Bilan

Pour les participants du WEF, le cash, c'est bientôt fini

Bitcoin, argent mobile et transactions numériques vont signer la fin des anciennes monnaies. Non sans secousses.

La fin de l'argent traditionnel intéresse au premier plan les élites présentes au World Economic Forum de Davos. Pour un capital risqueur rencontré sur place, c'est forcément un des sujets les plus chauds du moments. « Notre cash paraît médiéval par rapport à ce que la technologie permet aujourd'hui. »

Plusieurs faits témoignent déjà de cet intérêt et du changement de paradigme qui se prépare. Pour Ajay Banga, CEO de Mastercard, le « cash coûte à chaque pays entre 0,5 et 1,5 de PIB  pour l'imprimer, le distribuer et le protéger. Un montant qui serait mieux utilisé à d'autres fins ». Au moment où le secteur financier compte parmi ceux en qui le grand public a le moins confiance, les alternatives existent. Le Bitcoin intrigue. Même si Robert Shiller, le prix Nobel d'économie 2013 prévient que ce n'est pas loin d'être un schéma de Ponzi, tout le monde a un oeil sur la cryptomonnaie qui a pour mérite d'être décentralisée.

Un financier qui avoue avoir licencié un trader il y a trois ans souhaitant investir dans le bitcoin (« un million d'alors en vaudrait 500 aujourd'hui ! ») dit toutefois ne pas regretter son choix. « Je n'investis que dans ce que je comprends. Et là sincèrement, ce n'est toujours pas le cas. Par contre, cette monnaie existe, c'est un fait, et plusieurs autres du même type sont en train d'arriver sur le marché. Le fait que des communautés se rebellent contre les Etats et leurs banques centrales est intéressant. »

Intéressant mais donc dangereux pour Robert Shiller. Le professeur de Yale, qui s'y connaît en bulle, trouve que le bitcoin n'est rien d'autre que cela. « Dans ces moments, ce qui m'étonne toujours, c'est l'intérêt que suscite des investissements aussi spéculatifs », a-t-il confié dans une session intitulée «Argent et marchés dans un monde hyperconnecté ».

Sans compter que « les banques centrales, qu'on les aime ou pas, nous ont protégés de la banqueroute et les abandonner pour des monnaies privées correspondraient à un retour vers des heures très sombres ». En Afrique, l'argent mobile est déjà une réalité dans de nombreux pays. Les opérateurs ont d'abord permis cette option pour fidéliser leur clientèle, mais désormais c'est un véritable nouveau système de paiement qui s'installe au détriment du cash.

90 milliards d'ici à 2017

Les ruptures créent des opportunités. Carl Icahn, l'investisseur qui demande aux compagnies dans lesquelles il investit d'améliorer leur rendement, ne pense pas autre chose en prenant des parts dans eBay. Sa pépite, PayPal, première banque électronique du monde dirigée dans la Silicon Valley par le Genevois David Marcus, attire toutes les convoitises. De son côté, Twitter étudie la possibilité d'effectuer des transactions par un simple message.

Et le Wall Street Journal vient d'annoncer qu'Apple serait prêt à lancer sa propre solution. La firme de Cupertino a enregistré  plus de 600 millions de cartes de crédit de ses clients et cela fait d'elle un énorme « player » potentiel sur le marché du paiement mobile, estimé l'an dernier par Forrester à 90 milliards de dollars d'ici à 2017.

A Davos, nous croisons sur place une représentante d'un groupe avec de très nombreux points de vente dans le monde. Elle est « enthousiasmée » par un rendez-vous avec une start up qui permet de simplifier le règlement des transactions. Nous n'en saurons pas plus. Mais la friction que génère le paiement remplacée par une expérience fun de shopping, voilà ce qui passionne les marchands du monde entier. Une app qui vous reconnaît, gère vos points de fidélité et vous permet de simplement franchir la porte du magasin pour voir votre carte de crédit débitée, cela incite à dépenser davantage.

Mais les risques existent. La chaîne de magasins Target aux Etats-Unis a subi une attaque informatique en décembre. Coût estimé de la fraude: 18 milliards de dollars.

Les banquiers suisses regardent avec beaucoup d'intérêt ces évolutions et confient en « off » investir de plus en plus dans la technologie. Un établissement aurait déjà mis un demi-milliard de côté pour des investissements futurs dans ce domaine et une autre a son CEO qui parcourt régulièrement la Silicon Valley pour sentir les tendances. Il n'y a pas que des batailles homériques contre les autorités fiscales étrangères et les changements réglementaires. Les banques se rendent compte, comme d'autres secteurs, qu'elles peuvent demain voir arriver de nouveaux concurrents sortis de nulle part qui peuvent tout emporter sur leur passage.

 

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Lui écrire

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Du même auteur:

«Les concentrations dans la presse ne font que débuter»
Comment la Silicon Valley écrit un nouveau chapitre de l’histoire: les cleantechs

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."