année», confie Sandro Naef, gestionnaire du fonds Nordea European High Yield Bond.

Le risque de remontée des taux d’intérêt n’incite pas à choisir des titres à haut rendement. Ensuite, la tendance à déglobaliser et à réduire le levier en réaction à la régulation incite les banques à nettoyer leurs bilans. Ainsi, on observe un retour des structurés aux Etats-Unis.

«On assiste à l’émergence de produits, comme les CLO (collateralized loan obligations) émis sur des pools de prêts. La dette sort des comptes bancaires sous forme de high yield, et cette situation peut s’avérer problématique à l’avenir», explique Dominique Morisod, gestionnaire de fonds.

Enfin, il existe une incertitude avec la future réglementation sur la finance de l’ombre (shadow banking) en Europe. Elle devrait être légiférée cet été. Cette nouvelle norme qui peut exiger plus de fonds propres, des liquidités en suffisance et plus de transparence aura un coût qui va encore éroder les performances des high yield.

«On assiste à une réallocation des investissements des obligations high yield américaines vers des titres similaires européens, car les individus pensent que les taux d’intérêt vont monter plus aux Etats-Unis qu’en Europe», explique Sandro Naef. Si le marché américain est surévalué selon les analystes, l’Europe offre certaines opportunités depuis deux ans dans le secteur du high yield.

De plus, si la qualité du crédit se détériore aux Etats-Unis, le taux de défaut devrait baisser sur le Vieux-Continent, grâce aux liquidités injectées par la BCE et à la diminution du nombre de faibles notations de crédit des sociétés.

ETF, l’envers du décor

L’univers des ETF, ces fonds indiciels cotés, dépasse désormais celui des hedge funds. Avec 2400 milliards sous gestion, les Exchange Traded Funds et les Exchange Traded Products sont une catégorie de placement parmi celles qui progressent le plus vite.

Fin 2013, on recensait 5900 ETF/ETP cotés, 10  172 titres en circulation émis par 218 émetteurs et cotés sur 60 plateformes boursières.

Désormais, ils représentent plus de 30% des transactions sur certains marchés, et leur risque devient systémique. Et cela, c’est sans compter l’effet de levier, utilisé par de nombreux fonds à l’aide d’une combinaison de swaps et de futures, qui démultiplient leurs risques par rapport à un investissement 1:1 répliquant un indice. 

Surtout, comme l’étaient les fonds de hedge funds avant la crise de 2008, les ETF sont devenus un produit largement grand public, ce qui expose des investisseurs peu sophistiqués à des produits à la complexité grandissante.

D’une part, ils sont de plus en plus utilisés pour shorter les indices (vente à découvert), comme les dérivés. Et de plus en plus, on trouve des ETF qui sont en réalité des produits structurés complexes. Dans d’autres cas, les ETF sur les métaux précieux et sur d’autres matières premières sont émis en excès par rapport aux actifs sous-jacents réellement disponibles. 

Puis il y a encore les ETF qui se basent sur un indice créé sur mesure, et dans lesquels on peut participer par exemple à plus de 80% de la hausse d’un indice classique (comme le Stoxx 600), et à plus de 50% de la baisse: là, les régulateurs mettent en garde quant aux méthodes de calcul de ces indices créés artificiellement par des banques. 

Un investisseur en ETF doit aussi prendre garde aux prêts de ses titres à des vendeurs à découvert, notamment, qui représentent de gros risques de contrepartie en cas de défaillance. Enfin, comme pour d’autres produits, prudence est conseillée face aux simulations d’historiques de performances de nouveaux produits, qui correspondent rarement à la réalité.  

Patricia Meunier

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."