Bilan

Marchés émergents, le grand retour?

Les bourses des pays des BRICS, qui avaient déçu en matière de performance depuis 2011, semblent attirer de nouveau les investisseurs. Depuis trois mois, les capitaux reviennent sur ces marchés.
  • Avions de la compagnie brésilienne Embraer. Le Brésil pèse fortement dans l’indice MSCI Emerging Market.

    Crédits: Dr
  • Katia Coudray, responsable de la recherche des fonds à la Banque Syz.

    Crédits: Miguel Bueno

Si les marchés émergents stagnent depuis trois ans, cette fin d’année 2014 pourrait bien sonner – enfin – comme un retour en grâce. En effet, il semblerait que la tendance s’inverse depuis ces douze dernières semaines: «Si l’on a pu constater une sous-pondération dans les portefeuilles des actifs des pays émergents, on constate à nouveau depuis trois mois un afflux de capitaux vers ces pays», affirme Katia Coudray, responsable de la recherche des fonds à la Banque Syz.

Le désamour des investisseurs pour les marchés émergents commence à prendre fin. Dans un récent rapport, le Fonds monétaire international (FMI) conclut que le profil des investisseurs présents sur les marchés boursiers et obligataires des pays émergents a considérablement évolué au cours des dernières années, avec pour conséquence une sensibilité accrue des flux de capitaux dans ces pays.

Selon une étude réalisée par Credit Suisse intitulée «Emerging Capital Markets: the Road to 2030», la plupart des marchés financiers émergents restent sous-développés par rapport à la taille de leur économie, malgré une forte croissance des levées de fonds au cours des deux dernières décennies.

Ils ne représentent que 21,6% de la capitalisation boursière mondiale, 14,4% du marché des obligations d’entreprise et 13,9% du marché des obligations souveraines. Ecart qui devrait se réduire au cours des quinze prochaines années, pour atteindre respectivement 39,1, 36,4 et 27,3% d’ici à 2030.

Que privilégier?

Chez State Street Global Advisors (SSgA), on croit que la croissance américaine va bénéficier aux marchés émergents. Le stratégiste George Hoguet reste pourtant prudent: «Les émergents vont continuer à représenter 35% de l’économie mondiale. Leur P/E est en moyenne de 11 à 12 contre 16 pour les marchés européens, ce qui les rend donc abordables sans toutefois être bon marché.»

Pour lui, une bonne diversification à travers des ETF investis dans les grandes capitalisations, principalement en Asie et à Hongkong, est le meilleur moyen d’être présent sur les marchés émergents. Il recommande de privilégier le secteur bancaire, les technos et les entreprises exportatrices. Pour les investisseurs un peu plus aguerris, les petites et moyennes capitalisations actives au niveau national dans le domaine de la santé ont un fort potentiel grâce à la consommation locale en pleine croissance.

Adrien Pichoud, économiste chez Syz Asset Management, se veut plus réservé sur les bancaires: «Dans la perspective d’un début de remontée des taux de la Réserve fédérale américaine, le secteur financier pourrait être mis sous pression à l’heure de gérer la sortie d’une longue période de financement à très bon marché en dollars.»

Mais attention toutefois. La croissance des grosses capitalisations boursières émergentes a davantage tendance à approcher celle des compagnies actives sur les marchés développés et donc à ne plus offrir l’attrait attendu par les investisseurs.

Côté pays, Katia Coudray, de la Banque Syz, constate qu’il existe une hyperconcentration: «Ainsi, dans certains indices, notamment le MSCI Emerging Market Index qui est très largement utilisé comme benchmark, près de 60% de l’allocation est concentrée sur 4 pays seulement, à savoir la Chine, Taïwan, la Corée et le Brésil.» Cette hyperconcentration conduit, selon elle, à une faible représentation de la thématique émergente.

L’objectif visé par un investisseur désireux de placer son argent dans les pays émergents consiste à s’exposer à des pays dont le développement économique s’accélère, dont la population est en croissance et la classe moyenne en création ou en développement.

«Cette dynamique n’est pas en place sur Taïwan et la Corée, deux poids lourds des indices, qui font face aux mêmes défis que les économies matures avec une croissance anémique, relève Katia Coudray. De plus, cette concentration implique une faible diversification du risque géopolitique, particulièrement présent au sein de cet univers d’investissement.»

Pour remédier à cela, l’allocation pays au sein du fonds OYSTER Emerging Opportunities, lancé il y a deux ans par la Banque Syz, n’est pas basée sur une allocation pondérée selon les capitalisations boursières, comme c’est le cas dans les fonds qui répliquent l’indice MSCI Emerging, mais sur une pondération égalitaire des 23 pays émergents affinée par un facteur de liquidité.

Ainsi, des pays comme les Emirats arabes unis, la Pologne, la Grèce ou la Turquie sont surpondérés dans le SYZ EM Index (indice de référence du nouveau fonds) par rapport au MSCI EM Index, et la Chine, la Corée et Taïwan largement sous-pondérés. 

Fort potentiel dans les actions

Selon Adrien Pichoud, les actions présentent aujourd’hui les perspectives de rendement les plus attractives, notamment grâce à leur niveau de valorisation. Concernant les obligations, si la demande structurelle pour les titres à revenus fixes et l’absence de tensions inflationnistes restent pour l’instant des soutiens importants à cette classe d’actifs, «la perspective d’une remontée des taux américains risque de créer des remous sur la dette émergente libellée en dollars et, dans une certaine mesure, sur la dette en monnaie locale». 

Enfin, l’économiste ne voit pas d’importantes appréciations à court terme pour les devises émergentes, dans un environnement où le dollar devrait être porté par le début de normalisation des taux américains.  

Nathalie Praz

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