Bilan

Menaces de déflation dans la zone euro

Le risque de déflation, qui pèse comme une épée de Damoclès, pourrait s’avérer redoutable pour les pays les plus endettés d’Europe.
Crédits: Reuters

Parmi les statistiques économiques qui vont sortir cette quinzaine, une en particulier retient l’attention: l’indice des prix à la consommation (CPI, une mesure de l’inflation) pour le mois d’avril dans la zone euro. Le même jour sortira également l’indice CPI pour les Etats-Unis.

La différence sera sans doute flagrante: «Alors que la Réserve fédérale, par sa politique agressive d’impression d’argent (quantitative easing), a réussi à produire un niveau d’inflation bas mais suffisant pour réduire petit à petit le poids de la dette (1,7% par rapport à 2013), la Banque centrale européenne n’a, elle, pas utilisé les outils à disposition pour accomplir cette tâche, affirme Julien Devaux, conseiller en investissements à la Banque Julius Baer. En conséquence, le taux d’inflation dans la zone euro stagne à 1%.»

D’autres indicateurs corroborent cette faible inflation et certains utilisent déjà un des mots les plus craints par les économistes: déflation, autrement dit baisse des prix. «Si, de prime abord, des prix en baisse semblent une bonne chose, cela n’est jamais le cas lorsqu’une zone économique est fortement endettée, comme la zone euro, analyse le spécialiste. En effet, si en cas d’inflation le poids de la dette se réduit mécaniquement, une période de déflation produit exactement l’inverse: le poids de la dette ne fait qu’augmenter.»

Selon la Banque Julius Baer, il deviendrait donc impossible aux pays les plus endettés de réduire le poids de leur dette par rapport à la taille de leur économie (le fameux ratio dette/PIB). Cette tâche était déjà très difficile sans déflation, puisque le PIB de ces pays stagne, voire baisse.

Les intervenants du marché semblent déjà escompter la déflation: aujourd’hui, des pays comme l’Italie ou l’Espagne peuvent emprunter, pour une durée de dix ans, à un taux intérêt d’à peine plus de 3% (contre plus de 7% au pic de la crise en 2011). Ces taux représentent des records historiques, car jamais dans leur histoire ces pays n’avaient emprunté à ces niveaux. Ce qui peut donc sembler être une bonne nouvelle de prime abord pourrait n’être, au final, qu’un cadeau empoisonné annonçant l’arrivée de la déflation dans la zone euro.

L’espoir des investisseurs est que la Banque centrale européenne intervienne en baissant encore les taux (l’impact serait faible), voire imprime de l’argent à l’image de sa consœur américaine.

«Cela pourrait arriver après les élections européennes (politique oblige), mais ce pourrait être trop peu et/ou trop tard, remarque Julien Devaux. La responsabilité repose uniquement sur la politique monétaire de la BCE, car la volonté unanime des dirigeants de réduire les déficits à tout prix empêche toute relance par la politique budgétaire. Il a en effet suffi d’un voyage à Berlin pour que le chef du nouveau gouvernement français Manuel Valls douche tout espoir de réduire le tempo des économies budgétaires.» 

Nathalie Praz

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