Bilan

Quand l’Histoire prend de la valeur

Un manuscrit rédigé par une célébrité offre un double enrichissement: une ouverture passionnante sur le passé et de belles plus-values. Découverte d’une niche lucrative du marché de l’art.
  • Lettre autographe signée Charles Baudelaire, datée du 30 juin 1845 et adressée à Narcisse Ancelle. Crédits: Coll. privée / Musée des Lettres et Manuscrits, Paris
  • Lettre autographe signée, écrite à deux mains par Van Gogh et Gauguin, adressée à Emile Bernard, 1888. Crédits: Coll. privée / Musée des Lettres et Manuscrits, Paris

«Quand le futur est incertain, le passé rassure», lance Sylvain Gaillard, l’un des deux directeurs d’Aristophil à Genève, une société spécialisée dans l’achat et la vente de manuscrits célèbres. Avec cette devise, l’acquisition de textes anciens s’avère une option pour l’investisseur en quête d’un meilleur rendement que celui des titres usuels.

Cet actif tangible peu liquide, qui convient bien à un horizon temps de long terme, profite du contexte financier actuel. Et permet aussi bien aux néophytes qu’aux connaisseurs d’approcher des personnages célèbres comme Napoléon, De Gaulle, Voltaire, Baudelaire, ou encore Goethe. Bien sûr, le marché de la bibliophilie concerne avant tout des passionnés plus ou moins fortunés, mais il peut aussi attirer ceux présentant un intérêt pour un personnage particulier de l’Histoire.

Le secteur des manuscrits en progression

 

Le domaine de l’écrit offre des perspectives de plus-values attractives. «Le prix d’un texte s’échelonne entre 500 et plusieurs millions d’euros. Nous constatons que le panier moyen du client est de l’ordre de 30 000  francs», explique Arnaud Béasse, le second directeur d’Aristophil à Genève, qui confirme que le secteur des manuscrits (4% du marché global de l’art) s’affiche en progression. 

Cet actif, au même titre qu’une œuvre d’art, voit ses prix évoluer de manière décorrélée des bourses. De plus, le marché des anciens textes témoigne d’une stabilité dans le temps depuis des décennies. «La plus-value enregistrée par année pour un document ancien est de 8%, selon nos observations. En outre, le marché est moins soumis à la spéculation, au contraire de celui de l’art contemporain», explique encore Arnaud Béasse.

Une partition de Chopin à 210 000 euros

 

Selon sa société, une partition de Chopin vaut 210 000  euros en 2010 contre 27 000 environ en 1985, soit une évolution annuelle de 8,5%. Même tendance (+6,05% par an) pour un poème de Baudelaire: s’il valait quelque 275 000  euros en 2010, il fallait débourser seulement 85 000  euros en 1990 pour l’obtenir.

L’authentification d’un document porte sur son origine, sa qualité, son signataire, sa datation et son contenu. Plusieurs éléments influencent le prix: le fonds et son caractère historique ou privé, la célébrité de l’auteur et l’offre et la demande sur cette personne.

Pour une perte massive sur ce type d’investissement, il faudrait un effondrement de cette branche de l’art. Ou par exemple que l’on découvre que Victor Hugo était un assassin ou Einstein un imposteur. Peu probable, donc. Quant à l’expertise, comme pour un tableau, il peut exister des faux. Mais l’avis d’un spécialiste chevronné permet généralement de l’exclure.

En revanche, il fait garder à l’esprit qu’il s’agit de placements qui ne sont soumis à aucune règle, contrairement aux placements collectifs. La prudence reste de mise, comme pour toute œuvre d’art.

Comment acheter?

Le client peut soit passer par des ventes aux enchères, à condition de s’y connaître ou d’être bien conseillé (lire en pages 78 à 80). Sinon, il peut s’adresser à une société spécialisée sur le marché de la bibliophilie qui va lui permettre d’acquérir, à titre personnel, une lettre ou une collection à thème.

«Notre société se réserve le droit d’acheter à la fin d’une période de cinq ans en général l’œuvre à un prix déterminé d’avance», relève encore Sylvain Gaillard. En France, Aristophil acquiert par exemple des originaux qu’elle divise virtuellement en plusieurs parts proposées aux épargnants par un réseau de courtiers. Il n’y a pas encore d’équivalent en Suisse pour le moment.

La société, créée il y a plus de trente ans par Gérard Lhéritier, un ancien gestionnaire de patrimoine, s’occupe d’une collection de près de 90 000 œuvres qui, pour certaines, sont exposées au Musée des lettres et manuscrits à Paris et à Bruxelles. Avec un chiffre d’affaires d’environ 220 millions de dollars en 2012, elle emploie septante  personnes dans le monde, dont trois à Genève.

Patricia Meunier

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