Bilan

Mon portefeuille est-il bien géré?

La performance n’est pas la seule donnée à prendre en compte pour savoir si vos investissements correspondent à vos attentes. Décryptage.
  • Un particulier ne maîtrise pas forcément les chiffres comme un analyste ou gestionnaire de fortune. Crédits: Francisco Seco/Keystone
  • Olivier Collombin a créé VirtualFinFair, un salon virtuel qui vient de réunir 1000 participants. Crédits: Dr
  • Le ratio de Sharpe évalue la qualité de la gestion d’un portefeuille. Crédits: Dr
  • Le site de comparaison Performance Corner est destiné aux professionnels et au grand public. Crédits: Dr

La discussion se passe à la table d’un bon restaurant, mais elle pourrait tout aussi bien avoir lieu sur la pelouse verdoyante d’un golf ou dans un avion entre Genève et Londres. Trois amis discutent de leurs «économies»: le premier assure que son portefeuille, composé d’investissements tels que des actions, des fonds de placement et des obligations, lui a fait gagner beaucoup d’argent.

Ce dernier a bondi de plus de 35%. Le second répond que le décompte qu’il vient de recevoir de sa banque affiche une performance de 30%. Quant au troisième, ses choix d’investissements lui ont rapporté «seulement» 20%. Au vu de ces chiffres, on pourrait penser que celui dont le portefeuille a le plus progressé possède le meilleur gestionnaire de fortune ou que lui-même a mieux géré son argent. Pourtant ce n’est pas – forcément – le cas.

Explications: si, pour obtenir un rendement de 35%, il a misé sur des produits très volatils, comme, par exemple, certains dérivés, il aurait aussi pu perdre beaucoup d’argent. Par contre, ses amis ont certes moins bien gagné, cependant ils l’ont peut-être fait en ne choisissant que des placements dits peu risqués. 

En conclusion, pour déterminer qui des trois a le mieux géré ses avoirs, il faudrait impérativement analyser si cette différence de performance justifie la prise de risque encourue. Ce qui est quasi impossible pour celui qui pratique l’investissement en amateur, par opposition au professionnel de la finance.

Et c’est là qu’intervient la notion de «la performance ajustée du risque». Une des mesures les plus utilisées pour évaluer la performance d’un portefeuille ou d’un placement unique est le ratio de Sharpe – du nom de l’économiste américain William Forsyth Sharpe, né en 1934 et lauréat du Prix Nobel d’économie.

Ce calcul permet en effet de mesurer la rentabilité d’un portefeuille au regard du risque pris par la personne qui a décidé du choix des véhicules d’investissements (actions, obligations, fonds de placement, produits structurés, etc.). En d’autres termes, ce ratio permet à l’investisseur de mieux gérer la volatilité de son portefeuille, donc son risque, et ainsi d’accroître la rentabilité sur le long terme. Il pourra ainsi savoir quel est l’excédent de rendement obtenu pour chaque palier de risque.

Attention toutefois: le ratio de Sharpe peut être biaisé, et cela même si peu d’établissements bancaires ou de gestionnaires de fonds le reconnaissent. En effet, il est admis d’utiliser le taux actuel comme taux de rendement d’un placement sans risque (proche de zéro actuellement en francs).

«Cela aura pour conséquence une qualité de résultat supérieure et non conforme à la réalité du marché, explique Nicholas Hochstadter, fondateur d’IBO et de la plate-forme «Performance Corner». C’est pourquoi, dans nos analyses, nous utilisons le rendement effectif cumulé du Libor 3 mois sur la période concernée et pas uniquement le taux observé à la date du calcul.»

Comparer, c’est toujours utile

Dans la théorie, ce ratio a l’air plutôt simple à utiliser et à interpréter. C’est d’ailleurs pour cela que cette formule s’est très vite répandue dans les milieux professionnels. Mais ne s’improvise pas analyste ou gestionnaire de fortune qui veut. L’investisseur lambda, qui gère son épargne tout seul parce qu’il n’a pas forcément accès aux services d’un gérant de fortune, se découragera très vite pour peu qu’il n’ait pas la fibre matheuse.

La solution à cette difficulté vient de voir le jour. Il s’agit du premier site suisse de comparaison de performances dédié au grand public mais aussi, bien évidemment, à tous les intervenants actifs dans le monde de la finance.

Sous le nom de Performance Corner, il permet de comparer sur des bases identiques et ajustées du risque la performance de son portefeuille ou d’un fonds distribué sur le marché avec d’autres acteurs du secteur. Un peu à l’instar du célèbre site Comparis et de ses comparaisons en tout genre.

«Les personnes auxquelles j’ai présenté mon projet s’étonnaient qu’un tel outil, s’il est couramment utilisé par les trusts étrangers, ne soit pas encore monnaie courante en Suisse, pays réputé pour ses banques et sa gestion de fortune», raconte son fondateur Nicholas Hochstadter.

A l’étranger, les trusts, justement, utilisent les indices de référence (Enhanced Index), qui leur servent, entre autres, à assurer leurs arrières en cas de plainte d’un client. Mais avant de pouvoir «offrir» – Performance Corner est en effet gratuit – ce service de comparaison, il a fallu à son fondateur et à ses collaborateurs collecter des quantités considérables d’informations et cela afin d’avoir une base de données suffisante. Ces dernières, à savoir la valeur nette quotidienne d’un fonds ou d’un portefeuille, ce sont les banques et les gérants indépendants qui en disposent.

Durant plus de neuf ans, Nicholas Hochstadter a démarché différents établissements et contacté un bon nombre de gestionnaires. «En effet, deux éléments clés et étroitement liés sont nécessaires pour arriver enfin à offrir ce service: une base de données de portefeuilles réels très nombreux et variés et l’automatisation du processus de transfert de données anonymes entre les banques dépositaires et le système d’IBO qui gère la plate-forme. L’un comme l’autre n’ont pu être obtenus qu’avec le temps», explique son fondateur.

Transférer des données et s’exposer à la comparaison de ses performances? Voilà peut-être pourquoi l’accueil de cette plate-forme a été mitigé, à ses débuts en tout cas. Mais pas seulement.

Certains ont qualifié cet outil de «gadget pour le grand public» ou de «non pertinent, le client privilégiant une relation de confiance avec son banquier plutôt qu’une performance», et d’autres encore préférent utiliser des modèles anglo-saxons «dont l’existence et le «track record», c’est-à-dire les antécédents, ont déjà été prouvés sur une longue période, contrairement à une nouvelle plate-forme».

Mais, finalement, les professionnels de la finance sont de plus en plus nombreux à admettre qu’à l’heure où le secret bancaire vit ses dernières heures, la performance deviendra un élément déterminant dans le choix d’une banque, d’un gérant ou d’un fonds.

«Grâce à ce système, nous pouvons mesurer le risque/rendement de nos fonds, confirme Marc Amyot, gestionnaire de fonds auprès de Trillium. Même si le risque et la performance ne sont que deux éléments, certes importants, pour décider dans quel fonds investir. D’autre part, nous sommes pour une standardisation dans la comparaison des performances, ce que peut aujourd’hui offrir IBO avec sa plate-forme, sans oublier que cette dernière est indépendante et ne dépend donc pas d’un établissement financier. C’est pourquoi nous prenons part en transmettant les données concernant deux de nos fonds Manavest – l’un en actions internationales et l’autre dit «balanced». Nous le faisons de manière anonyme. Il n’est cependant pas exclu lorsque le projet d’IBO prendra de l’ampleur, nous affichions notre nom.»

L’anonymat qui est offert à ceux qui fournissent les données à Performance Corner est probablement ce qui a encouragé les gérants et les banques à transmettre des informations.

«Il faut garder à l’esprit que si la transparence est certes un élément capital, elle ne peut être au détriment de la confidentialité, admet Nicholas Hochstadter. Nous avons réussi à franchir de nombreux obstacles en ne déviant jamais de ce constat. Chacun choisit son degré d’anonymat et le fait évoluer à son rythme.»

Du sur-mesure adapté à tous

Le tabou qui plane encore sur les performances effectivement réalisées et les mentalités des gestionnaires de fortune qui peinent à changer va cependant à l’encontre des attentes des clients. «A une époque pas si lointaine, les clients attendaient principalement des banquiers suisses de la discrétion, avoue un gestionnaire de la place. Aujourd’hui, la nouvelle génération est davantage portée sur la transparence et sur la performance; la dissimulation des avoirs étant un service de plus en plus difficile.»

Certains établissements l’ont très bien compris. Ainsi Mirabaud & Cie participe à cette démarche de transparence depuis le lancement du projet et fournit aujourd’hui de manière anonyme des données chiffrées (total du compte, entrées, sorties) pour plusieurs centaines de portefeuilles.

«C’est une bonne chose pour le client de lui mettre à disposition une base de comparaison, de surcroît journalière, se réjouit Etienne d’Arenberg, banquier privé auprès de Mirabaud & Cie. Nous vivons dans un monde concurrentiel. C’est positif pour le client mais aussi pour le banquier qui est amené à repenser son système de gestion en permanence.»

Chez ce banquier privé, n’importe quel client peut demander que l’on transmette ses données à l’un ou l’autre des prestataires externes afin d’évaluer ses avoirs et ainsi de savoir si ces derniers sont correctement gérés. «Pourquoi faudrait-il avoir peur de son métier?», conclut Etienne d’Arenberg. Au sein de l’Association suisse des gérants de fortune (ASG), son directeur Patrick Dorner dit «réfléchir à la manière dont elle pourrait éventuellement collaborer à ce projet dans l’avenir».

Voilà un discours que de nombreux clients, peu importe leur fortune, souhaiteraient probablement entendre davantage pour accroître la qualité de la gestion de leurs portefeuilles.

«Il ne tient qu’à eux de «mettre la pression» sur leur gérant indépendant, leur banquier ou leur family office afin que ces derniers transmettent les informations nécessaires de manière anonyme à la plate-forme Performance Corner», suggère Nicholas Hochstadter.

Si le site web lancé par IBO est précurseur en offrant ce service au grand public, la société Galeo, basée à Genève depuis dix ans, propose déjà à ses clients, entre autres services, d’analyser si leur patrimoine est bien géré selon les critères qu’ils avaient définis avec leur gérant.

«En consolidant tous les portefeuilles qu’une personne peut avoir auprès de différents établissements, nous pouvons la conseiller et l’accompagner dans la gestion de ses avoirs et, notamment, contrôler le risque pris par rapport au rendement obtenu», explique Claude Diserens, fondateur de Galeo.

Ces prestations sur mesure, dont les coûts annuels dégressifs oscillent entre 3500 et 4000  francs par portefeuille, sont cependant destinées à une clientèle haut de gamme dont la fortune est supérieure à 50 millions de francs.

La performance, mais pas seulement

Mais attention à ne pas résumer la bonne gestion d’un portefeuille à l’unique qualité de la performance. «Il faut certes pouvoir répondre aux demandes de comparaison de ses clients, mais aussi leur éviter l’écueil du manque de contexte. Changez-vous de Migros à Coop uniquement pour une raison de prix toutes les semaines?, questionne Etienne d’Arenberg. Ou bien aussi parce que l’assortiment, l’étalage du magasin, le personnel, le choix et la qualité proposés vous conviennent mieux?»

Du côté d’E-Merging, le réseau social destiné aux professionnels de la finance, on juge le comparateur de performance comme un outil indispensable: «Il offre la possibilité à tout le monde d’évaluer l’un des trois paramètres qui influencent la satisfaction du client. Mais il ne faut pas oublier pour autant les deux autres, à savoir la sécurité offerte par sa banque dépositaire et la qualité des relations avec ses interlocuteurs», rappelle Olivier Collombin, responsable des gérants indépendants chez Lombard Odier à l’origine du projet E-Merging créé en 2009.

Ce dernier insiste aussi sur le fait que tous les acteurs de la finance, qu’ils soient professionnels ou particuliers, devraient impérativement maîtriser les outils digitaux pour espérer survivre dans un environnement qui tend fortement à s’internationaliser.

C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il a lancé VirtualFinFair, un événement virtuel et planétaire dont la première édition s’est tenue la semaine dernière et qui a réuni environ 1000 participants, chacun représenté par son avatar. Le but?

«Permettre à une personne d’identifier parmi de nombreux prestataires (gérants, avocats, family offices, IT, etc.) présents dans ce salon virtuel ceux qui peuvent répondre à une demande précise.» Histoire de pouvoir aussi comparer, tranquillement installé dernière son ordinateur, les services proposés en matière de gestion de portefeuille. 

Nathalie Praz

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