Bilan

Quand l’euro vaudra un franc

La montée en flèche de la monnaie suisse provoquée par la crise des dettes publiques ravive un scénario jugé impossible. Et suscite toutes les inquiétudes.

Le président de la Banque nationale, Philipp Hildebrand, avait allumé une chaude polémique en décembre dernier lorsqu’il agitait le spectre d’un dollar à 50 centimes. C’était lors d’une présentation confidentielle au Conseil fédéral qui avait fini par filtrer dans les médias. Le gardien de la monnaie s’était vu reprocher une vision particulièrement catastrophiste alors que le billet vert valait encore plus d’un franc. Il n’en vaut plus aujourd’hui guère que 83 centimes et rares sont les spécialistes qui voient la tendance s’inverser durablement à l’avenir. C’est aujourd’hui vers l’euro que se focalisent les craintes d’une baisse trop marquée des taux de change. Alors qu’elle valait 1,30 franc début avril, la monnaie unique survole à peine le niveau de 1,22 début juin, soit une chute de 6% en deux mois, après un plongeon de 17% en 2010. De quoi faire émerger le spectre d’un euro valant un franc.

Simple vue de l’esprit? Pas pour Avenir Suisse, le groupe de réflexion des multinationales, dont les comptes sont régulièrement chamboulés par les tempêtes monétaires. Pour son économiste Boris Zürcher, «ce scénario n’est pas à exclure». L’institut de recherches conjoncturelles KOF, rattaché à l’EPFZ, y croit aussi: «La parité entre les deux monnaies est plausible à l’avenir», souligne Jan-Egbert Sturm, son directeur. La question se pose aussi dans les cercles financiers. Fin mai, une banque sud-africaine, la Standard, l’évoquait dans une note d’analyse. Au-delà des circonstances, comme la crise grecque, Boris Zürcher croit à une hausse régulière de la monnaie helvétique: «Le franc suisse s’est apprécié de 1% par an en moyenne pendant ces quarante dernières années. C’est la quasi-absence de hausse entre 2004 et 2007 qui a été exceptionnelle», souligne le coauteur, avec l’ancien chef économiste du Credit Suisse Alois Bischofberger, d’un papier de discussion paru en mars dernier sur le franc fort et ses conséquences. «Atteindre la parité dans un délai d’un an ne serait pas impossible. Les entreprises pourraient s’y adapter en accroissant leur productivité», souligne-t-il aujourd’hui. Ce fut le cas au premier trimestre 2011, lors duquel la croissance suisse est restée soutenue malgré la force du franc, selon le SECO.

Mais les entreprises résisteront-elles encore longtemps? Tout est question de rythme. «Le problème, c’est la vitesse avec laquelle la parité pourrait se produire», souligne Boris Zürcher. «Il reste à espérer qu’elle ne s’établisse pas dans un délai trop rapproché», ajoute Jan-Egbert Sturm. Swissmem, l’organisation faîtière des industries, dénonce déjà une situation de crise: «Une nouvelle baisse de l’euro entraînerait une nouvelle réduction des marges des entreprises exportatrices et affecterait les capacités d’investissement. A terme, cette situation entraînera une perte de compétitivité de la place industrielle suisse», avance Ivo Zimmermann, porte-parole.

Au final, c’est à la Banque nationale qu’il reviendra de répondre aux pressions des changes. En cas de baisse des exportations, l’institut d’émission sera appelé à revoir ses priorités. «Elle devra viser une stabilisation des taux de change plutôt que celle des prix. Cela impliquerait de suivre la politique monétaire de la BCE. Ce serait un moindre mal comparé à une réactivation de la politique des taux d’intérêt négatifs en vigueur à la fin des années 1970», avance Boris Zürcher. Faut-il sacrifier l’autonomie monétaire de la Suisse pour éviter, sinon retarder la parité euro-franc? Plus la Suisse et son franc feront figure de havre de sécurité, plus le débat, autour de Philipp Hildebrand, s’échauffera.

Crédit photo:DH

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