Bilan

Les pays émergents lancent leur agence de notation

Et si le trio ultradominateur Fitch-S&P-Moody's voyait une nouvelle agence de notation bousculer l'ordre établi? Après la chinoise Dagong, ARC Ratings va voir le jour, réunissant cinq agences issues de pays émergents.
  • Le marché des agences de notation pourrait bouger dans les mois à venir avec l'apparition de nouveaux acteurs. Crédits: Reuters
  • Standard & Poor's, né de la fusion de Standard et de Poor's au milieu du XXe siècle, domine largement ce secteur. Crédits: Reuters
  • Moody's note l'immense majorité des dettes publiques à travers le monde, ainsi qu'un très grand nombre d'entreprises. Crédits: Reuters
  • Fitch est le seul des trois grands acteurs à être majoritairement entre les mains d'un groupe non américain, la holding française Fimalac. Crédits: Reuters
  • Suite à la crise de 2008 que les agences de notation n'avaient pas vu venir, des critiques de plus en plus virulentes ont émergé. Crédits: Reuters
  • Avec la nouvelle agence ARC Ratings, cinq agences issues de pays émergents veulent donner le reflet d'un monde multipolaire et non plus exclusivement centré sur les États-Unis. Crédits: Reuters
  • La première salve de concurrence était venue, voici quelques années, de Chine: Dagong, présidée par Guan Jianzhong, est née en 1994 mais note les dettes publiques depuis la fin des années 2000. Crédits: AFP
  • Un nombre croissante de pays font appel à Dagong, mais les trois agences américaines restent très largement dominantes sur ce secteur avec 94% de parts de marché. Crédits: AFP
Il existe plusieurs dizaines d'agences de notation financière à travers le monde. Mais le marché est archi-dominé par les trois géants du secteur: Standard & Poor's, Fitch et Moody's. Ce triopole détient 96% du marché mondial. De quoi attiser les convoitises et les critiques.

Ainsi, elles ont été accusées de ne pas avoir vu venir la crise de 2008, et de contribuer à encourager les politiques d'austérité et de réduction des dépenses publiques ces dernières années. Le fait que les trois sociétés soient américaines (même si Fitch appartient à 60% à une holding française, Fimalac) suscite aussi de régulières accusations de parti pris.

Après Dagong, place à ARC Ratings

Pour casser ce triopole, l'agence chinoise Dagong, née en 1994 mais qui ne notait que des entreprises au départ, s'est lancée en 2010 dans la notation des dettes publiques. Controversée pour l'opacité de son système de notation, elle reste actuellement très loin des trois géants.

D'autres ambitions sont nées: cinq agences issues de pays émergents viennent d'annoncer le lancement le 20 novembre à Londres d'ARC Ratings, une nouvelle agence de notation financière.

ARC Ratings constituera une coentreprise issue de l'alliance entre la Companhia Portuguesa de Rating (Portugal), Credit Analysis and Research (Inde), Global Credit Rating (Afrique du Sud), Malaysian Rating Corporation (Malaisie) et SR Rating (Brésil).

Le reflet d'une «économie mondiale multipolaire»

L'objectif de cette nouvelle agence multinationale est clairement affiché dans l'invitation au lancement officiel: être le reflet d'une «économie mondiale multipolaire». Et donc casser ce qui est vu par beaucoup comme un monopole américain.

«Le monde a changé radicalement depuis l'effondrement du marché des subprimes aux États-Unis en 2008, qui a entraîné la crise du crédit. ARC et ses cinq partenaires fondateurs pensent que les vieilles approches et méthodes ne sont plus suffisantes pour le paysage financier post-Lehman Brothers», explique José Poças Esteves, futur directeur général d'ARC Ratings.

Cette tentative de casser le triopole américain n'est pas la première. En juin dernier déjà, Dagong s'était associée à l'américaine Egan-Jones, et à la russe RusRating pour créer Universal Credit Rating Group. Mais le projet peine à décoller et Dagong a ouvert seule des bureaux à Milan au début de l'été, sa première implantation européenne.

La tentative européenne au point mort

L'Europe cherche elle aussi une alternative aux trois géants. Le groupe de conseil allemand Roland Berger a affiché sa volonté de monter une agence, mais le financement de ce projet fait encore défaut.

«On ne sortira pas facilement de la logique oligopolistique. Des changements réglementaires adoptés en début d'année par le Parlement européen peuvent offrir une rente à un ou deux acteurs supplémentaires, mais on restera dans un fonctionnement d'oligopole», affirme Norbert Gaillard, auteur d'«Agences de notation», un ouvrage de référence paru aux éditions La Découverte.
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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