Bilan

Perte historique pour Banco Espirito Santo

L'établissement bancaire essuie la plus grosse perte jamais subie par une banque au Portugal: 3,57 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année.

Des investisseurs étrangers sont sur les rangs pour racheter des parts de la banque ou participer à une augmentation du capital, "mais ils réclament une transparence totale sur les comptes", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.

Crédits: Keystone

La banque portugaise BES a essuyé une perte historique de 3,57 milliards d'euros au premier semestre, frappée de plein fouet par son exposition à la dette du groupe Espirito Santo, au coeur d'une tourmente financière après le dépot de bilan de ses trois principales holdings.

Ce résultat, qui constitue la plus grosse perte jamais subie par une banque au Portugal, était très attendu par les investisseurs, inquiets des conséquences sur les comptes de BES des déboires financiers de son principal actionnaire, la famille Espirito Santo.

La banque a dû passer des provisions très élevées afin de faire face aux risques liés aux prêts accordés aux holdings de la famille Espirito Santo et pouvoir rembourser les titres de dette du groupe détenus par ses propres clients.

Au total, les provisions pour créances douteuses et coûts imprévus ont atteint 4,25 milliards d'euros pour le premier semestre, autre montant record.

Avant même la publication des comptes en fin de soirée, le titre de BES avait poursuivi dans la journée sa descente aux enfers à la Bourse de Lisbonne, dévissant de 10,57% à 0,347 euro, le niveau le plus bas jamais atteint.

En un mois, le titre a perdu près de la moitié de sa valeur et la capitalisation boursière de BES est passée mercredi sous le seuil des 2 milliards d'euros, reléguant la banque à la troisième place derrière BCP et BPI.

La banque a revu à la hausse son exposition directe au groupe Espirito Santo, qu'elle évalue désormais à 1,57 milliard d'euros (hors branche assurance), contre 1,2 milliard d'euros auparavant.

Les pertes de la banque dépassent ainsi de loin ses réserves financières, chiffrées début juillet à 2,1 milliards d'euros. En raison des provisions, BES a vu son ratio de fonds propres descendre à 5%, en dessous du minimum de 7% requis par la Banque du Portugal.

-Augmentation du capital-

Du coup, le nouveau PDG de la banque, Vitor Bento, a aussitôt jugé nécessaire une augmentation du capital, projet qu'il compte soumettre aux actionnaires lors d'une prochaine assemblée générale.

"Des investisseurs sont prêts à prendre des participations importantes dans la banque", a affirmé Vitor Bento, qui a également évoqué "la possibilité de céder des actifs".

La Banque centrale du pays avait tenté de rassurer lundi les investisseurs en affirmant que BES pouvait résister à un choc dans ses comptes, même si ses pertes étaient supérieures à son matelas financier. "BES reste solvable et les fonds qui y sont déposés restent garantis", avait-elle fait valoir.

Des investisseurs étrangers sont sur les rangs pour racheter des parts de la banque ou participer à une augmentation du capital, "mais ils réclament une transparence totale sur les comptes", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.

"C'est la plus grosse perte de l'histoire du secteur bancaire au Portugal, mais c'est aussi un nouveau départ pour Banco Espirito Santo qui a fait la lumière sur son exposition au groupe", a déclaré Pedro Lino, analyste de Dif Broker.

La nouvelle équipe en place, emmenée par l'économiste de renom Vitor Bento, veut en effet mettre fin à l'opacité entourant les comptes laissée en héritage par le PDG sortant Ricardo Salgado.

La patriarche de l'empire familial âgé de 70 ans a été mis en examen jeudi pour fraude et abus de confiance, rattrapé par l'opération Monte Branco (Mont Blanc) qui vise à démanteler le plus grand réseau de blanchiment de capitaux du Portugal.

Le siège d'une des holdings du groupe, Rioforte, à Lisbonne a été perquisitionné mercredi par les autorités judiciaires dans le cadre de cette enquête.

Rioforte fait partie des trois holdings de la galaxie familiale qui ont demandé auprès des autorités luxembourgeoises à être placées en redressement judiciaire pour se mettre à l'abri de leurs créanciers. La dette totale du groupe est estimée à 7 milliards d'euros.

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