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Quelle fortune Mikhaïl Khodorkovsky retrouvera-t-il en Suisse?

L'ex-détenu russe Mikhaïl Khodorkovsky, libéré à la mi-décembre, est arrivé en Suisse ce week-end. Du temps de sa réussite, l'ex-oligarque avait placé plusieurs milliards auprès de plusieurs banques suisses. Qu'en reste-t-il après dix ans d'incarcération?
  • Mikhaïl Khodorkovski est de retour en Suisse depuis ce week-end, mais le flou demeure autour de sa fortune actuelle.

    Crédits: Image: Clemens Bilan/AFP
  • Mikhaïl Khodorkovsky aura passé dix années en prison, dans un centre pénitentiaire en pleine Sibérie.

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  • Libéré à la mi-décembre, il a retrouvé une bonne partie de sa famille à Berlin (ici de gauche à droite sa première femme, sa mère, son père et son fils aîné).

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  • Du temps de sa splendeur, à la fin des années 1990, Mikhaïl Khodorkovsky était l'homme le plus riche de Russie: Forbes estimait en 2003 sa fortune à 15 milliards de dollars.

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  • Son arrestation en 2003 et les procès successifs pour vol par escroquerie et évasion fiscale ont très largement entamé sa fortune.

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  • Son empire pétrolier, Ioukos, a été démantelé en quelques mois.

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  • Souvent dénoncé par Mikhaïl Khodorkovsky comme celui qui a orchestré sa chute, le président russe Vladimir Poutine a vu certains hommes d'affaires réputés proches de lui racheter les actifs de Ioukos.

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  • Installé en Suisse, son fils aîné Pavel s'est largement mobilisé pour obtenir la libération de son père.

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  • Son avocat suisse Philippe Neyroud avait obtenu du Tribunal fédéral que les demandes de la Russie de récupérer les avoirs déposés sur des comptes bancaires suisses soient rejetées.

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  • Même si son actuel séjour en Suisse a été défini comme purement familial, Mikhaïl Khodorkovsky pourrait être fixé prochainement sur le statut des fonds que lui et ses proches avaient déposés auprès de cinq banques du pays.

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Pendant dix ans, Mikhaïl Khodorkovsky a vécu à l'ombre d'un établissement pénitentiaire de Sibérie. Pendant dix ans, l'argent de son ex-empire Ioukos, a sommeillé à l'ombre des banques suisses.

Ni pour l'ancien oligarque, ni pour les milliards entreposés en Suisse cette décennie ne fut de tout repos. A l'heure où celui qui se définit comme une victime de l'arbitraire de Vladimir Poutine arrive sur le sol helvétique, après avoir été libéré à la mi-décembre, les observateurs se demandent quelle fortune il va retrouver sur les comptes de son ancien empire.

Difficile de connaître avec certitude le montant actuel des dépôts. Du côté du clan Khodorkovsky, rien ne filtre. Interrogé voici deux ans sur son site internet, le principal intéressé avait affirmé ne rien savoir de ses avoirs: «Etes-vous encore milliardaire?» lui avait demandé un internaute. «Question amusante. Demandez aux procureurs. Eux savent tout. Moi-même j'aimerais le savoir», avait répondu celui qui fut entre 1995 et 2003 l'homme le plus riche de Russie.

Sans doute l'incertitude pesant sur le statut des sommes déposées en Suisse justifie-t-elle cette prudence. Mais cette dernière peut également s'expliquer par la guerre financière qui oppose depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 le maître du Kremlin à celui qui fut l'un des principaux bailleurs de fonds de son prédécesseur, Boris Eltsine.

Le démantèlement de Ioukos l'a privé de 13 milliards de dollars

La confiscation de Ioukos et le démantèlement du groupe par le Kremlin l'aurait privé de 13 milliards de dollars entre 2003 et 2005, selon le Tages-Anzeiger. Mais le devenir des avoirs placés sur les comptes suisses restait alors flou.

Rapidement, le gouvernement russe fait bloquer les sommes et engage des démarches pour les récupérer, via des commissions rogatoires en Suisse. Après le blocage de 6,2 milliards de francs sur instruction du ministère public de la Confédération, le Tribunal fédéral annule l'entraide judiciaire, arguant que la justice russe agit sur ordres du Kremlin dans un but essentiellement politique.

Pour le défendre, le prisonnier a pu compter sur d'actifs et influents soutiens suisses, dont l'élu socialiste zurichois Andreas Gross, qui a constamment oeuvré pour protéger Khodorkovsky, aussi bien en lui rendant visite en Sibérie qu'en se mobilisant pour défendre ses biens en Suisse. Aujourd'hui, le Zurichois affirme que celui qu'il a contribué à défendre détient encore «de quoi lui permettre de ne plus travailler jusqu'à la fin de sa vie», sans toutefois préciser de montant.

Le capital que le Kremlin avait tenté de récupérer s'élevait à 6,2 milliards de francs. Or, ces 6,2 milliards de francs ne constitueraient toutefois pas la fortune personnelle de l'ancien patron de Ioukos, mais celle de vingt actionnaires de l'ancien conglomérat pétrolier. Citant les juristes et avocats de Khodorkovsky, le magazine Blick estime que l'ex-prisonnier n'est plus à la tête de plusieurs milliards de dollars comme ce fut le cas avant son incarcération. Selon le magazine, ses avoirs en Suisse pourraient tourner autour de 245 millions de francs.

L'origine trouble des avoirs en Suisse

Cette estimation est partagée par plusieurs journaux russes cités par la journaliste Lioudmila Clot, qui chiffre le capital de l'exilé à 250 millions de francs. Bien loin des 15 milliards de dollars que lui attribuait le magazine Forbes avant son incarcération en 2003.

Mais même avec ces hypothèses réduites par rapport à la fortune antérieure à ses ennuis judiciaires, un doute demeure sur les possibilités de Khodorkovsky de récupérer ces sommes. Dans son arrêt du milieu des années 2000 qui mettait fin à l'entraide judiciaire russo-helvétique en la matière, le Tribunal Fédéral n'excluait pas que certaines des sommes entreposées dans les banques suisses fussent issues de malversations ou d'actes délictueux, ce qui rendrait leur restitution compliquée.

Officiellement, la venue de l'ancien prisonnier en Suisse en ce début d'année 2014 n'est pas liée à la récupération de ces fonds qui sommeillent dans les coffres des banques helvétiques. Sur son site, Khodorkovsky affirme que «le but de (son) voyage est purement familial: (lui) et sa femme accompagnent leurs deux fils qui reprennent l'école en Suisse».

Des avoirs déposés auprès de cinq banques

Sa femme justement, Inna, vit sur la Riviera vaudoise avec leurs deux fils. Un autre de ses enfants, issu de son premier mariage, a également élu domicile en Suisse. Seule sa fille Anastasia vit toujours à Moscou. Ce qui fait dire à certains observateurs (dont Lioudmila Clot citant Andreas Gross) que l'ancien prisonnier pourrait choisir à terme de s'installer durablement dans notre pays. Ce faisant, il pourrait ainsi se consacrer à sa famille et à ses proches, comme il l'a annoncé à son arrivée en Allemagne fin décembre, affirmant par la même occasion renoncer à toute activité économique ou politique. Même s'il a affirmé à Peter Gysling, de la SRF, vouloir se battre pour la libération des autres prisonniers politiques en Russie.

Mikhaïl Khodorkovsky sera alors sur place pour suivre au plus près les procédures de récupération des sommes entreposées par lui et ses proches du temps de sa splendeur. Selon la NZZ, ces avoirs seraient entreposés dans cinq banques différentes.

Enfin, aussi improbable qu'en semble l'issue, Khodorkovsky pourrait également se retourner contre le gouvernement russe. En effet, Ioukos avait tenté de se placer sous la protection de la loi américaine afin d'éviter le rachat de tous ses actifs par les sociétés russes aux mains des soutiens de Vladimir Poutine. Cette protection avait échoué.

Mais certains juristes estiment que des procédures pourraient être relancées et que Khodorkovsky pourrait demander un dédommagement à la Russie pour les pertes liées au démantèlement de son ex-empire. Une hypothèse toutefois très fragile aussi bien en raison des décisions judiciaires américaines de la deuxième moitié des années 2000 que des circonstances de sa libération (sa demande de grâce a été présentée au monde comme un aveu de culpabilité par les autorités russes).

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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