Bilan

Retour de manivelle sur les actions émergentes

Est-il trop tard, ou trop tôt, pour s’intéresser aux actions des pays émergents? Considérées par les investisseurs comme le bateau de sauvetage pendant la crise financière, elles ne leur inspirent plus guère, depuis la fin de l’an dernier, que méfiance, voire crainte. La grande responsable de ce retournement de perception est la hausse de l’inflation, qui affecte les jeunes économies en pleine croissance avec une force que les pays développés ne connaissent pas. L’indice MSCI EM, qui chapeaute les grandes sociétés émergentes, n’a progressé que de 2,9% depuis novembre 2010 alors que le principal indice européen en prenait plus de 4% et que le Dow Jones bondissait de plus de 15%.

Alors que leur croissance les a mis en grande partie à l’abri de la crise financière, des pays comme l’Inde, la Chine, la Turquie et le Brésil se trouvent directement pris au piège du renchérissement induit par les généreuses politiques monétaires des grands pays industrialisés. Les liquidités ainsi créées ont favorisé l’élévation des prix du pétrole et des denrées alimentaires. A ces effets se sont ajoutées les hausses de salaire accordées dès l’an dernier par des entreprises confrontées à la raréfaction de la main-d’œuvre (à commencer par la Chine) et par des gouvernements soucieux de calmer les mouvements politiques et sociaux (notamment dans le monde arabe). Gagnant mieux leur vie, les salariés consomment davantage, ce qui stimule la croissance mais rend la demande plus difficile à satisfaire.

Or, c’est moins la hausse des prix elle-même que ses conséquences que redoutent les marchés financiers. «Les durcissements monétaires risquent de fortement freiner la croissance, ce qui peut entraîner une correction trop brutale des marchés d’actions», observe Agnès Arlandis, spécialiste des marchés émergents chez HSBC Private Bank à Genève. Cette menace demeure virtuelle dans de grands pays comme la Turquie ou le Brésil, où les banquiers centraux craignent de provoquer un envol de leurs monnaies préjudiciable aux exportations. Mais elle est concrète en Inde, où la Reserve Bank y a déjà relevé 8 fois son taux de référence en un an pour combattre une inflation oscillant entre 9% et 15%.

Cette crainte survient alors que le ciel se dégage sur les perspectives de croissance des pays développés. La baisse du chômage et la révision à la hausse des chiffres de la croissance aux Etats-Unis ainsi que la baisse du risque de crise en zone euro restaurent son attractivité à une zone que les investisseurs tendaient à éviter jusque-là.

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