Bilan

Merrill Lynch Bank (Suisse): une banque américaine sans clients américains

Gestion de fortune

Pas un client américain dans toute la banque. Pourtant, Merrill Lynch Bank (Suisse) se présente toujours comme le fleuron du géant bancaire Bank of America dans le domaine de la gestion de fortune à la manière helvétique. «Nous n’avons jamais eu de clients américains», assure Peter Schmid, un ancien de l’UBS qui a succédé en novembre dernier à Serge Robin à la tête de l’établissement basé à Genève depuis 1952. Simple question de stratégie: la banque vise les personnes fortunées résidant en Suisse, dans le reste de l’Europe, au Moyen-Orient et en Amérique latine, et dans une moindre mesure en Asie. Le durcissement de Washington à l’endroit de banques basées en Suisse ayant favorisé la fraude fiscale n’a aucun rapport dans l’élaboration de cette stratégie, selon le directeur.

A l’unisson de l’industrie, la filiale suisse de la banque américaine s’adapte à un environnement plus dur, plus réglementé et plus transparent, «un monde de plus en plus global et complexe, qui nous force à toujours plus de flexibilité», précise Peter Schmid. De plus, la crise a laissé des traces profondes dans la marche des affaires de l’établissement. De 2007 à 2010, le bénéfice net a plongé de 36,6 millions de francs à pratiquement zéro. C’est la conséquence de la chute de presque moitié de la masse sous gestion: atteignant 24,4 milliards de francs à la fin 2007, elle a atteint un point bas à 12,4 milliards à la fin 2010, en raison de sorties nettes de fonds. Le renforcement du franc face au dollar, monnaie de référence de la banque, a également pesé sur le résultat, une difficulté partagée par d’autres banques internationales sur la même période, comme HSBC Private Bank (Suisse). Le patron assure néanmoins que la situation se redresse et que les fonds affluent à nouveau. Néanmoins, la concurrence se durcit. JP Morgan, autre banque américaine solidement implantée au bout du lac, a annoncé en janvier dernier un renforcement marqué de ses effectifs dans la gestion de fortune.

Les fonds non déclarés ne représentent plus une part importante des avoirs sous gestion de Merrill Lynch Bank (Suisse), assure Peter Schmid. «Les résidents suisses ont déclaré leurs avoirs, de même que ceux provenant du Moyen-Orient. En ce qui concerne les autres régions, la situation est plus difficile à évaluer», précise-t-il. Le tableau change en ce qui concerne l’Amérique latine, dont les principaux pays, à commencer par le Brésil, n’ont pas de convention de double imposition avec la Suisse.

La part des fonds non déclarés est «probablement» supérieure à 50%, concède Peter Schmid. Qui précise que «nos règles de conformité sont très strictes». La banque n’a du reste pas été concernée par les blocages de fonds décrétés par le Conseil fédéral contre trois dictateurs arabes et leurs proches. Et si Brasilia parvient à ses fins, à savoir conclure une CDI avec Berne prévoyant l’échange d’informations fiscales à la demande, sur le modèle de celles qui ont été conclues depuis deux ans avec nombre d’autres pays? Pour le patron, l’afflux de fonds ne se tarira pas, grâce aux attraits traditionnels de la place helvétique, sa sécurité et sa capacité à orienter les investissements dans le monde entier. [YG]

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