Bilan

Les ultra-riches investissent dans les mégapoles

La pierre est un investissement solide. Les ultra-riches qui ne veulent pas prendre de risques avec leur capital investissent de plus en plus dans les centre-villes des mégapoles. New York et Londres ont lancé le mouvement.
  • Dans les grandes métropoles mondiales, les biens immobiliers et fonciers sont de plus en plus recherchés par les milliardaires, qui réinvestissent dans la pierre suite à la crise financière. Crédits: Reuters
  • A Londres, les biens d'exception et les terrains stratégiques attisent les convoitises. Crédits: Reuters
  • Le quartier de Mayfair a longtemps été la chasse gardée de la famille Grosvenor, la lignée des ducs de Westminster, qui ont possédé pendant des années les plus vastes biens fonciers de Londres. Crédits: Reuters
  • Le Hongkongais Henry Cheng Kar-Shun et sa famille ont acquis en 2013 un vaste secteur au pied du Dôme du millénaire. Crédits: Reuters
  • L'ambitieux complexe One Nine Elms, à deux pas de la Tamise, a été acheté par le Chinois Wang Jianlin. Crédits: Freitext
  • Joseph Lau, un Hongkongais, a racheté en 2011 le siège londonien de Goldman Sachs pour 406 millions de francs. Crédits: Reuters
  • New York est également très touchée par cette vague d'investissements issus de très riches. Crédits: Reuters
  • Richard LeFrak a investi dans un complexe de logements haut de gamme dans le Queens: 5000 logements. Crédits: Freitext
  • Donald Trump a récemment relancé d'importants investissements dans Big Apple. Crédits: Reuters
  • Après New York, d'autres villes sont impactées: le vieil office des postes de Washington va bénéficier de millions de dollars d'investissement de Donald Trump pour la réfection du bâtiment. Crédits: Reuters

Bitcoin, actions des valeurs technologiques, bons du Trésor? Où les très riches investissent-ils leur capital? L'envolée des cours de la bourse pourrait masquer une tendance de plus en plus forte depuis quelques mois: le retour à la pierre.

Initiée à la fin des années 2000, ce retour à l'une des valeurs les plus traditionnelles a débuté dans les très grandes métropoles. Londres et New York constituent deux exemples parmi les plus flagrants: en moins de cinq ans, des immeubles et des quartiers entiers sont passés entre les mains de personnalités dont la fortune est extrêmement élevée.

Les milliardaires ont 2,6% de leurs actifs dans l'immobilier

Les chiffres de l'enquête Ultra high net worth (UHNW) menée par le cabinet Wealth- X et publiée récemment prouvent cette tendance: à l'échelle planétaire, les milliardaires détiennent en 2013 2,6% de leurs actifs dans l'immobilier, contre 1,9% en 2007, avant le début de la crise immobilière.

Cette hausse de près de 37% de leur part, alors même que la crise est née dans le secteur immobilier, témoigne d'une stratégie prudente qui voit les ultra riches miser sur des valeurs sûres.

En valeur, le montant total des avoirs immobiliers des milliardaires du monde est estimé à 169 milliards de dollars (78 millions de dollars par milliardaire en moyenne). Les données Wealth-X précisent que chaque milliardaire possède en moyenne quatre résidences, pour une valeur de près de 20 millions.

Bureaux, commerces, hôtels, bâtiments prestigieux

Mais ces investissements vont bien au-delà des acquisitions destinées à se loger personnellement. Les fluctuations boursières, la volatilité des actions et les attaques contre les devises poussent les milliardaires à acquérir des biens divers: immobilier de bureau, locaux commerciaux, salles de spectacles, bâtiments prestigieux, hôtels et palaces, résidences locatives haut-de-gamme,...

Cette tendance n'est pas nouvelle. A Londres, des dynasties règnent sur l'immobilier et le foncier depuis des siècles. La famille Grosvenor, anoblie au XVIIIe siècle et dont l'un des membres a été fait duc de Westminster par la reine Victoria en 1874, a régné pendant des décennies sur la capitale britannique. A travers la holding Grosvenor Estates, les actifs immobiliers de la famille s'élèvent à 10,7 milliards de dollars.

Mais en 2013, pour la première fois, ce n'est plus cette famille qui est à la tête du plus vaste bien immobilier de Londres: c'est désormais un Chinois, Wang Jianlin, à la tête du Dalian Wanda Group, qui a repris ce titre honorifique. Il a acheté récemment le One Nine Elms, dans le quartier de Wandsworth.

Mais Wang Jianlin n'est pas le seul à avoir investi massivement dans l'immobilier londonien récemment. Le Hongkongais Henry Cheng Kar-Shun, patron de New World Development, et sa famille ont acquis récemment un vaste secteur au pied du Dôme du millénaire. Un de ses compatriotes, Joseph Lau, a racheté en 2011 le siège londonien de Goldman Sachs pour 406 millions de francs.

Londres, New York et les autres cités

De l'autre côté de l'Atlantique, New York vit la même histoire. Des empires immobiliers y ont été bâtis depuis des décennies qui sont aujourd'hui concurrencés par de nouveaux arrivés: des milliardaires soucieux de protéger leur fortune en investissant dans des valeurs sûres.

Ainsi, Richard LeFrak, qui serait à la tête d'une fortune de 4,9 milliards de dollars, a fait construite LeFrak City, un complexe de logements comportant pas moins de 5000 appartements dans le quartier du Queens. Les milliardaires Sheldon Solow, Donald Trump et Steven Roth ont aussi ouvert leur portefeuille ces derniers mois pour acquérir des biens immobiliers dans Big Apple.

Si New York appartenait principalement à ses habitants (et à ses grandes fortunes notamment) jusqu'à récemment, de nouveaux investisseurs apparaissent. Joseph Aquino de Douglas Elliman à New York constate ce changement: «Nous voyons toujours les investisseurs locaux, mais ce qui est dans les tuyaux, c'est l'investissement chinois. Ce n'est qu'une question de temps avant de voir les fruits de leur action».

Londres, New York... et les autres? Joseph Aquino voit désormais une tendance en cascade du phénomène: «Les acquisitions par les ultra-riches ont commencé à ralentir à New York. Mais ce qui a commencé au sommet du marché, dans les mégapoles, a désormais tendance à se diffuser vers les autres grandes cités à travers le monde».

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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