Bilan

Négoce du yuan: Londres et Francfort grillent la Suisse

Alors que Bank of England a obtenu un accord avec la Banque centrale chinoise et que la BCE négocie un swap géant, la Suisse, qui considère cette question cruciale, est en retard.
Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann vole vers Pékin pour signer un accord bilatéral de libre-échange avec la Chine. Crédits: Keystone

Alors que le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann vole vers Pékin pour signer, avec le ministre du commerce Gao Hucheng, le second (après l’Islande) accord bilatéral de libre-échange avec la Chine, un secteur de l’économie suisse peut faire grise mine tant il apparaît comme le grand oublié de cette négociation: le milieu financier.

En dépit que le gouvernement ait, en effet, déclaré dans son livre blanc sur le futur de la place financière suisse publié en décembre 2012 que la Suisse doit devenir un hub du négoce de la devise chinoise – le renminbi ou yuan – la stratégie d’internationalisation progressive de sa monnaie par la Banque centrale chinoise (PBOC) ne passe toujours pas par Genève ou Zurich, mais plutôt par Londres et surtout par Francfort.

La démarche de la Banque centrale chinoise consiste, en effet, à créer une ligne de swaps (contrats d'échange de flux financiers) pour sa devise avec d’autres banques centrales, afin d’en rendre disponible un montant significatif mais contrôlé en dehors de Chine pour les transactions des entreprises ou le négoce de la monnaie. Chaque banque centrale qui obtient ce droit peut donc créer localement un marché offshore du renminbi – un enjeu de taille si l’on sait que la monnaie chinoise est passée en deux ans du 35ème au 13ème rang parmi les devises globales et ne va pas s’arrêter là pour concurrencer le dollar et l’euro.

La Chine, qui jusqu’en 2008 interdisait à sa monnaie de sortir du pays, a ainsi commencé à mettre en place ces swaps permettant de créer des marché offshore (hors de Chine) du renminbi, à Hong Kong puis Singapour avant d’ouvrir cette possibilité à l’Australie.

Le swap manquant de la Banque nationale

Le 18 juin dernier, la PBOC est passée à la vitesse supérieure avec un swap de 200 milliards avec la Bank of England. Un instant, Londres s’est profilé comme la place de choix pour le négoce offshore du renminbi en Europe. Cela n’a pas duré. On a appris dans les jours qui ont suivi que la Banque centrale européenne négocie un swap géant de 800 milliards de yuans (140 milliards de francs), ce qui permettrait à Francfort de renforcer sa place financière.

Par contre, en ce qui concerne la Suisse, tout juste apprenait-on dans une brochure rendue publique hier par l’Association Suisse des Banquiers que des «efforts sont en cours [et] pourraient éventuellement aboutir à l’établissement d’une ligne de swaps renminbi-franc suisse entre la Banque centrale chinoise et la Banque nationale suisse.»

«Cette absence d’accord pour un tel swap au moment où Francfort révèle une énorme négociation avec la Banque centrale européenne est inquiétante», analyse Peter Rosenstreich, chef analyste devises à la banque Swissquote. «Les multinationales suisses pourront toujours passer par là ou par Londres et Hong Kong pour effectuer leurs transactions en devises chinoises. Par contre, l’activité de négoce du renminbi risque d’échapper à notre place financière.» Reste à souhaiter que le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ait l’occasion de placer ce léger détail entre deux petits fours à Pékin.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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