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Marchés émergents: misez sur l’impact

L’impact investing connaît un essor considérable. Grâce à une marge de progression plus importante, les pays émergents semblent offrir des opportunités plus vastes que les pays développés. Par Mathieu Nègre et Yvan Delaplace*

Le groupe indien Cipla entend fournir des médicaments abordables dans les pays pauvres.

Crédits: Rafiq Maqbool/Keystone

L’impact investing, qui vise à générer un impact social et/ou environnemental, en plus de la performance financière, a nettement gagné en crédibilité et en popularité depuis sa formalisation officielle en 2007. Selon le Global Impact Investing Network (GIIN), ce marché, qui avait déjà doublé en 2018, a atteint 715 milliards de dollars dans le monde en 2019. Si l’impact investing concerne de nombreuses classes d’actifs et régions, les pays émergents semblent aujourd’hui offrir des opportunités plus vastes encore que les marchés développés.

En effet, l’essor remarquable de cette stratégie tient notamment aux 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies adoptés en 2015: les ODD fixent un agenda pour résoudre, d’ici à 2030, les grandes problématiques environnementales (préservation de la planète, changement climatique) et sociales (éducation, santé, pauvreté).

Par rapport aux pays développés, les pays émergents ont plus de chemin à parcourir pour atteindre la plupart de ces objectifs (notamment sociaux). La majorité possède des institutions ainsi qu’un cadre réglementaire moins solides, et une grande partie de leur population n’a pas d’accès à des services de base tels que l’eau potable. Ces marchés ont donc une marge de progression nettement plus importante, ce qui les rend d’autant plus attrayants pour les investisseurs.

Concernant les objectifs environnementaux, les pays émergents tendent à faire mieux que les pays développés si l’on considère le taux d’émission par habitant. Mais leur croissance beaucoup plus rapide pose des défis qui exigent une utilisation plus efficace des ressources et un recours accru aux énergies renouvelables.

Les entreprises qui contribuent à relever les principaux enjeux des marchés émergents pourraient bénéficier d’une croissance plus dynamique, de conditions réglementaires plus favorables et d’une meilleure profitabilité. A titre d’exemple, vu les besoins considérables en énergie propre, les producteurs d’énergie renouvelable devraient être encouragés, via des incitations réglementaires, à opérer les investissements nécessaires.

Des défis à relever mais une profitabilité à long terme

L’impact investing sur les marchés émergents pose bien sûr certains défis. L’un d’eux concerne les rapports sur la durabilité et la communication d’informations, qui sont particulièrement lacunaires dans certains pays. Il est donc plus difficile d’y évaluer l’impact d’un investissement. En outre, la demande de solutions durables y est souvent timide, ces régions n’étant pas encore pleinement sensibilisées aux questions environnementales.

Les marchés émergents offrent toutefois un terrain attractif. Bien que le développement durable soit moins prioritaire, de nombreuses entreprises sont ouvertes à un dialogue constructif avec les investisseurs. Ceux d’entre eux actifs sur le private equity et le capital-risque le savent depuis longtemps: quelque 50% de leurs fonds à impact sont investis sur ces marchés.

Les pays émergents, notamment le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Thaïlande, comptent déjà nombre d’acteurs de premier plan, à l’image du groupe pharmaceutique indien Cipla. Il a joué un rôle phare dans le développement de thérapies antirétrovirales, en particulier en Afrique, et entend fournir des médicaments abordables pour les pays pauvres, tout en gagnant des parts de marché dans les pays à revenu élevé.

Selon le GIIN, l’atteinte des ODD d’ici à 2030 coûtera environ 2500 milliards de dollars par an sur les marchés émergents. Identifier et soutenir les bénéficiaires de ces investissements peut paraître difficile, mais ce sont les entreprises d’impact qui sont les mieux placées pour profiter des réformes réglementaires et générer une croissance rapide ainsi qu’une profitabilité supérieure à long terme.

* Respectivement responsable des actions émergentes mondiales et spécialiste de l’investissement à l’Union Bancaire Privée (UBP)

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