Bilan

Raoul Weil: 4 semaines pour échapper à la prison américaine

L’ancien chef de la gestion de fortune à l’UBS a comparu hier pour l’ouverture de son procès au tribunal fédéral de Fort Lauderdale en Floride. Présentation des acteurs et décryptage des forces en présence.

L'arrivée de Raoul Weil au tribunal de Fort Lauderdale.

Crédits: Image: Jean-Cosme Delaloye/Bilan

Ne pas se fier aux apprences. C’est ce qui ressort de la première journée du procès de Raoul Weil, l’ancien numéro 3 d’UBS, aux Etats-Unis. A regarder le truculent juge fédéral James Cohn diriger les débats avec son accent de l’Alabama où il est né en 1948, on en oublierait presque les enjeux d’un procès aussi important pour l’administration Obama que pour Raoul Weil.

Souvent critiqué pour son incapacité à poursuivre les responsables des grandes banques pour leur rôle dans des affaires d’évasion fiscale ou dans la crise financière, le Département américain de la Justice (DOJ) a l’occasion de faire du cas Weil un exemple. Dans le box des accusés, le financier suisse de 54 ans a quatre semaines de procès pour tenter d’échapper à la peine de 5 ans de prison qu’il risque s’il est reconnu coupable d’avoir aidé quelque 20'000 clients américains d’UBS à frauder le fisc américain.

La sélection des jurés est souvent un moment haut en couleurs aux Etats-Unis. Celle de Raoul Weil n’a pas failli à la tradition. Elle a donné lieu à un choc des réalités entre un banquier helvétique qui a garanti une caution de 10,5 millions de dollars pour pouvoir préparer son procès en résidence surveillée et des jurés potentiels qui n’ont cessé de supplier le juge de leur épargner 4 semaines de procès pour ne pas perdre leur salaire. Le juge Cohn, le procureur et les avocats ont notamment décidé d’”avoir pitié” d’un homme arrivé en béquilles et d’un autre qui avait prévu des vacances en famille à la Nouvelle-Orléans. Ils ont aussi excusé un troisième juré potentiel qui en voulait à la justice américaine d’avoir “détruit” son père. Au final un jury de 6 femmes et 6 hommes a été sélectionné avec 3 remplaçantes et un remplaçant.

L’audience de l’après-midi a été consacrée aux plaidoiries. Défense et accusation ont dressé un portrait radicalement différent de Raoul Weil. Pour le procureur Mark Daly, l’ancien numéro 3 de l’UBS dirigeait un stratagème au sein de l’UBS, destiné à aider quelque 20 000 clients américains à frauder le fisc américain (IRS). Aaron Marcu, l’avocat de Raoul Weil, a dépeint son client comme le directeur d’une division gérant plus de 2000 milliards de dollars et qui n’était pas au courant des pratiques illégales d’un petit groupe de banquiers dévoyés. Selon la thèse présentée par la défense, le gouvernement américain souhaiterait faire payer à Raoul Weil les “activités criminelles” de ses propres témoins, à commencer par Martin Liechti, Michel Guignard et Hansruedi Schumacher, les ex-collaborateurs de Weil à l’UBS.

A l’heure où le gouvernement américain se prépare à appeler ses témoins à la barre, Bilan présente les acteurs de ce procès à hauts risques et décrypte les forces en présence.

Le prévenu

Raoul Weil, 54 ans. Nationalité suisse. Présenté par son avocat comme un homme qui a grandi dans une petite ville près de Bâle et qui a servi dans l’aviation militaire helvétique avant de gravir les échelons à l’UBS “en travaillant dur”. Toujours selon son avocat, il n’aurait pas su ce qui se tramait aux Etats-Unis sous la direction de son bras droit, Martin Liechti, un homme qui a accepté en 2008 de collaborer avec le gouvernement américain pour échapper à des poursuites judiciaires. Raoul Weil est arrivé au tribunal en tenant par la main son épouse Suzanne. Il est apparu détendu, souriant régulièrement à sa femme assise au premier rang derrière lui.  A l’issue de l’audience, il n’a pas souhaité faire de commenataires.

Le juge

James Cohn, 66 ans. Né dans l’Alabama et ça s’entend comme lorsqu’il prononce le nom du prévenu: Ou-aahhhhhh-il. Est plutôt du genre à mettre l’assistance à l’aise à l’image du juge Jed Rakoff à New York qui avait présidé l’affaire Wegelin notamment. Il est aux petits soins avec les jurés à qui il promet des tasses de café chaudes chaque matin. Il est connu pour arriver dans la salle d’audience 10 minutes avant le début de l’audience. “Mais je ne vous en voudrais pas si vous ne venez qu’à l’heure prévue”, a-t-il lancé hier soir en riant aux avocats et au procureur. Il a été nommé à son poste par George W. Bush.

Les jurés

Il y aura 6 hommes et 6 femmes dans le jury avec 3 remplaçants et un remplaçant. Parmi les jurés, on retrouve un gérant de supermarché et un ancien pompier.

Le procureur

Mark Daly, il est procureur adjoint spécialisé dans les affaires d’impôts au Département américain de la Justice. Il a remplacé Kevin Downing en 2012, le procureur qui a mené l’affaire UBS. Il sait être concis et reproche à Raoul Weil d’avoir été à la tête d’un stratagème pour frauder fisc américain.

L’avocat

Aaron Marcu a pour mission d’innocenter Raoul Weil. Il a posé mardi les bases de la défense du financier en discréditant totalement les témoins que le gouvernement américain a l’intention d’appeler à la barre. Il a décrit Martin Liechti, l’ancien bras droit de Raoul Weil, comme un homme jaloux des promotions de Weil et déterminé à contourner les règles pour faire croître les affaires de sa division américaine aux Etats-Unis. Il a fait de même avec Hansruedi Schumacher et Michel Guignard, deux anciens cadres de l’UBS qui sont sur la liste des témoins du gouvernement américain. Schumacher était fugitif depuis 2009, mais s’est rendu aux autorités américaines la semaine dernière, ce que n’a pas manqué de souligner Aaron Marcu. L’avocat s’est lancé hier dans une longue et tortueuse plaidoirie. Parole de l’un des observateurs du procès en référence aux deux jurés qui ont eu l’air de dormir à un moment: “Il y a longtemps que le jury a déjà quitté la salle”.

Les témoins

Le gouvernement a présenté 15 noms comprenant notamment des anciens cadres de l’UBS (Martin Liechti, Renzo Gadola, Hansruedi Schumacher, Michel Guigard) et des anciens clients.

Le duel

Raoul Weil contre Martin Liechti. L’issue du procès semble dépendre du “duel de crédibilité” entre Martin Liechti et son ancien patron à l’UBS, Raoul Weil. Le procureur présentera Liechti et les autres anciens cadres de l’UBS (Schumacher, Guignard, Marten Hoekstra) comme des repentis. Pour la défense, il s’agira de créer le doute dans l’esprit des jurés en présentant Liechti and co comme des fraudeurs qui tentent de se protéger en accusant Raoul Weil.

Les motions

Le juge Cohn a rejeté la première motion du camp Weil lui demandant de classer l’affaire sous prétexte que Raoul Weil ne pourrait pas bénéficier d’un procès équitable. La défense a déposé hier une autre motion pour vice de procédure. Le juge ne s’est pas encore prononcé.

La peine

Raoul Weil pourrait être condamné à 5 ans de prison et 250'000 dollars d’amende s’il est reconnu coupable.

Jean-Cosme Delaloye

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