Bilan

Les obligations à privilégier

Une reprise modérée en Europe et une inflation basse favorisent les emprunts. Bilan fait le point sur les principales catégories les plus attrayantes du moment.
  • La technologie s’impose au quotidien. D’où l’intérêt de suivre cette industrie (TV câblée, téléphonie mobile...) pour miser sur les dettes d’entreprises «high yield» en Europe.

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  • Le secteur automobile nécessite encore quelques réformes, mais comporte un bon potentiel.

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  • Jean Médecin (Carmignac Gestion) est plutôt vendeur sur les obligations américaines.

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Ces dernières années, le marché des obligations a attiré des fonds abondants et affiché des performances respectables. Prisé par le public pendant la crise de la dette en Europe, on a assisté à un grand mouvement vers cette classe d’actifs(hors euros), plus sûre en période de grande incertitude que celle des actions.

Actuellement, la stabilité demeure sur ce segment des taux fixes. Aucune forte correction n’est prévue en 2014, mais il reste des possibilités de rendement. Même s’il n’est pas facile de gagner de l’argent grâce aux obligations, elles permettent encore d’assurer une performance à un portefeuille pris dans son ensemble. D’ailleurs, elles surprennent en bien depuis le début de l’année.

Si les investisseurs désertent actuellement ces émissions au profit des actions, ce n’est pas par crainte de maigres rémunérations, mais plutôt afin de saisir d’autres opportunités existantes. Certains évoquent même un risque de bulle, car nombre d’individus veulent remettre leurs titres à taux fixe. Du coup, que se passe-t-il aujourd’hui avec la classe d’actifs obligataires? Petit tour d’horizon. 

Europe ou USA?

Le système financier s’est stabilisé depuis la débâcle boursière grâce aux interventions en direct des banques centrales sur les marchés monétaires et sur ceux du crédit. Le vent a tourné le jour où Ben Bernanke, alors président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a annoncé une diminution des injections de liquidités.

Les Etats-Unis se sont retrouvés dans une phase de normalisation à laquelle succède à présent celle du «forward guidance». Ce nouvel outil permet à une banque centrale d’exercer son pouvoir en matière de politique monétaire afin d’influencer, en fonction de ses propres prévisions, les attentes sur les niveaux des taux d’intérêt.

En 2014, le risque de hausse sur les taux semble se concrétiser. Fin mars, la nouvelle présidente de la Fed, Janet Yellen, a tenu un discours qui laisse songeur. En effet, ses propos ouvrent la porte à un vrai relèvement des plafonds, peut-être même plus vite que prévu. Ces assertions ont entraîné une légère baisse sur les cours des titres de dette.

Certaines classes d’emprunts obligataires sont plus attractives aujourd’hui. Bien sûr, comme pour tous les produits financiers, le rendement dépend toujours du niveau de risque que l’on est prêt à courir. Il s’agit de bien cerner la probabilité de défaut de l’émetteur et d’évaluer le rapport entre le risque et le gain potentiel de ces titres. Ainsi, les convertibles, les emprunts dans les pays émergents et les hauts revenus renferment des possibilités de placement.

Les «high yield» ont en effet bien profité aux investisseurs depuis la crise financière. «Leur présence dans les portefeuilles s’est développée de manière significative ces dernières années. La compensation pour le risque est intéressante avec ces titres», observe Nils Thewes, responsable de la division obligations en Suisse chez DeAWM.

Dans cette catégorie, les bourses ont réalisé des performances en baisse de 50% par rapport à l’année dernière où elles se situaient plutôt au-dessus de 8%. Certes, cette baisse rend cette classe d’actifs un peu moins attractive. Cependant, on y retrouve de nombreuses nouvelles émissions.

«Concernant les hauts rendements, le marché américain diffère de celui du Vieux-Continent. Bien que la croissance y soit plus prononcée et le soutien aux entreprises plus fort, on retient que les émissions high yield américaines sont caractérisées par des durations plus longues d’environ une année en moyenne par rapport à celles de l’Europe», explique Michael Della Vedova, portfolio manager dans la division obligations de T. Rowe Price.

Plusieurs analystes privilégient les titres à haut revenu européens à leurs homologues américains, car la zone offre une meilleure diversification avec ses différentes juridictions. «Les dettes issues non seulement sur la zone euro, mais également au Royaume-Uni offrent un certain intérêt. La Pologne présente aussi certaines possibilités sur ce segment», précise Michael Della Vedova. En outre, les investisseurs prévoient que les taux remonteront plus aux Etats-Unis qu’en Europe.

On observe donc une réallocation du «high yield» américain vers son confrère européen. D’autant plus que la qualité du crédit s’améliore grâce aux liquidités injectées par la Banque centrale européenne (BCE) et à une diminution du nombre de faibles ratings de crédit distribués aux entreprises.

Emprunts corporate: le risque paie

Si l’on considère les dettes d’entreprises «high yield» en Europe, l’industrie des technologies affiche des opportunités. «La télévision câblée, la téléphonie mobile ou les opérateurs sans fil constituent des secteurs d’exposition pour nous. Ces branches correspondent à l’évolution des habitats et de la consommation, car les individus veulent de plus en plus de rapidité dans les transmissions et une grande connectivité», confie Michael Della Vedova.

Le secteur des «datas» comporte aussi un bon potentiel, car tout ce qui concerne l’accès facilité aux données informatiques est de plus en plus demandé. Pour sa part, le secteur automobile est un autre thème, même s’il nécessite encore quelques réformes. Il est notamment dominé par des marques comme Peugeot, Fiat, ou Renault.

Les télécoms regorgent également d’émissions détentrices d’un bon potentiel. «Les banques ont réduit leur offre de crédit aux entreprises de la branche. Ces dernières ont dû recourir de manière plus importante aux emprunts auprès du public», confie Nils Thewes.

En termes de duration, une mesure de la sensibilité au prix en cas de changement de taux, on sait que plus elle est longue, plus le titre va réagir. Ainsi, réduire la duration de son portefeuille permet de diminuer l’impact d’une hausse de taux d’intérêt sur le prix de l’obligation. «Il est intéressant de sélectionner des produits à faible duration. Cela permet de réduire le risque de perte d’argent», confirme Rochus Appert, de State Street.

Emprunts souverains: en Europe, le Sud se démarque

Dans l’ensemble, les emprunts d’Etat ont souffert de la chute des taux d’intérêt à un plancher record. En cause pour l’essentiel, une croissance quasi nulle dans les pays développés. Or, depuis les remous de 2008, l’Europe affiche désormais des signes de stabilisation et les emprunts gouvernementaux intéressent à nouveau. On constate une reprise, modérée certes, mais quand même orientée positivement.

De même qu’une inflation très basse, aux alentours de 0,7%. Le tournant a été amorcé au second semestre 2012, lorsque la BCE a affirmé qu’elle allait soutenir l’euro quoi qu’il lui en coûte. De quoi rassurer les acheteurs et créer un environnement favorable aux acquisitions d’emprunts obligataires. En général, sélectionner des titres souverains fait appel à des stratégies qui peuvent se révéler complexes. Dans ces cas, les spécialistes offrent une valeur ajoutée dans la gestion d’un portefeuille.

Ainsi, les gérants recommencent à trouver des idées de placement dans les pays du Sud, comme l’Espagne et l’Italie notamment, qui proposent beaucoup de nouveaux emprunts à taux fixe cette année. 

«Nous sommes positionnés sur la thématique de la convergence européenne. Nous favorisons une exposition aux dettes souveraines périphériques espagnoles et italiennes, voire portugaises mais dans une moindre mesure, car les rendements y sont plus élevés que dans le reste de l’Europe. Il s’agit, en outre, de placements liquides, particulièrement en ce qui concerne l’Italie. Le souverain périphérique européen peut offrir des gains sur dix ans entre 3,2 et 4% actuellement», confie Jean Médecin, membre du comité d’investissement de Carmignac Gestion.

Parmi les particularités du Vieux-Continent, on observe de gros écarts de rémunération du risque entre les pays méditerranéens et l’Allemagne, par exemple. En revanche, la Grèce peut susciter un intérêt, mais un investissement modéré y est recommandé. Le pays a lancé, jeudi  10 avril 2014, sa première émission de dette à moyen terme depuis 2010, date de son exclusion des marchés financiers.

Sa réussite, basée sur la confiance des acteurs du marché, représente une étape politique et économique importante pour le gouvernement de coalition conservateurs-socialistes d’Antonis Samaras. «Le retour de la Grèce sur les marchés des capitaux participe à la normalisation progressive à laquelle nous assistons sur les obligations souveraines périphériques de la zone euro. Les rendements élevés servis par le pays traduisent le chemin qui reste à parcourir pour achever le processus de convergence», confie Jean Médecin.

Aux Etats-Unis, tous les signes favorisent une hausse des taux d’intérêt. En 2013, ils sont remontés, pénalisant la classe d’actifs obligataires. «Actuellement, la volatilité continue d’agir sur les taux et incite à se positionner de manière tactique», explique encore Jean Médecin.

Carmignac est plutôt vendeur sur les obligations américaines. La société mise sur une reprise économique solide et une normalisation progressive de la politique monétaire de l’Etat. Elle prévoit en outre que les taux longs devraient remonter au-dessus des 3%, rendant de ce fait les titres à taux fixe émis aux Etats-Unis moins attractifs.

Dans l’équation risque/rendement, les régions émergentes peuvent offrir des rémunérations dignes de considération. Plusieurs experts avouent privilégier des dettes exprimées dans des monnaies comme l’euro ou le dollar. Par exemple, la dette mexicaine sur cinq ans peut offrir un rendement de 5%. Le pays est en bonne voie.

Il présente des fondamentaux solides et une situation globale assainie grâce à toute une série de réformes menées ces dernières années. Le Mexique a emprunté un chemin différent du Brésil, qui se trouve aujourd’hui pris à la gorge par une quantité de restructurations non établies et pourtant vitales pour son développement économique.

Nouvel univers: les Cocos

On peut aussi décider de prendre ses profits sur des «high yield» en portefeuille et réinvestir dans d’autres «bonds». «Nous sommes favorables aux Cocos, des obligations contingentes convertibles émises par des établissements bancaires européens, qui offrent des rendements de 7% environ avec une volatilité un peu plus élevée que celle d’une émission traditionnelle. Nous avons diminué notre exposition aux «high yield» pour renforcer notre position sur les Cocos», relève Jean Médecin.

Le secteur financier a fortement évolué ces dernières années. Les réglementations prudentielles se sont renforcées après 2008. En revanche, il suscite toujours un sentiment de réticence auprès de nombreux investisseurs suite à la débâcle financière de 2008, offrant de ce fait des retours financiers intéressants.

«Pourtant, on peut y trouver des titres obligataires de premier ordre de la part d’établissements bancaires de renom», poursuit l’expert de Carmignac Gestion. De création récente, les Cocos ont gagné en popularité. Elles constituent une catégorie qui prend de plus en plus de place dans les stratégies des gérants.

ETF: croissance continue

Par définition, un fonds indiciel coté (également appelé ETF pour Exchange-Traded Fund) constitue un véhicule de placement en valeurs mobilières reproduisant un indice boursier, un actif ou tout simplement une stratégie. Il est négociable en bourse. Le développement des ETF a été très marqué ces dernières années, surtout dans le domaine des obligations et sur les devises locales.

Il s’agit d’une des catégories de placement qui progressent le plus dans le domaine financier. «Aux Etats-Unis, 1600 milliards sont actuellement investis dans les ETF. Cela représente 17% de la fortune privée calculée dans le pays. En Europe, on comptabilise 450 milliards placés dans les ETF, soit 4% de la fortune privée de la zone», observe Rochus Appert. Il y a deux ans, on ne décomptait que 250 milliards de fonds dans les ETF européens.

Les fonds indiciels sont des produits synthétiques qui ont la capacité de protéger contre les fluctuations des taux d’intérêt. Ils permettent donc d’anticiper une future hausse de ces derniers. Construits sur des «high yield» européens, ils sont notamment très populaires auprès du public et, avec leur expansion, leur risque devient systémique.

Ils s’adressent aux acteurs financiers qui souhaitent avoir une exposition au marché obligataire tout en couvrant le risque de taux d’intérêt. Parmi les bémols, il s’agit d’un produit grand public dont la complexité croissante s’adresse à un individu plus spécialisé. Un peu comme les hedge funds avant la crise financière de 2008.

Ainsi, les dérivés qu’ils contiennent protègent d’une part les fonds placés, mais peuvent aussi représenter un danger en cas de problèmes avec les futures, par exemple. Par contre, un ETF permet de réagir très vite. Il s’agit d’un produit très liquide.

«Un portefeuille de titres prend un peu plus de temps à l’achat et à la vente qu’un seul ETF, surtout si les montants sont considérables à traiter en bourse. Pour les ETF à duration courte, nous prenons une duration de zéro à trois ans», observe Rochus Appert. Avec une ligne directe, la différence provient du fait que l’on sait physiquement ce que l’on détient. 

Patricia Meunier

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