Bilan

Les traders masqués prévoient 20% de hausse sur les actions

Bilan n'a pas eu froid aux yeux. Malgré le krach des actions survenu en 2008 et la récession mondiale, votre magazine favori s'était donné une mission pour ses 20 ans: offrir dans chacune de ses éditions le nom de sociétés qui recèlent un solide potentiel en Bourse. Un pari un peu fou pris au moment où l'économie mondiale chancelait et les banques frôlaient la faillite. Actifs derrière leurs écrans, une poignée de professionnels ont accepté de jouer le jeu. Travaillant pour d'importants établissements, ils ont réclamé l'anonymat et portent des surnoms: Rider, Slide, Spy, Smiley, Bird et Blue Angel.De là est née la rubrique du Trader Masqué. Lorsqu'ils recommandent une valeur, ces professionnels donnent un objectif de gain pour la fin de l'année. Mais libre au lecteur de liquider la position au moment où il le jugera opportun. Nous faisons aujourd'hui le point après cinq mois d'activité. Un premier constat s'impose. Il n'y a pas de casse sur les quelque 30 titres et produits financiers (notamment deux fonds ETF, répliques des fluctuations du pétrole et de l'or) proposés. Oh bien sûr, le début d'année s'est avéré délicat en raison du plongeon boursier de 25% en moyenne enregistré entre janvier et février. Mais l'un des traders masqués a trouvé la parade. Le 14 janvier, Bird conseillait d'acheter un ETF, miroir de la baisse des actions en Europe, le SGAM ETF Bear DJ Eurostoxx 50. A l'époque, son prix est de 60 euros et le financier fixait un objectif de gain de 30%. Ce niveau est atteint le 5 mars à 78 euros au plus fort de la récession, lorsque les places financières piquent violemment du nez. Voilà pour la baisse.Depuis la mi-mars, les Bourses se refont une santé. Actuellement, le Nasdaq des valeurs technologiques américaines avance de 10%, l'indice S&P 500 de 2%, tout comme le Dax allemand. Le SMI a pratiquement retrouvé son niveau de début d'année, soit 5500 points. La Chine avance, elle, de 43% depuis le début de l'année.Zoom sur les principales performancesGenentech : début mars, la firme de biotechnologie est rachetée par Roche qui paie 95 dollars par action. Profit: 14% (voir tableau ci-joint). U Freeport-McMoran : le groupe minier a largement profité de la vive hausse du cours du cuivre, qui grimpe de près de 70% à 4600 dollars la tonne depuis janvier. Profit actuel: 66%. Chesapeake Energy : la compagnie spécialisée dans l'exploration de gisements de gaz profite du redressement des cours de l'énergie. En plus, elle reste une cible de choix pour un géant pétrolier (Exxon Mobil ) qui voudrait se diversifier. Profit actuel: 46%. Deutsche Bank: les résultats au premier trimestre ont largement dépassé les attentes des analystes, avec un bénéfice de 1,2 milliard d'euros. Est-ce grâce à son bilan qui contient nettement moins d'actifs toxiques que ceux de ses principaux concurrents? Probablement. Profit actuel: 100%. TMK : la firme russe qui fabrique des pipelines pour le transport du gaz et du pétrole a profité de la progression du prix de l'énergie. Depuis janvier, le cours du pétrole est passé de moins de 33 dollars à près de 60 aujourd'hui. En plus, le regain d'intérêt des investisseurs pour les pays émergents lui profite pleinement. Car la Russie fait à nouveau saliver. Avec une performance de 55%, elle réalise la meilleure performance mondiale en 2009. Profit actuel: 140%. Las Vegas Sands : beaucoup voyaient cette société active dans les casinos aux Etats-Unis et à Macao, très endettée, partir en faillite... mais qui, elle, vient d'annoncer un profit de 8,9 millions de dollars au premier trimestre. Ce pari très spéculatif s'avère gagnant! Profit actuel: 109%.Perspectives pour les mois à venirLe moment n'est pas forcément venu pour vendre les actions. Les résultats publiés par les sociétés au premier trimestre ont surpris en bien. Le recul a été moindre qu'escompté. «65% des firmes du S&P 500 ont annoncé des bénéfices supérieurs aux attentes des analystes, explique Spy. Ce chiffre dépasse la moyenne historique aux Etats-Unis.» Bien sûr, le marché pourrait faire une pause après l'incroyable hausse de 30% de ces deux derniers mois. Il n'est pas exclu pas que survienne un creux de printemps. «Mais nous sommes beaucoup à l'attendre pour acheter et le recul ne vient pas», reconnaît Blue Angel.Pourquoi les Bourses se retrancheraient-elles momentanément? «Parce qu'il n'y a plus grand-chose à attendre en termes de nouvelles», souligne Spy. Les plans de relance des Etats-Unis, de la Chine ou de l'Europe sont connus: plus de 3000 milliards de francs seront injectés dans l'économie au cours des deux prochaines années. Tout comme sont derrière les tests de résistance des banques effectués par la Réserve fédérale américaine.Mais la correction boursière tarde à venir. «Les résultats des tests sont positifs, soutient Slide. Les 10 banques les plus fragiles devront réunir 75 milliards de dollars pour être en mesure de passer un gros orage, un montant largement inférieur aux pires craintes.» Dans le même temps, les banques poursuivent les restructurations. UBS licencie pour assurer sa rentabilité. Citigroup va céder à Sumitomo Mitsui Financial Group une partie de sa banque d'affaires au Japon pour 3 milliards de dollars. Les premiers signes d'amélioration sont déjà perceptibles. «Preuve que les affaires tournent à nouveau,Bank of Americaveut rembourser rapidement les 45 milliards de dollars injectés par Washington dans son capital l'automne dernier», assure Slide.En vérité, les Bourses vont continuer de grimper. «Les investisseurs n'ont pas suffisamment d'actions en portefeuilles, affirme Slide. Refroidis par le krach de 2008, les hedge funds, les institutionnels et les banques de gestion privées sont restés très prudents par rapport aux Bourses.» Les portefeuilles sont largement sous-pondérés en actions. Les gérants risquent finalement d'acheter dans la panique pour ne pas rater le train de la hausse. «Même si les fondamentaux, tels l'emploi, la consommation ou l'immobilier, restent difficiles, l'économie n'est plus en chute libre, analyse Blue Angel. L'envolée récente des matières premières, du cuivre au pétrole, constitue aussi les premiers signes d'une embellie économique. «La production a été coupée partout et les stocks ont été écoulés, relève Smiley.La reprise devrait survenir au dernier trimestre 2009. D'ici là, les actions resteront solidement orientées à la hausse. «Je table sur une progression de plus de 20% d'ici à la fin de l'année», martèle Smiley. Un cadeau de Noël qui prendrait la forme d'un indice SMI à 6500 points.Le chiffre 44 pour cent Malgré le récent rally, écart par rapport au sommet du SMI atteint en 2007Rotation Et si vous misiez sur Roche plutôt que sur UBS?Les titres très cycliques ont grimpé fortement depuis le rebond amorcé en mars. Les défensives (comme les pharmas) ont pris du retard.Tous les secteurs n'ont pas enregistré les mêmes performances depuis le plancher atteint le 9 mars. Une période marquée par l'envolée boursière qui a suivi. Le modèle suivi par Bird le démontre. Les valeurs très cycliques qui anticipent la reprise économique font la course en tête.«Les actions des financières avancent de 95% depuis début mars, les titres miniers de 65%, les services pétroliers de 50%, le Brésil de 33%, la Russie de 48%, les petites et moyennes capitalisations de 47% et les valeurs industrielles de 49%», illustre-t-il. A l'inverse, la progression est nettement plus timide pour les titres défensifs. «Les utilities (ndlr: services à la communauté,électricité, gaz et eau) gagnent 19%, les pharmaceutiques 15% et la consommation de base 17%.» Bref, mieux valait être investi dans UBS, le Credit Suisseou dans la Bourse russe que dansNovartis, Danoneou encore l'allemand RWE. Dans l'intervalle, l'indice SMI a grimpé de 23%.La suite? Bird pense que les investisseurs vont racheter les valeurs ayant pris du retard. «Nous pourrions assister à une forte rotation sectorielle qui profiterait aux titres défensifs.» Alors, Roche plutôt que UBS pour les mois à venir? Définitivement.

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