Bilan

Restructuration en vue dans le secteur bancaire

Avec les attaques des Etats-Unis et de l’Union européenne, le modèle suisse fondé sur le secret est sans doute voué à disparaître. Seuls les établissements les plus solides résisteront.

Les clients des banques suisses, qui sont désormais tenus de déclarer leurs placements, ne veulent pas seulement mettre leurs actifs à l’abri du fisc. Ils veulent aussi des rendements solides. Pour les banques, cela implique d’axer davantage leur activité sur le conseil en placement, ce qui nécessite des dépenses importantes afin de s’adapter à ce nouvel environnement. De tels investissements mettront certaines banques à l’épreuve sur le plan financier, ce qui se traduira par de nouvelles fusions et acquisitions qui devraient voir les poids lourds du secteur faire main basse sur les petits établissements. «La situation n’est guère confortable pour les banques suisses en ce moment», confirme Daniel Senn, responsable des services financiers au cabinet de conseil KPMG. «Les coûts sont à la hausse et les clients sont inquiets parce que l’on n’est plus sûr de la fiabilité du secret bancaire, qui ressemble de plus en plus à un gruyère.» Les poursuites intentées en février par des procureurs américains contre Wegelin & Co, la doyenne des banques privées suisses, constituent le dernier épisode en date de la campagne menée par les Etats-Unis pour remonter la piste des Américains dissimulant des actifs à l’étranger. Les banques helvétiques espèrent que l’accord sur lequel la Suisse et les Etats-Unis déboucheront ne prévoira aucune poursuite pénale contre elles ou leurs employés.

A la recherche d’accords

Depuis plusieurs mois, le gouvernement suisse tente de négocier un accord de grande portée englobant l’ensemble des banques suisses susceptibles d’avoir aidé des Américains à se soustraire à l’impôt. Jusqu’à présent, Berne et Washington s’accrochent sur des points de détail, comme le montant des amendes éventuelles, ou encore sur la transmission des noms des titulaires de comptes secrets. En l’absence d’accord, les autorités américaines ont commencé à s’en prendre directement aux banques, enquêtant sur les services de conseil qui auraient été offerts à des Américains pour les aider à frauder le fisc dans onze établissements bancaires suisses, dont le groupe Julius Baer, première banque privée du pays, et Credit Suisse. En 2009, UBS a conclu un accord avec les Etats-Unis sur la question, lequel prévoit le versement d’une amende de 780 millions de dollars, la transmission des noms de quelque 4500 clients et la reconnaissance d’agissements illicites. Le groupe Julius Baer a fait savoir récemment qu’il s’attendait à devoir verser une amende pour régler le différend, tandis que Credit Suisse a provisionné 295 millions de francs sur les bénéfices du troisième trimestre 2011 dans le cadre de son litige fiscal avec les Etats-Unis.

La pression exercée sur les banques suisses pour dépister les fraudeurs du fisc monte également au sein de l’Union européenne. Des accords négociés avec le Royaume-Uni et l’Allemagne prévoient une retenue fiscale sur les avoirs des ressortissants de ces deux pays et le transfert des recettes correspondantes à l’administration fiscale. Toutefois, ces accords doivent encore être approuvés par l’Union européenne et par le législateur en Grande-Bretagne et en Allemagne. Ils ont fait l’objet de nombreuses critiques dans d’autres Etats membres de l’Union. D’après leurs détracteurs, le caractère confidentiel des noms des clients enfreindrait la réglementation européenne.

Julius Baer résiste

Quelle que soit l’issue des pourparlers avec les gouvernements étrangers, deux choses apparaissent aujourd’hui clairement: les établissements bancaires suisses devront faire le nécessaire pour que les avoirs de leurs clients soient soumis à l’impôt, et cela impliquera des investissements lourds en personnel et en informatique de la part des banques. Au total, l’Association suisse des banques en évalue le coût total à quelque 500 millions de francs. Les petites banques privées non cotées, qui constituent la majorité des établissements, auront du mal à faire face à ces dépenses. Pour les spécialistes, ce sont les poids lourds du secteur qui devraient sortir gagnants de cette évolution. Ils ont les reins suffisamment solides pour financer les investissements, une gamme de produits étendue à proposer à leurs clients, et un réseau mondial capable de répondre à leurs besoins dans leur pays de résidence. Si un groupe doit tirer son épingle du jeu, ce sera sans doute Julius Baer, qui a mieux résisté que Credit Suisse et UBS l’année dernière en termes d’afflux de ressources et de rentabilité. Le groupe n’est pas plombé par une banque d’investissement peu rentable et peut donc se concentrer sur ses activités de banque privée. Les analystes misent plutôt sur Julius Baer que sur des concurrents pourtant plus puissants comme UBS et Credit Suisse. Analystes chez Nomura, Jon Peace et Tathagat Kumar ont relevé récemment dans un rapport que Julius Baer était suffisamment solide pour pérenniser les afflux de nouveaux actifs. «Le groupe est assez présent sur les marchés émergents – notamment en Asie, et dans une moindre mesure en Amérique latine – où le marché de la banque privée enregistre une croissance rapide», ont-ils observé.

Crédit photo: Alessandro Della Bella/Keystone

Anita Greil

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