Bilan

L’influence des family offices grandit

On compte dans le monde quelque 7300 organismes chargés de gérer la fortune d’une famille. Avec des actifs en hausse, ils laissent une empreinte visible dans le secteur du private equity. Hans van Swaay*

Les family offices représentent un type d’investisseur de plus en plus important dans l’économie mondiale. Selon une étude réalisée par UBS/Campden Wealth Global Family Office Survey en 2019, plus de deux tiers de ces organismes chargés de gérer les biens d’une seule famille ou d’un groupement de familles («multi family offices») ont été établis après l’an 2000, et plus de la moitié d’entre eux gèrent les intérêts des première et deuxième générations de familles fortunées. De plus, 70% des family offices sondés affirment que la richesse totale des familles avait augmenté l’année dernière, ce qui témoigne de la puissance grandissante de ce type d’investisseurs. Campden Research estime ainsi que la totalité des actifs gérés pour les 7300 family offices partout dans le monde se porte à 5,9 billions de dollars.

Une large proportion de ce capital est destinée à des opportunités de private equity. Il représente plus d’un quart des allocations budgétaires pour les family offices non américains, et 15% de ces mêmes fonds pour les family offices américains, selon une étude réalisée par le Family Office Exchange (FOX) en 2019. La même étude montre également que le private equity a généré des rendements très solides pour ce groupe d’investisseurs. Tandis que les catégories traditionnelles d’actifs, comme les obligations et les actions de sociétés ouvertes, offraient des rendements faibles ou négatifs en 2018, les performances du private equity ont largement dépassé les autres, enregistrant 11,1% pour les fonds de placement et 16,8% pour les investissements réalisés directement dans les sociétés. FOX ajoute que «les familles qui ont consacré une partie nettement plus importante de leurs allocations au capital privé… sont celles qui ont connu les rendements les plus élevés».

Accords parfaits

Le private equity est particulièrement adapté aux family offices, étant donné que la plupart de ces investisseurs gèrent des fortunes issues d’entreprises familiales fortes de leur succès et qu’ils privilégient en général une vision à long terme de l’investissement. Ainsi, on ne sera pas surpris d’apprendre que l’étude UBS/Campden conclut que sur une base nette, 39% des family offices chercheraient à augmenter leurs allocations de fonds à des investissements privés directs pour 2020, et que 28% d’entre eux augmenteraient leurs allocations à des fonds de placement privés.

Il n’est pas rare que les family offices jouent également un rôle unique sur les marchés financiers: ils peuvent cibler des cas plus inhabituels et offrir bien plus que du simple capital, et ce avec une plus grande liberté, à l’inverse des investisseurs institutionnels. En misant sur des participations privées directes ou en coinvestissant aux côtés de fonds d’investissement, les family offices peuvent ajouter suffisamment de valeur aux sociétés portefeuilles, surtout s’ils visent des secteurs qu’ils connaissent et comprennent bien. Le signe de cette affinité entrepreneuriale entre family offices et jeunes entreprises en plein développement est que 70% des gestionnaires interrogés pour l’étude UBS/Campden axent leurs investissements dans des domaines de croissance («growth equity»), et 57% d’entre eux investissent dans des domaines de capital-risque.

Ces éléments entrent en ligne de compte quand ces investisseurs s’engagent auprès de fonds de placement privés, qui bénéficient souvent de l’expertise commerciale des family offices. Il n’est pas rare que les family offices qui soutiennent des jeunes fonds de placement privés les aident à établir leur société, en leur fournissant par exemple des espaces de bureau ou le capital dont ils ont besoin pour attirer d’autres investisseurs.

Des approches différentes

Les family offices sont loin de constituer un ensemble homogène, bien qu’ils partagent souvent des caractéristiques communes à chaque génération. Les family offices qui gèrent du patrimoine de première génération sont en général dirigés par une ou plusieurs personnes qui ont fait leurs preuves en matière
de gestion et de direction d’entreprise. Les secondes générations – bien qu’elles ne manquent ni de la concentration ni de la motivation ou de la discipline qui ont permis à leurs parents de créer des entreprises à succès – ont souvent une approche plus conservatrice et pourraient bénéficier grandement de conseils adéquats, en particulier dans le domaine du private equity.

Réussir en private equity nécessite des connaissances approfondies du secteur choisi, un très haut niveau de ressources et un important travail de terrain. Par exemple, les écarts de rendement sont très grands entre les fonds, selon leur performance. Les investisseurs qui ont pour ambition de miser sur les succès spectaculaires de demain ont tout intérêt à travailler avec des conseillers solidement implantés dans les secteurs cibles, d’autant plus que les fonds les plus performants choisissent des domaines moins évidents et moins bien balisés. Négocier les termes et conditions pour les fonds de capitaux privés est également une opération complexe qui nécessite de l’expertise et de l’expérience.

Travailler de concert

Les family offices sont souvent tenus par des investisseurs aguerris aux réseaux bien implantés; de plus en plus souvent, ces professionnels travaillent ensemble. Des organismes tels que Family Business Network, Global Partnership Family offices ou Club B permettent aux family offices de collaborer, de partager les meilleures pratiques et d’échanger sur les thématiques importantes du secteur. On voit de plus en plus de groupes de family offices regrouper leurs capitaux pour réaliser des investissements, parfois en concurrence avec les sociétés de private equity elles-mêmes, parfois pour cibler des domaines ou des secteurs spécifiques, notamment la technologie.

On voit également des family offices plus modestes, qui ne possèdent peut-être pas tout à fait les ressources ou l’expérience nécessaires dans le domaine du private equity, joindre leurs forces avec d’autres afin de maximiser les capacités et le travail d’appréciation des risques. L’espace consacré à l’investissement des family offices se développe ainsi rapidement en termes de compétences, de connaissances et de capacités dans le domaine du private equity, à mesure que les investisseurs travaillent ensemble et bâtissent des opportunités à partir de leurs affinités électives.

En quête d’impact

Un domaine en particulier a de plus en plus la faveur des family offices: l’impact investing, qui constitue, avec le private equity, un mode particulièrement prisé pour qui cherche à la fois à obtenir un bon rendement financier et à produire un impact social et/ou environnemental positif. Un quart des family offices investissent dans des stratégies d’impact; les investissements de ce type se portent en moyenne à 10% aujourd’hui mais devraient constituer environ 25% des investissements d’ici à cinq ans, selon
les estimations de l’étude UBS/Campden. Si cet intérêt croissant fait écho à une transition chez beaucoup d’autres types d’investisseurs vers davantage d’impact investing, les family offices ont un rôle particulièrement important à jouer, surtout quand ils travaillent de concert. Leur culture d’origine est celle des affaires et de la transmission de la fortune à la jeune génération. Or, celle-ci se préoccupe ardemment de l’état du monde dont elle va hériter, comme l’ont démontré les récentes manifestations pour le climat. Les family offices constituent à ce titre des investisseurs engagés et présents qui peuvent ajouter une valeur non négligeable tant sur le plan financier que sur l’impact.

Ils constituent donc, à n’en pas douter, un groupe d’investisseurs de plus en plus influent et important dont l’expérience grandissante en matière financière peut leur permettre de devenir des partenaires de grande valeur pour les équipes de direction dans les affaires directes, et cela également pour les sociétés de private equity, en particulier quand de jeunes équipes sont aux commandes.

* Lyrique Private Equity est une société d’investissement active dans le private equity depuis 1987.

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