Bilan

Produits structurés: restez prudents!

Après cinq ans de crise, ces instruments financiers reviennent dans les portefeuilles. A la fois novateurs et flexibles, ils nécessitent toutefois un certain goût du risque et quelques précautions.
  • Les produits structurés sont complexes. Le conseil d’un spécialiste s’avère indispensable. Crédits: Martin Ruetschi/Keystone
  • Selon Patrick Stettler, de UBS, aujourd’hui «les investisseurs sont plus conscients des risques». Crédits: Dr

Cherchez un produit structuré dans le catalogue d’une banque et vous pourrez presque vous croire dans un supermarché. L’offre présente une large gamme de possibilités, et la concurrence est vive entre les établissements émetteurs. Pourtant, reverse convertibles et autres warrants reviennent de loin. Presque de l’enfer!

L’affaire des placements à capital garanti de Lehman Brothers reste ancrée dans la mémoire des investisseurs. Elle a débouché sur des pertes suite à la faillite retentissante de l’institution et fait beaucoup de tort aux produits structurés, contribuant à leur forger une mauvaise étiquette. Après une année record en 2007, leur marché s’était effondré, comme celui de la plupart des actifs financiers pendant la crise. Ils ont fondu en l’espace de cinq ans.

A présent, ils semblent revenir petit à petit dans les portefeuilles des investisseurs. «Si l’on observe les volumes de structurés traités à ce jour sur la bourse Scoach, ils devraient atteindre quelque 32  milliards de francs à la fin 2013. Les produits à levier sont les plus représentés. Ils devraient culminer à 14 milliards en fin d’année», indique Patrick Stettler, responsable pour UBS pour la distribution de produits en Suisse.

Parmi les nuages qui obscurcissent leur ciel, la volatilité très faible du marché, qui atteint l’un des plus bas niveaux de ces dix dernières années. Cette situation n’est pas des plus favorables à l’expansion des structurés auprès des investisseurs. «Il est plus intéressant d’investir directement dans le marché sur le sous-jacent cible.

Le fait que les taux d’intérêt sont bas, avec une tendance à la hausse, peut diminuer la valeur de l’obligation zéro coupon qui constitue généralement le sous-jacent d’un produit structuré», confie Roger Stump, associé chez Aurelys Monaco SAM.

Malgré une mauvaise image véhiculée par leur côté spéculatif et une faible volatilité, les structurés continuent de plaire. Il peut s’agir tout simplement de vouloir être immunisé en cas de baisse du cours d’un titre.

Définition

Warrants, reverse convertibles avec ou sans barrière, certificats avec tracker... Les noms inquiètent, mais au final la structure de ces produits est sans ambiguïté. Car finalement il s’agit tout simplement d’un instrument financier composé d’une obligation assortie d’une stratégie d’option.

L’ensemble est destiné à réaliser un rendement. Rien de bien éloigné des fonds de placement et des ETF. On choisit également un thème d’investissement, par exemple un type d’actions. La grande particularité de ces produits provient du fait qu’ils sont plus difficiles à comprendre, car ils intègrent une stratégie financière.

En effet, leur composition peut apparaître très technique et complexe pour certains montages. Leur cours dépend de l’évolution d’une ou de plusieurs valeurs subordonnées qui peuvent être des actions, des intérêts, des devises ou des matières premières comme l’or, le pétrole brut, le cuivre ou le sucre.

Il en existe pour tous les profils de risque. Ils sont classés en six niveaux (1 à 6) de risque, le chiffre 6 étant le niveau le plus dangereux. Les catalogues comptent une vingtaine de types de structurés avec des formes variées. Les plus répandus auprès du public sont ceux qui permettent de protéger la totalité ou une partie du capital tout en offrant un rapport optimal entre risques et bénéfices.

«On observe parmi nos clients que les produits d’optimisation, comme les reverse convertibles avec barrière, sont très demandés. Par rapport à il y a quelques années, les investisseurs sont plus conscients des risques. Ils veulent comprendre dans quoi et où ils investissent», explique encore Patrick Stettler.

Plusieurs avantages

Avec leur diversité, les structurés permettent de placer son argent quels que soient son scénario du marché et son profil de placement. Ils peuvent, selon les cas, dégager du rendement aussi bien en période de hausse que de baisse des bourses. Ou même de stagnation. Valables pour toute classe d’actifs, ils sont liquides, et donc négociables à tout moment. 

De plus, les structurés permettent de mieux cibler le risque. Les solutions assorties d’une protection du capital correspondent à ceux qui veulent limiter les risques, alors que les investissements à levier s’adressent plutôt à ceux qui visent un objectif de performance avant tout.

Dans cet univers, la prudence reste une règle d’or. Et le conseil d’un spécialiste apparaît comme incontournable. Si vous n’êtes pas un investisseur aguerri, il faut bien choisir son mentor pour sélectionner le produit adéquat. L’idée est de comprendre son fonctionnement.

«Lorsqu’on s’adresse à un client, la première chose est de s’assurer qu’il est d’accord avec le pronostic sur l’évolution d’un titre subordonné. A ce moment-là, on peut lui proposer un instrument structuré. Ce dernier est une sorte d’airbag, il faut donc bien étudier sa protection avant de l’utiliser», confie Matthias Kortmöller, spécialiste en produits structurés chez Julius Baer.

Même si la structure semble suivre un chemin cadré d’avance, il ne faut pas oublier qu’un produit structuré peut changer au cours de sa durée de vie. Une surveillance régulière de son cours et du titre sur lequel il s’appuie est recommandée.

Quelques règles à suivre

La première condition pour se lancer dans l’aventure des structurés, c’est de bien connaître le sous-jacent sur lequel il est construit. En particulier son évolution.

Ensuite, il faut comprendre la finance, ou du moins les mécanismes du marché, que ce soit l’influence des options, l’impact d’une barrière, d’une double barrière, le strike. Ensuite, il faut évaluer son aversion au risque. Jusqu’où souhaite-t-on s’engager? Clairement, il faut avoir le goût du risque pour se lancer sur ce marché, même s’il peut être calculé jusqu’à un certain point.

Globalement, les produits structurés conviennent à tous les investisseurs à la recherche d’instruments à la fois novateurs et flexibles.

Ils servent de solution de rechange aux placements directs (actions, obligations, devises, etc.) en offrant des stratégies permettant de réduire le risque et, selon les cas, d’améliorer les perspectives de gain. Le prix est aussi différent. «Il ne faut pas oublier le facteur coût.

A l’achat d’un produit structuré, on paie une prime qui peut être élevée selon le niveau de la volatilité sur les marchés. Comme différentes opérations sont effectuées au cours de la vie du produit, il existe des commissions cachées à l’intérieur de cet instrument financier.

Cette particularité le rend bien sûr attractif pour la banque qui l’émet», précise Thomas Veillet, fondateur d’investir.ch. Comme pour n’importe quel investissement, plus le produit est exotique, plus son coût est élevé.

En outre, il est conseillé de rester attentif à sa composition, car intégré dans un portefeuille, il ne doit pas faire doublon avec d’autres titres déjà détenus. Par exemple, si vous possédez des titres Roche et Novartis, un structuré reverse convertible sur ces actions n’est peut être pas des plus indiqué. Tout est question de pondération.

Quel structuré choisir?

Etes-vous haussier ou baissier? Quel niveau de risque acceptez-vous? En répondant à ces premières questions, vous pouvez déjà faire un tri et vous diriger vers un produit soit de placement, soit de levier.

Pour simplifier, l’Association suisse des produits structurés (ASPS) a développé une Swiss Derivative Map pour aider les investisseurs. Elle permet de s’orienter dans la galaxie des structurés. On y retrouve aussi les caractéristiques propres de chaque produit et son fonctionnement au moyen d’un diagramme de remboursement.

Premier type de produits: ceux dits «de placement». Assortis d’une protection du capital, ils permettent de se protéger efficacement contre la chute des cours. Généralement, la mise est protégée à 90 ou 100%. En plus, l’investisseur peut réaliser des bénéfices.

Il existe des certificats de protection du capital avec participation lorsqu’on prévoit une hausse du cours du titre source et de la volatilité, ou encore des certificats de conversion, indiqués lorsque la volatilité est élevée et lors d’une baisse de cours du sous-jacent.

Actuellement, les produits à capital garanti ne sont pas trop intéressants, voire pas du tout, car dans un univers de taux d’intérêt très bas les performances ne sont pas bonnes pour le client. Ni pour la banque!

Si optimiser le résultat est une priorité, lorsque les prévisions annoncent une stagnation ou une légère hausse du prix du sous-jacent et une baisse de la volatilité, l’achat des certificats discount, des reverse convertibles, les deux existant avec ou sans barrière, est approprié.

La barrière permet à l’investisseur de participer, avec une certaine limite (cap), à l’évolution du titre principal. En échange, il reçoit en principe un coupon. Si le sous-jacent connaît une forte baisse et tombe sous le cap, l’investisseur assume entièrement les pertes. «Une barrière permet d’offrir une protection contingente.

Par exemple, un barrier reverse convertible sur Logitech avec une barrière de 69% et une durée d’un an signifie que l’investisseur bénéficie d’un coussin de sécurité de 31% et offre un coupon d’environ 9,3% sur un an.

Actuellement, dans le domaine des devises, on voit souvent des doubles barrières, une à la hausse et une à la baisse», observe Patrick Stettler. Par exemple, le choix d’un reverse convertible avec double barrière sur le taux de change euro-dollar est intéressant pour l’investisseur qui pense que le taux de change va évoluer dans un certain intervalle.

Les produits à participation sont attractifs en cas de scénario de hausse du titre, car ils intègrent entièrement son évolution. Leur risque est bien souvent identique à celui d’un investissement direct. Un certificat bonus permet de bénéficier d’une protection partielle tant que la barrière n’est pas franchie. Ils se font notamment sur un panier d’indices, comme le S&P ou le CAC 40.

Le second type de produits est appelé «de levier». Ils sont d’un tout autre genre. Vous êtes persuadé qu’une action va prendre l’ascenseur. Les marchés sont très volatils. Si vous êtes confiant avec ce scénario et que vous voulez participer à la hausse, un call warrant peut être envisagé.

Il permet de multiplier le gain sur l’augmentation du cours. Les warrants, spread warrants ou encore warrants avec knock-out, constituent d’autres véhicules avec levier. Selon les cas, la volatilité est primordiale (warrants) alors qu’elle n’a que peu d’impact pour d’autres (minifutures ou knock-out).

Popularité des RC

Les reverse convertibles (RC) et les callables (variante de RC) avec barrière constituent les plus gros volumes de structurés en Suisse. Les seconds ont des coupons plus élevés, car ils risquent d’être rappelés plus vite par l’émetteur. Actions, indices, matières premières ou taux sont autant de classes d’actifs envisageables pour ces structures.

Par exemple, on peut émettre des reverse convertibles à barrière simple sur Nestlé, sur le SMI ou encore sur l’Eurostoxx. Ils sont composés d’une obligation émise par la banque assortie d’une stratégie d’option, en l’occurrence une vente de «put» à barrière.

En sélectionnant ce type de produits, l’investisseur s’attend à des mouvements latéraux ou légèrement haussiers du prix d’une action, par exemple.

«Les barrier reverse convertibles restent le produit le plus apprécié de la clientèle privée, principalement grâce à leur simplicité. Ils permettent à l’investisseur de recevoir un coupon garanti tout en bénéficiant d’une protection du capital contingente.

Si le sous-jacent ne traite jamais au niveau ou en dessous de la barrière, l’intégralité de l’investissement est remboursée, augmentée du coupon», explique Frédéric Rouiller, responsable chez Vontobel du conseil et de la distribution de produits financiers pour la Suisse romande. Sinon, l’investisseur prend livraison du titre subordonné au prix du strike et encaisse le coupon.

On observe que la maturité des structurés est plus longue actuellement. En outre, on considère qu’il y a plus de danger quand les barrières sont hautes. «Il est plutôt conseillé de choisir une barrière basse vers 55 ou 65%.

Les coupons sont en dessous de 10%, car les volatilités ont baissé. En outre, dans cette période, il faut rester vigilant, bien plus qu’il y a six mois. Bien que le marché soit calme actuellement, il pourrait devenir plus tendu à l’avenir», relève Matthias Kortmöller.

Or certains ne sont pas friands de structurés en cette période. Comme la plus grande partie de ces instruments sont basés sur une stratégie dite «short volatility (on vend de la volatilité)», si le marché corrige, en entraînant une baisse du cours du sous-jacent et donc une hausse de son oscillation des cours, le produit perd de la valeur plus rapidement que le sous-jacent cible.

De plus, comme il s’agit, à l’échéance de la stratégie, de racheter la volatilité, cette dernière coûtant plus cher, on a un double coût qui pénalise la structure.

«L’espérance de rendement sur cet instrument est très faible aujourd’hui et le risque très élevé. Pourquoi en prendre pour si peu de rendement?», constate l’associé Roger Stump, qui estime que les conditions seraient d’autant plus attractives avec des volatilités plus hautes, soit après une forte correction du marché.

Sécurité plus stricte

Le principe de diversification s’applique à tous les niveaux. Pour les structurés, il faut varier les émetteurs. En clair, ne pas tous les acquérir auprès d’une seule banque pour le cas où les choses se passent mal, c’est-à-dire si un émetteur fait défaut. La solvabilité de l’institut est donc importante. 

La loi fédérale sur les placements collectifs de capitaux (LPCC) régit la distribution publique des produits structurés en Suisse. Selon elle, les véhicules de placement offerts au public doivent faire l’objet d’un prospectus simplifié gratuit qui décrit les caractéristiques essentielles du produit, ses perspectives de profits et de pertes, ainsi que les risques significatifs supportés par l’investisseur.

En 2009, on assiste à l’introduction des certificats garantis par nantissement (COSI, Collateral Secured Instrument) sur la bourse Scoach. Ils minimisent le risque lié à l’émetteur. Une manière d’agir avisée dans l’univers de la finance d’après-crise. 

Patricia Meunier

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