Bilan

Pétrole: une volatilité sans commune mesure

Face à des cours qui connaissent des variations sans précédent, les producteurs de l’OPEP et la Russie ont réagi de manière coordonnée. De quoi rassurer les investisseurs à court terme. Par Sophie Chardon

Energie Les matières premières – et particulièrement le pétrole – sont connues pour leur niveau de risque élevé. Ce dernier, souvent mesuré par la volatilité, se reflète dans la variation quotidienne des cours.

En cause, la très forte dépendance de la demande au cycle économique et le manque de visibilité sur l’offre et les stocks au niveau global. A ces deux facteurs s’ajoute, dans le cas du pétrole, la sensibilité au risque géopolitique due à la localisation des plus grandes réserves, à savoir le Moyen-Orient et la Russie.

Après une année 2019 stable, le pétrole a entamé une tendance baissière en février 2020 avec les premiers signes d’épidémie en Chine. Une chute des cours qui a ensuite été précipitée début mars par la fin de l’alliance OPEP+ qui avait permis une stabilité des prix depuis l’automne 2016. Ce fut le début d’une période de recul historique des prix, alors que les plus grands producteurs se lançaient ouvertement dans une guerre des prix dans le but d’augmenter leurs parts de marché. D’un prix d’équilibre de 55 USD/baril, le baril américain de WTI a plongé à 30 USD, un niveau qui a ensuite été rapidement réévalué à la baisse alors que l’épidémie du Covid-19 se propageait à l’Europe puis aux Etats-Unis.

La période de confinement généralisé a conduit à un effondrement sans précédent de la demande. Mais cela a vite ramené les protagonistes autour de la table des négociations. A partir du 1er mai, des coupes tout aussi historiques, quoique insuffisantes en termes d’ampleur, ont été mises en place par l’OPEP
et ses alliés tandis que les producteurs américains ont été forcés de commencer à fermer certains sites économiquement non viables. Puis le décalage temporel entre le choc dû à l’arrêt de l’activité et les réductions de production a entraîné une explosion des stocks, surtout aux Etats-Unis où la réduction a été encore plus graduelle puisque non coordonnée.

Mais le mouvement le plus marquant a eu lieu fin avril lorsque les prix sont passés de 18 à -37 USD /baril, reflétant les craintes des porteurs de contrats à terme d’être livrés. En effet, avec l’explosion des stocks, la peur de ne plus trouver de capacités de stockage résiduelles, notamment aux Etats-Unis, a amené certains investisseurs à payer pour éviter cette livraison. Ce mouvement a accéléré les fermetures de capacité de production américaine. Depuis, la matérialisation des coupes de production, combinée à une reprise de l’activité alors que les mesures de confinement sont peu à peu levées dans le monde, a permis de stabiliser les stocks. L’amélioration du sentiment sur l’ensemble des marchés financiers a également porté les cours du pétrole, de retour autour des 40 USD/baril après plusieurs journées en hausse de plus de 20%. La violence de ces mouvements journaliers a porté la volatilité historique à des niveaux sans précédent.

La rencontre entre les producteurs de l’OPEP avec la Russie le 6 juin s’est soldée, comme attendu, par une extension des coupes de production d’un mois supplémentaire. Devant l’urgence de la situation, les producteurs ont réagi de manière coordonnée, ce qui rassure les investisseurs à court terme. Selon le rythme de la reprise et surtout la cadence de réduction des stocks, la pérennité de cet accord sera questionnée – avec toujours en toile de fond le sentiment pour certains de faire des efforts au bénéfice de l’industrie pétrolière américaine. Un retour à une guerre des prix n’est pas à exclure si les cours s’emballent. 

Sophie Chardon 

Stratège cross-asset de la Banque Lombard Odier & Cie

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