Bilan

L’impact investing a gagné en maturité

L’investissement d’impact démontre de plus en plus que les investisseurs peuvent obtenir des résultats sociaux et environnementaux positifs tout en générant des rendements solides.

  • «Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire en parlant d’investissement d’impact.»

    Crédits: Matt Percival

Associé autrefois à un compartiment du marché relevant plutôt du domaine de la philanthropie, de l’associatif ou des institutions de financement du développement, «l’impact investing» a parcouru un long chemin au cours de la dernière décennie. En effet, ce secteur, qui vise à créer un impact social et/ou environnemental mesurable et bénéfique parallèlement à un rendement financier, a récemment été estimé par le Global Impact Investing Network (GIIN) à un peu plus de 500 milliards d’euros à l’échelle mondiale.

Compte tenu de l’ampleur du marché aujourd’hui, il n’est pas surprenant que les fonds d’impact aient attiré l’attention de nombre de leaders mondiaux de l’investissement dans le capital-investissement (private equity). Par exemple, le grand fonds de retraite néerlandais PGGM, qui dispose d’actifs gérés s’élevant à 217 milliards d’euros, a récemment annoncé qu’il cherchait à investir avec une exposition à des fonds de placement privé.

Dans le même temps, un certain nombre de grands gestionnaires de fonds de private equity traditionnels ont lancé, au cours des dernières années, des fonds d’impact. KKR a ainsi initié une levée de fonds d’un milliard de dollars pour un nouveau fonds d’impact en 2018. Bain Capital a levé 390 millions de dollars pour son Double Impact Fund en 2017 et envisagerait de lever un deuxième fonds. Alors que TPG est en train de lever son deuxième fonds d’impact, The Rise Fund II, qui vise à atteindre les 3 milliards de dollars – bien plus que son premier fonds Rise qui avait levé 2 milliards de dollars. Enfin, Blackstone a annoncé en mai de cette année qu’il lançait une nouvelle plateforme d’investissement d’impact.

L’implication de ces méga-acteurs ne reflète pas uniquement l’appétit des investisseurs institutionnels pour les investissements destinés à contribuer à la résolution de certains des problèmes sociaux et environnementaux les plus urgents dans le monde. Elle témoigne également de leur conviction qu’il est possible d’y parvenir tout en générant également des rendements aux taux du marché.

Chiffres à l’appui

Le bien-fondé de cette approche a été démontré. Selon une enquête réalisée par le GIIN, si une minorité d’investisseurs recherche des rendements inférieurs aux taux du marché, 80% des investisseurs de fonds d’impact private equity ambitionnent de réaliser des rendements ajustés en fonction du risque et aux taux du marché.

La même enquête a révélé qu’en 2018, les investisseurs ont signalé un rendement brut moyen effectif de 17% sur les capitaux propres depuis le début. De plus, les investisseurs sont clairement satisfaits des résultats de leurs portefeuilles d’impact, puisque 97% d’entre eux ont affirmé que la performance de l’impact investing avait répondu à leurs attentes ou les avaient même dépassées (voir graphique). 91% ont exprimé la même satisfaction en ce qui concerne la performance financière.

Ces résultats peuvent s’avérer surprenants pour ceux qui considèrent que l’impact investing implique un arbitrage entre résultats sociaux et environnementaux positifs, d’une part, et rendements financiers d’autre part. Pourtant, les chiffres démentent cette hypothèse.

Créer des externalités positives

C’est un aveu en bonne et due forme du secteur, qui reconnaît par là que sa croissance et sa capacité à fournir des capitaux pour répondre aux défis de la pauvreté, de la faim et des inégalités, dépendent de sa propre offre d’investissements. Celle-ci doit permettre aux investisseurs de s’acquitter de leurs obligations tout en atteignant leurs objectifs d’investissement responsable.

Contrairement à l’investissement responsable (RI) et à l’investissement selon les principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), lesquels ont tendance à se concentrer sur le fait de ne pas porter préjudice – et ce par le biais d’une identification des risques sociaux ou environnementaux pouvant nuire à la performance financière –, l’impact investing est défini par le besoin de créer des externalités positives en parallèle aux rendements financiers. Par exemple, fournir des capitaux pour développer l’énergie propre ou pour améliorer l’accès aux soins ou à l’éducation pour les populations les plus démunies.

Sur les marchés émergents

La majorité des capitaux levés par les fonds d’impact ciblent les marchés développés, l’Amérique du Nord en tête. On pourrait s’en étonner. Les fonds visant les marchés émergents, tels que ceux d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie, sont en effet susceptibles d’avoir le plus grand impact parce que les besoins sont plus importants dans ces régions. Car pour avoir un impact efficace, l’investissement doit être centré sur l’art du possible, et les capitaux se focaliser sur des problèmes solvables, tels que l’amélioration de la sécurité alimentaire ou l’inclusion financière en Afrique subsaharienne.

Phatisa, par exemple, a réalisé plus de 250 transactions en Afrique, et son équipe portefeuille de 10 personnes compte au total plus de cent ans d’expérience cumulée en Afrique. Ce gestionnaire de fonds investit dans des entreprises locales dans le domaine alimentaire, ayant potentiellement la capacité de réduire la facture des importations alimentaires de l’Afrique qui s’élève à quelque 50 à 70 milliards de dollars par an, ce qui renforcerait la sécurité alimentaire sur ses marchés.

Comme tout placement, l’impact investing requiert une approche méthodologique. (Crédits: Peter Dazeley / Getty)

Des portefeuilles diversifiés

Au fur et à mesure que le secteur de l’impact investing s’est développé, le choix des investissements s’est aussi considérablement diversifié dans les marchés développés et émergents. Notre analyse montre qu’il existe plus de 400 gestionnaires de fonds d’impact private equity et, sur les 166 fonds de ce type qui sont en phase de levée de capitaux, 67 offrent une stratégie diversifiée. Les autres sont répartis sur des secteurs divers, notamment l’infrastructure, l’alimentation et l’agriculture, les technologies propres, les services financiers, la santé et l’éducation.

Même les fonds spécialisés créent des portefeuilles diversifiés. Apis Partners, par exemple, cible les entreprises de services financiers en Afrique et en Asie (à l’exclusion de la Chine) et a mis des financements à la disposition d’entreprises diverses, dont un fournisseur d’énergie solaire hors réseau offrant l’électricité à des communautés mal desservies, un service de traitement des paiements en ligne permettant le règlement par carte, sur mobile et autres formes de paiements, en Afrique de l’Est et australe, ainsi qu’une entreprise indienne d’assurance maladie. Pour sa part, Goodwell Investments se concentre sur l’inclusion financière, les fintechs et la croissance inclusive.

Cette grande diversité est caractéristique d’un marché en croissance et est bénéfique pour les investisseurs: un portefeuille bien diversifié offre potentiellement les meilleurs rendements en fonction du risque.

De taille encore modeste

Comme pour tout investissement, les risques existent. L’effondrement récent d’Abraaj Capital, sur fond d’allégations de fraude et de mauvaise gestion, a naturellement conduit les investisseurs à se méfier des fonds de private equity opérant dans les marchés émergents. Pour réussir, l’impact investing requiert donc une approche méthodologique, tout comme d’autres types d’investissements. La sélection de gestionnaires de fonds dans ce domaine exige une analyse rigoureuse des track records, des rendements futurs potentiels et la capacité d’un suivi attentif des activités du fonds.

Cette approche est d’autant plus réaliste que ce compartiment ressemble aujourd’hui au marché du private equity au sens large d’il y a une trentaine d’années. Il y a de plus en plus de gestionnaires de taille plus modeste qui se trouvent dans les premiers stades de développement de leur entreprise. Il s’agit là d’un point positif: les investisseurs ayant l’expérience des fonds de private equity traditionnels ont un rôle à jouer pour soutenir et accompagner les étoiles montantes. En effet, la taille moyenne des fonds d’impact demeure relativement modeste, à 250 millions de dollars, selon notre analyse des
levées de fonds actuelles. Les fonds plus modestes sont confrontés à une moindre concurrence pour acquérir des actifs, alors qu’un fonds de private equity moyen (non impact) clôture aujourd’hui à un niveau deux fois plus élevé qu’il y a cinq ans, pour un montant de 1,3 milliard de dollars, selon les estimations du cabinet de conseil en levée de fonds Triago.

Il est évident que l’impact investing est là pour durer. La demande des investisseurs est une réalité, car ils sont de plus en plus confrontés à la pression d’une nouvelle génération d’acteurs qui souhaitent investir des capitaux à des fins aussi bien sociales que financières, et qu’ils sont en présence d’une offre de fonds croissante. Ces deux éléments assoient la durabilité et l’attractivité du modèle d’impact.

* Lyrique Private Equity. Cette société d’investissement est active dans le private equity depuis 1987.

Hans van

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