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Qui est Jean-Baptiste de Franssu, patron de la Banque du Vatican?

Le Pape François vient de nommer Jean-Baptiste de Franssu, financier français, à la tête de l'Institut pour les oeuvres de religion (IOR), dite Banque du Vatican. Mais qui est ce spécialiste de la finance qui va piloter les actifs de l'Eglise catholique?
  • Jean-Baptiste de Franssu a fait sa carrière dans des organismes financiers de premier plan sans jamais cacher ses profondes convictions catholiques.

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  • L'Institut pour les oeuvres de religion, surnommée la Banque du Vatican, gère une large partie des actifs de l'Eglise catholique.

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  • Le Français succède à Ernst von Freyberg, l'Allemand qui pilotait l'IOR depuis le 15 février 2013.

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  • Sa nomination porte la marque du Pape François, en qui Jean-Baptiste Douville de Franssu voit "un grand chef d'entreprise".

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Ernst von Freyberg ne sera resté en place qu'un peu plus d'un an. Arrivé à la présidence le 15 février 2013, l'Allemand va laisser sa place au Français Jean-Baptiste Douville de Franssu. Une troisième nomination de dirigeant en cinq ans pour l'Institut pour les oeuvres de religion (IOR), qui gère le patrimoine et les actifs du Vatican mais aussi plus de 19'000 comptes bancaires et 6,3 milliards d'euros d'actifs sous gestion. Ce qui vaut à cette institution pontificale le surnom de Banque du Vatican.

Créée en 1942 avec pour mission de rationnaliser les politiques foncière et financière du Vatican après la stabilisation apportée par les Accords de Latran, l'IOR a été impliquée dans des affaires troubles ces dernières années (Banco Ambrosiano, financement de mouvements anti-communistes en Europe de l'Est pendant la Guerre Froide, soupçons de blanchiment d'argent de la mafia). En 2012, Ettore Gotti Tedeschi, nommé en 2009, est limogé suite à un vote de défiance du conseil d'administration. Et Ernst von Freyberg n'aura donc effectué qu'un court interim. La nomination de Jean-Baptiste Douville de Franssou porte la marque du Pape François et de sa volonté de réformer tous les domaines de l'économie du Vatican et de l'Eglise Catholique.

 

Un résultat net en chute de 96%

Et cette nomination annoncé voici quelques jours par le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, semble avoir été préméditée depuis quelques temps. Même si Federico Lombardi affirme que «la contribution du président Ernst von Freyberg continue à être profondément appréciée et jugée très positivement», son successeur avait déjà été nommé le 8 mars dernier au sein du «Conseil des quinze», qui supervise et réforme la politique économique du Vatican, sous l'impulsion du nouveau pape.

A la tête de l'IOR, son rôle sera à la fois de retrouver des chiffres positifs (pour 2013, le résultat net devrait afficher une baisse de 96 % à 2,8 millions d’euros alors qu'il s'élevait à 86,6 millions en 2012) mais surtout d'assainir l'image de l'institution qui semble empêtrée dans les scandales à répétition. Récemment encore, 1600 comptes «irréguliers» ont été fermés (ramenant le total à 15'495 fin juin, selon le journal allemand Die Zeit) et des opérations suspectes avec Banca Carige révélés. A l'avenir, l'activité de placements et d'investissements stratégiques devrait être confiée à l'Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), tandis que l'IOR devrait se concentrer sur ses activités de banque commerciale.

Il a écrit les nouveaux statuts de l'IOR

Et Jean-Baptiste Douville de Franssu devrait notamment entreprendre des réformes pour que l'établissement atteigne les critères de lutte contre le blanchiment d'argent et retrouve ses droits à utiliser les terminaux électroniques désactivés début 2013 sur décision de la Banque d'Italie (c'est la Deutsche Bank qui gère les paiements monétiques pour l'IOR depuis cette date).

JBDF lui-même qualifie l'IOR de «banque commerciale du Vatican» depuis qu'il a pris part à l'écriture des nouveaux statuts dans le cadre de ses missions au sein du «Conseil des quinze» et des autres commissions mises sur pied suite à l'élection de Jorge Mario Bergoglio. Un nouveau pape que Jean-Baptiste Douville de Franssu a rencontré en août 2013, ainsi qu'il le racontait lui-même récemment dans un entretien à la chaîne de télévision catholique française KTO.

Depuis cette première rencontre, JBDF a multiplié les allers-retours entre Rome et Bruxelles, où il préside le cabinet de conseils en fusions-acquisitions qu'il a fondé en 2011. Avant cette date, ce spécialiste de la finance âgé de 51 ans avait suivi un parcours marqué par les nouveaux défis: diplômé de l'Ecole supérieure de commerce de Reims, il débute à la Caisse des Dépôts où il atteint un poste de directeur, puis rejoint Invesco, groupe américain d'investissement basé au Texas, où il va diriger la filiale européenne jusqu'à 2011. Sur son CV figurent aussi des passages dans d'autres établissements réputés comme Carmignac Gestion, où il a été administrateur indépendant. Dans le cadre de ces différentes, fonctions, il avait à plusieurs reprises eu l'occasion d'exprimer son analyse sur les marchés, comme ici en 2011 au FundForum Asia.

 

Un militant des valeurs catholiques traditionnelles

Et JBDF est aussi actif hors de ses fonctions en entreprise. Entre 2009 et 2011, il a présidé l’Association européenne de la gestion d’actifs. Réputé proche de l'économiste maltais Joseph Zahra, il est aussi très actif au sein de l'association catholique Alliance mondiale de la jeunesse, qui milite pour la défense du modèle traditionnel de la famille. Sur le plan personnel, il est marié à la ressortissante belge Hélène de Gerlache de Gomery, issue d'une lignée de barons belges. Ensemble, ils ont quatre enfants.

Jean-Baptiste Douville de Franssou est un homme de défis. Il l'a prouvé tout au long de sa carrière en s'engageant dans des défis ambitieux. Et lorsque Mgr Lucio Vallejo Balda, numéro deux de la préfecture pour les affaires économiques au Vatican, l'a contacté voici moins d'un an pour lui demander de prendre part à la commission de réforme des structures économiques, il s'est décidé en trois minutes. Pas question toutefois de voir sa nouvelle fonction comme un pari. JBDF affirme qu'il «voi(t) ce rôle comme une mission». Et l'un des axes de cette mission devra être de rompre avec une gestion opaque et des choix troubles. Pour lui, «seuls les investissements éthiques» auront vocation à transiter par l'IOR à l'avenir. Quant aux comptes, il veut «se focaliser seulement sur les institutions catholiques, les membres du clergé, les employés ou anciens employés du Vatican (...), les ambassades et diplomates accrédités auprès du Saint-Siège».

Une gestion plus proche des valeurs de l'Eglise catholique. Alors même que le pape a parfois de son côté, comme le glisse le nouveau président de l'IOR, des airs de «grand chef d’entreprise, (...) présent, très direct et d’une grande exactitude». Une volonté de réformer que le successeur de Saint Pierre avait déjà montrée en nommant George Pell à la tête du secrétariat pour l'économie en février dernier.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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