Bilan

Les placements les plus futés

ZONES ÉMERGENTES

1. Placements obligataires

«Les obligations des pays émergents restent très attractives», martèle Cornel Bruhin, gérant du fonds Clariden Leu (Gue) Emerging Markets Bond. Ce segment de marché offre encore un rendement moyen de l’ordre de 6,3% en dollars. La hausse de près de 30% de l’indice de référence (JP MorganEMBI) survenue l’année dernière ne serait pas qu’un feu de paille.

Solidement ancrées dans le cycle économique, les entreprises des zones en devenir restent intéressantes pour les investisseurs. «Depuis l’automne dernier, les emprunts de sociétés dans les pays émergents surperforment les obligations gouvernementales, observe-t-il. Et ce phénomène devrait se poursuivre.»

A l’inverse, les emprunts d’Etat avaient servi d’indicateur avancé de sortie de crise en progressant dès novembre 2008, «notamment au Brésil, au Pérou et en Colombie», soit bien avant que le rebond global des marchés ne débute en mars 2009. L’optimisme du gérant s’explique. Selon lui, les «spreads de crédit» (mesure desolvabilité, ndlr) des titres émergents par rapport aux bons du Trésor américain devraient continuer à se resserrer au cours de prochains mois, «particulièrement dans le secteur des corporates bonds».

On ne sera alors plus très loin du plancher absolu de 155 points de base atteint en juin 2007, juste avant l’éclatement de la crise financière. Une preuve supplémentaire de la confiance placée par les investisseurs dans les pays émergents. Historiquement, ce spread de crédit se monte en moyenne à 515 points.

D' avantage de sélectivité s’avère nécessaire

De manière générale, la croissance de 6% attendue dans les économies émergentes cette année, de solides réserves de change et des déficits publics maîtrisés soutiennent le Brésil, la Chine ou encore l’Inde. «Mais contrairement à l’année dernière, où tout est monté simultanément avec la reprise des Bourses, il s’agira d’être plus sélectif tant en termes de secteur que de pays».

Ainsi, la dette turque n’est pas forcément idéale à accumuler, «car le pays veut émettre des emprunts pour se financer à long terme, alors que les investisseurs sont à la recherche d’échéances courtes».Cornel Bruhin est particulièrement chaud sur l’Indonésie, «riche en matières premières, arrière-garde économique de la Chine et de la Corée, et dont la croissance est soutenue à 70% par la consommation domestique», l’Inde ou encore la Russie.

A Moscou, il parie sur les télécoms, les compagnies pétrolières avec un fort ancrage étatique ou encore les compagnies électriques et de service à la communauté publique.Le besoin de sélectivité est illustré par sa position sur Dubaï, pays qui a connu un krach immobilier et qui menaçait de faire défaut. «Le pire devrait être derrière.» En portefeuille, il possède un emprunt de Mubadala Development Company, «agence quasi gouvernementale qui développe des projets, notamment des champs de gaz et dont les obligations s’échangent à un prix inférieur à celles de ses concurrents au Qatar.»

Mais il n’investirait pas pour l’instant dans les banques locales, «qui devront nettoyer leurs bilans» ou les groupes purement immobiliers.Le gérant identifie également des pays à risque, que ce soit d’un point de vue géopolitique ou économique, «le Pakistan, le Venezuela, l’Argentine ou encore l’Ukraine». Mais cela ne devrait pas inverser la tendance de fond favorable aux zones émergentes.

Des nouveaux pays approchent d’ailleurs les investisseurs pour se financer: le Ghana, le Gabon ou encore l’Azerbaïdjan, «et ils sont bien accueillis par les marchés». La menace inflationniste? «Les taux devraient grimper dans les pays développés, ce qui renchérira les taux réels, mais je ne vois l’inflation exploser dans les pays émergents, car ils sont en mesure de laisser s’apprécier leur devise pour contrer ce risque.» Bref, le monde est en train de basculer.

2. Chine et placements libellés en yuan

La gamme de fonds récemment lancée par Bank of China fait passablement parler d’elle dans le landerneau financier genevois. «Ces fonds obligataires et actions libellés en yuan chinois paraissent très intéressants pour jouer un renforcement de la devise chinoise», estime Yann Siry, associé chez Prime Partnersà Genève. Ces véhicules sont investis en titres suisses, européens, japonais, américains ou même sur les marchés émergents, mais sont libellés en monnaie chinoise.

Cela ne manque pas d’intérêt. La plupart des économistes s’accordent à dire que le yuan, artificiellement ancré aux dollars, doit renchérir pour refléter le vrai poids économique de la Chine. Mais la devise n’a plus bougé contre le billet vert depuis l’été 2008. Avec la crise, Pékin a en effet décidé de soutenir ses exportateurs en bridant sa devise. «Mais la pression internationale est telle que la Chine va finalement laisser le yuan s’apprécier de 5% avant la fin de l’année», parie Alessandro Mauceri,codirecteur des investissements de Palaedinoà Genève.

Au départ, Bank of China visait surtout la Chine avec ces produits. «Ils permettaient aux institutionnels chinois ayant la possibilité d’investir à l’étranger de le faire tout en évitant un risque monétaire, explique Fulvio Maccarone, CIO de Bank of China (Suisse) Fund Management à Genève. Parallèlement, la demande grandissante pour une exposition en yuan de la part des investisseurs occidentaux en a fait les principaux intéressés aujourd’hui.»

Pour cibler les investisseurs étrangers, la banque proposait plutôt son fonds en actions chinoises qui, lui, est libellé en francs ou en dollars. Un véhicule qui a bien débuté l’année. «A la fin 2009, les craintes liées à la surchauffe de l’immobilier chinois et à la valorisation élevée des titres financiers nous ont conduits à limiter l’exposition à ces secteurs», détaille Karim Daou, responsable du marché asiatique. Une stratégie payante. Alors que le marché chinois plongeait de 10% entre janvier et février, son fonds n’a pas perdu de valeur.

Privilégier les actions H

«Pour investir en Chine, la Bourse reine reste Hongkong, car les actions H sont pour l’instant moins chères que les actions A», affirme Raymond Hêche, responsable de la gestion des fonds Willerfunds à la Banque Morval.Le fonds Willerequity Greater China, libellé en dollars, investit en actions cotées à Hongkong et à Taïwan. «En Chine, ce qu’il faut jouer, c’est la transformation de la croissance quantitative en croissance qualitative ces dix prochaines années, sur fond d’amélioration de la qualité de vie. Quelque 20 à 30 titres reflètent cette tendance». Le fonds détient notamment Petrochina, China Mobileet Ping An Insurance. Les financières représentent 43% de l’allocation.

Raymond Hêche met en garde: «Je n’attends pas une envolée fulgurante. C’est une erreur de croire que la croissance économique, même très forte, se reflète automatiquement sur la valeur boursière. Sur la Chine, il faut être patient.»Ce fin spécialiste de l’Asie se veut rassurant quant au risque de bulle immobilière. «Un quart du patrimoine immobilier chinois n’est certes pas occupé, mais l’essentiel du marché est sain.

Et le gouvernement est très volontariste pour remplir les logements.» Concernant la santé des banques chinoises, Raymond Hêche note qu’elles restent bien plus restrictives qu’en Occident: «Elles prêtent tout au plus à 60%-70%; aucune n’a prêté à 110%.» Par ailleurs, l’Etat veille: «En Chine, il n’y a pas de faillites, ni du côté des prêteurs ni des emprunteurs: tout est géré.»Toujours sur l’Asie, la plupart des banques proposent aujourd’hui leurs produits.

Ainsi, Julius Baervient de lancer un certificat placé en titres taïwanais, coréens du sud, chinois, thaïlandais, japonais, malaisiens ou encore singapouriens. «Les projections démographiques, le besoin en infrastructure et en eau potable, ainsi que la forte croissance économique de la zone soutiendra durablement les marchés actions de ces pays», souligne Stefano Spurio, responsable du conseil en investissements de Julius Baer à Genève.

PURES ACTIONS

1. Haut rendement

Le moment est idéal pour investir dans les actions proposant des hauts rendements. «Ces titres n’ont que peu participé au rallye de fin de récession qui a surtout mis en exergue les valeurs cycliques et les titres de moins bonnes qualité», relève Roland Duss,économiste de la Banque Gonet & Cie . Depuis mars 2009, l’action du groupe technologiqueKudelskia ainsi gagné presque 300%, alors que le groupe d’électricité RWE n’a progressé que de 40% en Bourse. Valeur défensive par nature, son titre offre pourtant un rendement du dividende de 6,65%.

Ceux d’autres firmes sont également intéressants: Total, Kimberly-Clarkou Novartisproposent respectivement 5,18%, 4% et 3,7%. Par comparaison, les taux sur les marchés monétaires en francs ou en dollars restent plombés à moins de 1% et le rendement des emprunts gouvernementaux de première qualité reste très bas. «Les investisseurs cherchant du revenu avec un risque limité seront tentés par les actions à haut rendement.»

L’économiste poursuit: «L’environnement est nettement plus contrasté cette année sur les marchés, car l’amélioration conjoncturelle est largement escomptée». Dès lors, ces titres offrent aussi un joli potentiel de rattrapage boursier. Le thème peut être joué avantageusement au travers de fonds ETF, produits qui répliquent à faibles coûts la performance d’un indice de référence. Deutsche Bank en propose ainsi un sur l’Europe (DB X-Trackers DJ ES SEL DV30).

2. Eau

«L’eau n’est pas rare, il y en a même trop. Le cycle de l’eau est encore accéléré par la fonte de la glace des pôles et les ouragans liés aux émissions de CO2.» La phrase peut paraître provocante à l’heure où des villes comme Barcelone doivent acheminer de l’eau par tanker au plus fort de l’été. Mais Hans Peter Horner, gérant du fonds Water à la Banque Pictet avance ses arguments.

«Le vrai problème est qu’il n’y en a pas la quantité nécessaire aux bons endroits, et qu’elle n’est pas toujours de bonne qualité.» Ce qui lui fait dire que l’eau n’est plus vraiment une ressource naturelle, mais un service.«Si rien n’est entrepris, une crise sérieuse surviendra à l’horizon 2020 dans plusieurs bassins hydrauliques», prévenaitDominic Waughray,responsable des initiatives environnementales du WEF, en 2008 déjà dans Bilan.

Les besoins en infrastructures sont énormes. Les solutions aujourd’hui apportées à cette menace de pénurie (systèmes d’adduction fonctionnant en vase clos dans les villes, irrigation, récupération de l’eau de pluie, remise à niveau des installations pour limiter les fuites dans les canalisations, dépollution) sont autant d’opportunités de placements.

Selon Pictet, entre 2005 et 2030, plus de 22 000 milliards de dollars d’investissements sont projetés pour construire ou améliorer les installations existantes, soit plus du double de ce qui est prévu dans le domaine de l’énergie.De surcroît, la gestion de l’eau est de moins en moins un service strictement public. De Veolia Environnement à Suez,en passant par Geberitou le brésilien Sabesp, les entreprises privatisées et/ou cotées pèsent de plus en plus dans le secteur.

«De 6% en 2000, la part du secteur privé dans la gestion de l’eau passera à 18% en 2020», estime David Lloyd Owen, spécialiste de l’eau et membre du conseil consultatif du PF (LUX)-Water. Cette progression sera particulièrement sensible en Amérique latine et en Asie. En clair, le marché de l’eau est énorme.

3. Terres rares

Un parti gagnant pour l’avenir? Investir dans les métaux spéciaux indispensables aux nouvelles énergies dites «à faible carbone» (nucléaire, solaire, éolien, voitures hybrides). Ces métaux, connus sous le nom de «terres rares», incluent le lithium, l’uranium et le tantale. Les éoliennes, par exemple, utilisent d’énormes quantités de terres rares, tout comme les voitures hybrides.

«Nous sommes au point d’inflexion: la demande augmente pour ces métaux, qui sont très peu en production, à part l’uranium», explique Dominique Casaï, gérant du fonds UR Beyond Carbon Metals Fund. Ce produit lancé en mars par la société de gestion URAM, à 100 dollars la part, investit dans les sociétés qui détiennent les gisements de ces métaux.

«Un univers très petit, longtemps fermé», note Dominique Casaï. Le lithium se trouve pour l’essentiel dans le lac salé de l’Altiplano chilien et argentin, dans les roches du Canada et d’Australie, et dans l’argile des Etats-Unis.Dans le domaine des terres rares aussi, la Chine s’avère incontournable: alors qu’historiquement, c’était l’Inde, le Brésil et les Etats-Unis qui produisaient les terres rares, aujourd’hui 97% de la production se situe en Chine.

La production actuelle d’uranium, essentiel au développement du parc nucléaire civil dans le monde, ne couvre que 50% des besoins, d’où une poussée de la demande. Le tantale, métal rare, vient essentiellement du Congo. «Il existe un besoin de le faire venir de nouvelles sources, respectueuses des droits de l’homme», souligne Dominique Casaï.Quel rendement attendre de ce fonds?

«Les entreprises qui détiennent ces gisements ont des valeurs boursières très faibles, analyse le gérant. En comparant la valeur de ces gisements avec les besoins futurs, on arrive à des valeurs deux à trois fois supérieures aux cours actuels.» Mais attention: «Le marché risque de s’emballer avant que la réalité économique ne soit là, avertit le spécialiste d’URAM. Les investisseurs ont intérêt à être présents avant cela.»

FONDS ALTERNATIFS

1. Retour en grâce

L’exercice 2010 sera-t-il celui du retour en force de hedge funds? C’est l’avis de la Banque HSBC, dont le fonds HSBC Global Hedge a dégagé une performance de 6% depuis le début de la crise en 2007, alors que l’indice de référence du secteur (HFR FoHF) reculait de plus de 3%.

«En 2009, il suffisait d’acheter des titres pour générer de la performance», analyse Nadine Ciola, directrice de la vente et de la distribution des produits alternatifs. Mais cette année, l’environnement est plus technique, ce qui est idéal pour les managers de hedge funds.

Car ces derniers sont les meilleurs pour identifier les compagnies dont l’envolée boursière repose sur des fondamentaux solides. Mais également pour déterminer les actions qui pourraient se retrancher. «L’année sera propice pour vendre à découvert les titres des sociétés qui ne sont pas montés pour de justes motifs», confie-t-elle. Une autre tendance mérite d’être soulignée. La vitesse de récupération des économies est très différente entre les pays.

«En Australie, les taux ont déjà été relevés l’automne dernier et la Chine est en surchauffe, alors qu’il n’y a pas grand-chose à attendre en Europe et aux Etats-Unis, décortique la spécialiste. De telles disparités macroéconomiques entre les zones ouvrent de bonnes possibilités d’arbitrages». En clair, le contexte est à nouveau propice aux hedge funds.

2. Les répliques aux hedge funds

«Selon un récent sondage, 80% des institutionnels prévoient de maintenir ou d’augmenter leur exposition aux fonds alternatifs», lance Emmanuel Delley, en charge du développement de la clientèle institutionnelle chezINGInvestment Management à Genève. Malgré les déceptions passées, les investisseurs savent que les hedge funds demeurent un outil de choix pour réduire la volatilité et pour renforcer la diversification des portefeuilles.

Mais ils se souviennent aussi des scandales de type Madoff, des commissions élevées et de la difficulté de sortir de leurs placements alternatifs (gates, longue période de lock-up) lors de crises.«Pour éviter que les investisseurs ne soient touchés par ces problèmes, nous avons développé un hedge fund synthétique, le ING Invest Alternative Beta, qui réplique la performance de l’indice HFRI contre une commission de gestion de seulement 1% pour la clientèle privée».

Un produit très liquide. Basé sur un modèle quantitatif, il s’appuie sur des contrats futurs (à terme) et des dérivés pour reproduire la politique des 2000 fonds composant l’indice phare de l’industrie. Bref, la tactique suivie par les meilleurs spécialistes des devises, du marché du crédit, des matières premières ou des ventes d’actions à découvert est reproduite à faible coût.

 

Recherche & développement Les devises exotiques deviennent incontournables dans les portefeuilles La Banque SYZ & CO a testé un produit sur les monnaies émergentes qui s’avère particulièrement rentable. Le produit estné d’une intuition de l’un des associés de la Banque SYZ & CO: de la crise asiatique à celle du peso mexicain ou du real brésilien, les accidents de marché qui ont émaillé les années nonante doivent avoir créé un biais négatif sur les devises exotiques. A l’été 2007, les économistes maison se mettent au travail pour vérifier cette hypothèse. Assez rapidement, ils arrivent à déterminer que les monnaies émergentes contiennent effectivement une prime «émotionnelle», exigée par les investisseurs pour la détenir, ne reposant pas sur de véritables fondamentaux économiques. La décision est prise d’en tirer parti. Dans le cadre d’un fonds «pépinière» interne à la banque, une stratégie est mise en place. «Il s’agit de détecter les cinq devises parmi celles dont les taux sont supérieurs à ceux de l’euro, qui offrent le meilleur couple rendement/volatilité», explique Fabrizio Quirighetti, le stratège de la Banque SYZ & CO. A l’automne 2008, un produit structuré (Extra-Yield Selector) est proposé à la clientèle. Chaque début de mois, cinq monnaies sont ainsi sélectionnées après être passées au travers d’un filtre macroéconomique. «Nous pouvons également décider de couper une exposition en cours de mois si des événements imprévus surviennent, précise-t-il. Cela a été le cas avec le peso mexicain lors de l’explosion de la grippe aviaire.» Depuis le lancement se sont succédé livre turque, forint hongrois, rouble russe, roupies indienne ou indonésienne. «Une dizaine de monnaies en tout. Le rand sud-africain, dont la volatilité a baissé récemment, vient d’être intégré.» Les perspectives sont prometteuses. Les zones émergentes peuvent s’appuyer sur des fondamentaux économiques solides (inflation maîtrisée, croissance forte, importantes réserves de change, endettement des Etats sous contrôle, amélioration de la gouvernance économique). «Depuis l’automne 2008, nous avons dégagé une performance de 12% avec une volatilité légèrement plus élevée qu’un indice obligataire. Ses propriétés de décorrélation par rapport aux autres classes d’actifs sont en outre remarquables», souligne Fabrizio Quirighetti. Lui parie que d’ici à dix ans, ceux qui auraient uniquement misé sur le yen, le dollar, l’euro ou le franc auront manqué de multiples opportunités d’investissement. On le croit sur parole.

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