Bilan

Malgré un yoyo spéculatif, la chute de l'or ne durera pas

Après avoir atteint des montants records à l'automne 2012, le cours de l'or est en chute libre depuis plusieurs mois. Mais ces mouvements semblent surtout liés à des stratégies spéculatives de banques d'investissement.
Une chute jamais vue en trente ans: l'once d'or a perdu plus de 9% de sa valeur lundi à Wall Street, après avoir flirté, en cours de séance, avec une chute de 10,9%, sa chute la plus prononcée depuis 1983.

Pourtant, voici quelques mois encore, les cours du métal jaune battaient record sur record. A la hausse. Entre 1990 et 2011, la valeur de l'once d'or fin avait été multipliée par 4,5. Entre 2002 et 2012, le cours de l’once d’or a augmenté en moyenne de 12% par an, slon la London Bullion Market Association (LBMA, source internationale des cours de l’or).

La baisse actuelle constitue-t-elle donc une correction durable d'un marché haussier? «La situation est plus subtile», explique André Montandon, expert financier indépendant. «Le marché voit arriver l'or grec, espagnol, chypriote,... qui doit permettre à ces pays de s'extraire de la crise de la dette. Or, pour acheter moins cher, les banques d'investissement ont depuis plusieurs mois tout fait pour minorer le cours de l'or».

Le rôle des spéculateurs

Ainsi, depuis janvier, le métal jaune a perdu 4,6% de sa valeur. «Le marché a été entièrement dans les mains des spéculateurs», confirme Dominique Casaï, fondateur d'URAM SA, société de gestion de fonds spécialisée dans le domaine de l'or et des matières premières.

«En effet, l'évolution des cours a été dictée par les transactions sur l'or papier. Il est de plus en plus évident que les variations de cours sur de nombreux marchés de matières premières n'ont aucun lien avec des événements réels», ajoute-t-il. Indice révélateur de cette stratégie: les positions nettes détenues par les spéculateurs ont diminué de 6 millions d'onces durant le premier trimestre 2013.

Autre facteur déterminant: le jeu des banques centrales. La banque fédérale américaine devra livrer 300 tonnes d'or à l'Allemagne d'ici 2020. «Or, ils n'en ont actuellement pas le premier gramme», affirme André Montandon. «Voir le cours de l'or baisser, c'est donc un moyen de s'en tirer à bon compte».

La valeur-refuge par excellence

Avec la brutale baisse des derniers jours, «l’or, maîtresse des investisseurs, est soudainement perçue comme vulnérable et à l’avenir incertain. En plus de cette dévalorisation continue du prix de l’or, le cours sitôt atteint de 1525 dollars/once s’est brisé pour entamer sa chute aux conséquences désastreuses», analyse Ole Hansen, Senior Manager auprès de Saxo Bank.

Pas question de s'affoler cependant: «Aussi longtemps que les gouvernements imprimeront autant de monnaie papier, sans corrélation avec les réserves de valeurs réelles, la tendance de long terme restera à la hausse. Je ne vois aucun plafond pour le cours du métal précieux car l'or reste la valeur-refuge par excellence», affirme André Montandon.

Une opportunité pour investir

En dehors du métal jaune, seule la pierre peut jouer ce rôle. Mais «si on peut transporter une fortune en or, il semble plus difficile de voyager avec ses immeubles ou ses terrains», sourit l'expert. Lequel conseille de «profiter de cette baisse passagère pour investir dans l'or, sous forme réelle».

La question semble d'autant plus cruciale en Suisse, championne du monde des réserves d'or par habitant. Avec 136,3g/habitant, la Confédération devance de très loin les autres pays du monde. L'or de la banque centrale, longtemps garantie de la couverture or du franc, a partiellement été vendu depuis 1992. Il reste officiellement 1040 tonnes de réserve, partiellement entreposées à l'étranger.

Rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, Myret Zaki croit fermement dans la valeur du placement or et l'affirme dans cette vidéo du mois de mars.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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